SESSO NERO
Titre: Sesso Nero / Orgasmo Nero III
Réalisateur: Joe d'Amato
Interprètes: Mark Shannon

 

Annj Goren
George Eastman
Lucia Ramirez
Sandy Samuel
 
Année: 1980
Genre: Porno
Pays: Italie
Editeur Bach Films
Critique:

Cette petite production appartient à la vague « érotico-exotique » de Joe d’Amato. Faisant suite à la période « Black Emanuelle » du cinéaste, ces longs-métrages forment un corpus informel d’une dizaine de titres tournés à Saint-Domingue à la charnière des années ’70 et ‘80. Navigant entre érotisme et porno, ces films, tournés dans des décors enchanteurs, possèdent également - pour la plupart - un argument fantastique, voir horrifique ou gore. L’influence du mondo et des films de cannibales, alors en vogue, se fait également sentir et ce dès ET MOURIR DE PLAISIR (alias Papaya Love goddess of the cannibals), l’opus initial tourné en 1978, ensuite suivi par LES PLAISIRS D’HELENE, EXOTIC LOVE (remontage hardcore de VOLUPTUEUSE LAURA avec de nouvelles scènes), PORNO HOLOCAUST, LA NUIT EROTIQUE DES MORTS VIVANTS, etc.

Date importante de la cinématographie italienne, SESSO NERO constitue, en effet, le premier porno officiel de ce pays et lance tout le système du hardcore italien. Le film donne la vedette à Mark Shannon, comédien moustachu aperçu dans le thriller LE PORNO KILLERS et repéré par Joe d’Amato qui lui promet des vacances au soleil et de belles actrices si le suit dans le X alors balbutiant. Shannon accepte et se lance dans l’aventure du hard, tournant (souvent pour d’Amato) une trentaine de films en trois ans. Destin similaire pour Annj Goren, première actrice « spécialisée » italienne qui tourna une dizaine de X avant de retourner à l’anonymat. A leurs côtés, le fidèle George Eastman est de la partie pour un petit rôle anecdotique, d’autant qu’il signe également le scénario marqué par un climat pesant, voire glauque empreint d’influences vaudous et imprégné par des relents psychanalytiques liant la mort à la crainte de la castration.

Apprenant qu’une maladie incurable nécessite sa castration, le séducteur Mark Lester (Shannon) retarde l’opération d’une quinzaine de jours afin de retourner aux Caraïbes. Là, il retrouve un de ses amis, tenancier d’une discothèque (Eastman) où les danseurs se laissent aller à des numéros hot sur une musique typiquement italo-disco d’époque (« Sexy Night »). Mark retrouve également son ancien amour, Majra. Or celle-ci est censément décédée depuis dix ans…Mark perd-il la raison ou la jeune femme est-elle revenue d’entre les morts. Et si oui pourquoi ?


Elaborant une intrigue qui laisse la part belle à l’étrange et aux rites vaudous, avec cette présence supposée d’une revenante, SESSO NERO (connu à l’international sous le titre ORGASMO NERO III) est fort joliment photographié (une constante chez Joe) et bénéficie d’une partition apaisée et réussie de Nico Fidenco. Il se distingue surtout par une atmosphère pesante et mortifère, laquelle culmine lors d’un final abrupt et mémorable dans lequel on reconnaît le goût de Joe d’Amato pour l’outrance et l’image choc. Le cinéaste, en effet, conclut son intrigue par une scène sanglante d’auto-castration particulièrement dérangeante censée surenchérir sur l’auto-cannibalisme écoeurant de son ANTROPOPHAGOUS.

Proposé dans sa version uncut par Bach Films, SESSO NERO comporte des scènes hardcore assez classiques mais relativement brèves qui évitent la lassitude du spectateur et permettant au film d’avancer à un rythme enlevé, aidé par une durée adéquatement restreinte (environ 80 minutes).

En résumé, un plaisant porno tropical qui se distingue surtout de la concurrence par son climat fantastique et sa conclusion « choc ». Un bon moment qui plaira aux fans de Joe d’Amato.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2016