SEE NO EVIL
Titre: See No EVil
Réalisateur: Gregory Dark
Interprètes: Glenn Jacobs aka Kane

 

Christina Vidal
Michael J. Pagan
Samantha Noble
Steven Vidler
 
 
Année: 2006
Genre: Slasher
Pays: USA
Editeur  
Critique:

SEE NO EVIL constitue un petit film précédé d’une bonne réputation et attendu par beaucoup de fans comme le renouveau du slasher gore. Malheureusement, contrairement à BUTCHER, sorti à la même période et qui fonctionne sur un registre voisin, SEE NO EVIL ne remplit pas vraiment ses promesses.

Vendu comme un retour au slasher à l’ancienne, SEE NO EVIL a été produit par la World Wrestling Entertainement, autrement dit la principale fédération du catch américain, laquelle rassemble la plupart des stars mondiales de ce sport spectacle. Dès le début des années 2000, la WWE s’est en effet lancée timidement sur le marché du cinéma en tentant d’imposer The Rock comme la nouvelle star du film d’action via le remake potable de WALKING TALL (rebaptisé TOLERANCE ZERO). C’est pourtant à partir de 2006 que la compagnie passe à la vitesse supérieure en produisant coup sur coup deux films d’action : THE MARINE (mettant en vedette le champion John Cena) et THE CONDEMNED (avec Steve Austin). D’autres projets devraient voir le jour rapidement, la WWE ayant une poignée de titres en préparation dont un « western moderne » réalisé par John Milius et interprété par Triple H. Bref, beaucoup de films d’action en perspective, ce qui semble logique vu le physique hyper musclé des stars maison.

Pourtant, en 2006, la WWE tente une percée dans l’horreur pure et dure via ce SEE NO EVIL réalisé par Gregory Dark. Peu connu du grand public, Gregory Dark fut pourtant un des meilleurs réalisateurs de porno durant toutes les années 80, lançant deux séries cultes : BETWEEN THE CHICKS et, surtout, NEW WAVE HOOKERS, avant de signer les troisième, quatrième et cinquième volet de l’autoproclamée « plus grande saga du hard », à savoir L’ENFER POUR MISS JONES. Au cours des années 90, le cinéaste poursuivit dans la voie du X tout en signant de nombreux films érotiques soft sous le pseudonyme de Gregory Hippolyte. Enfin, Dark changea encore de style (sans renier son passé auquel il est revenu récemment avec un titre qui sonne comme un manifeste : ABSOLUT SEX) en réalisant des clips pour Xzibits ou Britney Spears ainsi que des épisodes de la série télévisée « Oz ». SEE NO EVIL constitue pourtant le premier métrage horrifique de Gregory Dark et force est de constater que sa mise en scène peut en remontrer à de nombreux cadors du genre en matière d’effets tape à l’œil flattant la rétine. Ce souci de la belle image se trouvait déjà dans ses films X bizarres et décalés dont l’’esthétique soignée se situait loin au dessus des maigres standards de la pornographie de base.

Mis largement en vedette, le catcheur Kane livre pour sa part une interprétation tout à fait crédible même si il faut avouer que le bonhomme ne doit pas vraiment se prêter à un rôle de composition. Kane se contente durant la majeure partie du métrage de frapper ses victimes avec une brutalité facilitée par son impressionnante carrure. Cependant les dix dernières minutes plongent un peu plus profondément dans la psyché du maniaque et donnent l’occasion à Kane de vraiment « jouer ». Au niveau des raisons poussant cette grosse brute à commettre de tels massacres, SEE NO EVIL ne cherche pas très loin et pointe méchamment du doigt le fanatisme religieux et l’obsession du péché. Une bonne occasion, sans doute, de permettre au cinéaste de brocarder la majorité bien pensante qui l’a souvent vilipendé pour ses productions X. Les flashbacks en noir et blanc détaillant la manière dont le tueur a plongé dans la folie sous l’influence d’une mère décidée à en faire « la main de Dieu » sont bien réalisés et possèdent un petit côté glauque fort appréciable. Le montage rapide et la mise en scène très clip de Greg Dark permettent en outre d’éviter les longs tunnels de dialogues et les scènes inutiles plombant nombre de « classiques » du slasher pour maintenir un rythme plutôt alerte durant les 75 petites minutes de film. C’est déjà ça.

Malheureusement, le scénario se montre souvent difficile à croire et peine à maintenir le suspense ou l’intérêt. Certaines coïncidences paraissent énormes (même si une partie se révélera, au final, pensée depuis le début et relativement malignes) mais ce n’est rien par rapport aux personnages. Rappelons que les visiteurs de l’hôtel sont censément des détenus effectuant un travail d’intérêt général pour obtenir une réduction de peine. Difficile d’y croire devant ce défilé de bellâtres et de demoiselles coiffées et maquillées comme pour une sortie en boite. Et encore plus d’admettre les tenues avantageuses, les ensembles de lingerie sexy et les talons hauts pour les filles. Sans oublier les téléphones portables, les cigarettes et les pétards ! Franchement la sécurité de la prison doit laisser beaucoup à désirer, d’autant que cette dizaine de dangereux criminels est seulement placée sous la garde d’une femme flic et de son collègue handicapé. Dur à avaler ! Pour rester dans le domaine des incohérences comment admettre que l’hôtel que nos détenus doivent nettoyer soit dans un tel état de délabrement ? Personne, en 30 ans, ne semble avoir découvert les sans abris morts dans les couloirs mais les lampes et les douches, elles, fonctionnent parfaitement. Un peu gros une fois de plus, d’autant que le ton sérieux du métrage n’aide pas à avaler la pillule.

SEE NO EVIL déroule donc un scénario très prévisible durant 75 minutes, n’offrant finalement que de très rares surprises. La mise en scène travaillée et parfois inventive, l’aspect crasseux des décors et le physique impressionnant de Kane sauvent pourtant en partie la mise, d’autant que les nombreux meurtres sont originaux et plutôt gore. L’humour qui parasite trop de films d’horreur récent est heureusement réduit au minimum au profit d’une atmosphère étouffante et sale rappelant davantage les années 80 que la seconde vague de la fin des années 90, dite « neo slasher ».

Si l’intrigue se révèle paresseuse, la scène finale, elle, s’avère réussie et très spectaculaire, n’hésitant pas à recourir à diverses cascades et à faire couler le sang en abondance. Un bon point à l’actif d’un SEE NO EVIL plus routinier que véritablement médiocre. En résumé, une déception au vu des espérances mais, dans l’ensemble, un petit slasher très regardable pour les amateurs du genre. Espérons que Gregory Dark puisse mettre son talent visuel au service d’un scénario plus conséquent et que Kane trouve des rôles à la hauteur de son impressionnante carrure.

En l’état, SEE NO EVIL se laisse toutefois regarder sans ennui, bien aidé par une durée restreinte au maximum, mais disparaît rapidement des mémoires. Un coup dans l’eau.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2009