SEEDING OF A GHOST
Titre: Zhong gui / Black Magic 5
Réalisateur: Chuan Yang
Interprètes: Norman Chu

 

Phillip Ko
Maria Jo
Kar-Man Wai
Man-Biao Bak
 
 
Année: 1983
Genre: Horreur / Erotique / CatégorieIII
Pays: Hong Kong
Editeur  
Critique:

Précurseur de la Catégorie III, SEEDING OF A GHOST fut produit par la Shaw Brothers à la toute fin de son règne, alors que le studio tentait désespérément d'attirer dans les salles un nouveau public plus demandeur au niveau de l’exploitation. Au début des années 80, le mythique studio lâcha en effet sur le monde une série de titres bien délirants, mélangeant (souvent n'importe comment mais avec enthousiasme) l'érotisme, l'horreur et, parfois, les arts martiaux ou un soupçon d'action. On se souvient ainsi de HUMAN LANTERN, de la trilogie HEX, de SEX BEYOND THE GRAVE, de CORPSE MANIA, ou des trois volets de BLACK MAGIC dont le premier épisode date cependant de 1975.

Le film qui nous occupe est d'ailleurs parfois considéré comme le dernier volet "officieux" de cette saga puisqu’il fut rebaptisé aux Etats-Unis BLACK MAGIC 5, succédant au déjanté THE BOXER’s OMEN, pour sa part renommé BLACK MAGIC IV. Cependant, SEEDING OF A GHOST va beaucoup plus loin dans l'outrance que les volets officiels signés Ho Meng Hua et, disons le tout de suite, il s’avère également nettement plus réussi.

Une jeune femme, Irène, travaille dans un casino et, délaissée par son époux Li (Philip Ko), tombe sous le charme d'un homme marié. Le couple adultérin file le parfait amour mais, un soir, Irène somme son amant de divorcer et, devant le refus de celui-ci, sort seule dans la nuit. Mal lui en prend puisqu'elle tombe sur deux petits voyous qui la violent dans une maison abandonnée avant de la tuer accidentellement. Guidé par une force mystérieuse, Li découvre le corps de son épouse et décide de recourir à la magie noire pour se venger. En dépit du prix élevé à payer, il accepte l'aide d'un sorcier qui déchaîne ses sortilèges à l'encontre des deux petites frappes et de l'amant.

Tourné en 1983, SEEDING OF A GHOST mérite largement sa réputation d'œuvre déjantée et sulfureuse, tant le réalisateur n'hésite jamais à verser dans l'exploitation outrancière pour captiver son public. Il use ainsi d'un érotisme torride et détaille sans vergogne la nudité de son actrice principale, laquelle courre dans l'eau ou prend sa douche sous le regard du spectateur voyeur. Plus tard, le métrage verse davantage dans le glauque tandis que le cadavre, maintenant décomposé et gluant de la jeune demoiselle décédée, s'offre du bon temps en compagnie de son ancien violeur. Le cinéma ayant rarement touché au tabou de la nécrophilie, la scène possède un impact important, d'autant que les trucages, quoique rudimentaires, fonctionnent efficacement.

Niveau horreur, SEEDING OF A GHOST ne ménage pas sa peine mais commence relativement doucement. Le cinéaste se permet simplement l'une ou l'autre scène de violence avant que l'atmosphère putride ne prenne le dessus. La complaisante scène de viol est, de son côté, typique des rape and revenge (ou des thrillers d'autodéfense) et se conclut par une chute brutale qui rappelle immédiatement celle d'UN JUSTICIER DANS LA VILLE 2, sorti peu de temps auparavant. A Hong Kong, comme en Italie à la même époque, les bonnes idées ne se perdaient jamais mais étaient rapidement recyclées, SEEDING OF A GHOST adjoint donc le thème de la vengeance et de la justice personnelle à celui de la magie noire, illustrée à grands renforts de fumigènes et de ténèbres.

A mi-parcours, Yang Chuan, précédemment réalisateur du sympathique HELL HAS NO BOUNDARIE et d’une piteuse bruceploitation (IMAGES OF BRUCE LEE) s'inspire carrément des meilleurs Lucio Fulci et se vautre complaisamment dans le poisseux, le visqueux et le répugnant. Un des violeurs, possédé, se goinfre par exemple de cervelle tandis que les inévitables vomissements de vers et autres joyeusetés, comme l'extraction brutale d'une colonne vertébrale, sont également au programme. Après la nécrophilie, un autre passage touche au tabou de l'inceste puisque la sœur d'un des violeurs, soudainement sous l’emprise de la défunte, se montre fort entreprenante vis-à-vis de son frère.

Dans son dernier quart d'heure, SEEDING OF A GHOST s'oriente carrément vers le cinéma d'horreur pur et dur et propose un accouchement sanglant, inspiré d'ALIEN, et une monstrueuse créature tentaculaire ouvertement empruntée à THE THING, sans oublier quelques clins d’oeil à EVIL DEAD. Un final d'ailleurs terriblement gore pour un film hongkongais et qui devrait donner le sourire aux amateurs du genre.

Si les effets spéciaux ne peuvent rivaliser avec les productions occidentales précitées, ils se révèlent, en dépit d'un budget modeste, sympathiques et tout à fait corrects, dans la lignée des films italiens comme CONTAMINATION.

Le scénario, pour sa part, n'est guère original mais reste bien mené et inventif, n'hésitant pas à proposer des séquences déjantées et étonnantes que peu de métrages osent offrir. Le rythme est donc tout à fait satisfaisant et, la durée réduite aidant, le spectateur ne s'ennuie pas le moins du monde excepté, peut-être, lors des passages orientés "enquête policière" du début, pas vraiment utiles à la progression dramatique. L'humour, lui, est absent de ce titre qui, contrairement à la plupart des long-métrages estampillés érotisme / horreur / magie noire produits par la Shaw Brothers, se veut réellement sérieux et horrifique de bout en bout.

En définitive SEEDING OF A GHOST s'avère une belle réussite et s'inscrit parmi les fleurons du cinéma asiatique excessif et fier de l'être, aux côtés d’ETERNAL EVIL OF ASIA, EROTIC GHOST STORY 2, EBOLA SYNDROME, STORY OF RICKY et quelques autres qui font le bonheur des amateurs.

[critique originellement parue dans le fanzine MEDUSA]

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2013