SHERLOCK HOLMES ET L'ARME SECRETE
Titre: Sherlock Holmes and the secret weapon
Réalisateur: Roy William Neill
Interprètes: Basil Rathbone

 

Nigel Bruce
Dennis Hoey
Lionel Atwill
Kaaren Verne
William Post Jr.
Mary Gordon
Année: 1943
Genre: Policer / Sherlock Holmes
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Réalisé durant la Seconde Guerre Mondiale, SHERLOCK HOLMES ET L’ARME SECRETE confronte le prince des détectives à de redoutables espions nazis. Cette transposition du mythe au coeur des années ’40 constitue sans doute une véritable hérésie pour les fans de Conan Doyle mais fonctionne agréablement dans le cadre de cette série de long-métrages distrayants. Le personnage étant intemporel, le retrouver au XXème siècle n’est pas vraiment gênant même si on y perd, bien sûr, l’atmosphère victorienne si particulière des récits de Conan Doyle.

SHERLOCK HOLMES ET L’ARME SECRETE est le second épisode de la série située à l’époque moderne (soit, au moment du tournage, le milieu des années ‘40), les contraintes budgétaires obligeant la Universal à opter pour cette transposition moins couteuses des intrigues. Roy William Neill, pour sa part, s’installe dans le fauteuil de metteur en scène, comme pour tous les métrages ultérieurs tournés par le duo Rathbone et Bruce.

Participant, comme la plupart des héros populaires (même Tarzan y fut « contraint »), à « l’effort de guerre », Holmes, dans cette aventure, combat des espions nazis. Si l’intrigue, adapte librement la nouvelle de Conan Doyle « The Adventures of the dancing Men », elle change le statut de Holmes qui devient, ici, plus agent secret que détective. Toutefois, Sherlock continue de briller en proposant des déductions habiles, quoique tirées par les cheveux, à partir d’indices infimes.

Travaillant pour le compte du gouvernement anglais, Sherlock Holmes tente de mettre en sureté le savant suisse Franz Tobel dont la dernière invention menace de tomber entre les mains de la Gestapo. Malheureusement, le savant est enlevé par les nazis et Holmes, aidé de son fidèle assistant le docteur Watson, essaie de le retrouver. Le seul indice dont dispose le détective est un message codé qui le mène tout droit à son plus terrible ennemi, le professeur Moriarty. Holmes réussira t’il à faire triompher la justice, le bon droit et le monde libre ?

Basil Rathbone, sans doute l’interprète définitif du héros, du moins au cinéma, se révèle très convaincant en dépit d’une coupe de cheveux pour le moins surprenante. A l’image de son modèle littéraire, Holmes n’hésite pas à se maquiller pour tromper ses ennemis et amuser le spectateur qui, lui, ne se montre pas dupe de ses grimages fantaisistes. A ses côtés, le fidèle Watson est incarné avec bonhommie par Nigel Bruce. Le personnage possède un côté bouffon et gaffeur irritant mais offre également un contrepoids humoristique salutaire à l’austère prince des détectives.

Face à nos deux redresseurs de torts se dresse l’inévitable Professeur Moriarty, supposé décédé, mais toujours occuper à ourdir de sombres dessins. Le Napoléon du Crime est incarné dans cet épisode par Lionel Atwill, vu dans d’innombrables productions horrifiques de l’âge d’or, comme THE VAMPIRE BATS, MYSTERY OF THE WAX MUSEUM, LA MARQUE DU VAMPIRE, LE FILS DE FRANKENSTEIN, etc.

D’une durée réduite (68 minutes), SHERLOCK HOLMES ET L’ARME SECRETE joue bien sûr la carte de la propagande et multiplie les rebondissements pour maintenir l’intérêt du spectateur. L’ensemble, quoique daté, demeure amusant à condition d’accepter les clichés de l’intrigue, les invraisemblances criantes et le côté « littérature de gare » d’un scénario en roue libre. Le côté espionnage, accentué au détriment des habituelles énigmes policières sous formes de « whodunit », n’est sans doute pas pleinement adapté à Holmes, plus tenté par la déduction que par l’action, mais la présence de Moriarty permet une poignée de séquences efficaces. Le Napoléon du crime et le Prince des détectives s’affrontent en effet de manière polie, chacun gardant une prudente réserve, partagés entre la haine et l’admiration.

Comme le précise explicitement le dialogue, seul un adversaire retors peut stimuler l’esprit de gens aussi intelligents que Holmes ou Moriarty. Tous deux savent pertinemment que, sans leur adversaire, ils seraient condamnés à résoudre de piètres enquêtes ou à orchestrer des crimes banals.

Souffrant d’un scénario prévisible et linéaire, SHERLOCK HOLMES ET L’ARME SECRETE n’est surement pas le meilleur épisode de la saga mais demeure un sympathique divertissement de série B. L’humour, sans doute déjà un peu lourd en 1943, est aujourd’hui pesant mais contribue, malgré tout, à l’atmosphère d’un métrage plaisant et rondement mené.

A condition de ne pas en attendre des sommets, SHERLOCK HOLMES ET L’ARME SECRETE permet de s’occuper agréablement durant un peu plus d’une heure. Sans plus ni moins.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011