LE TUEUR A L'ORCHIDEE
Titre: Sette orchidee macchiate di rosso
Réalisateur: Umberto Lenzi
Interprètes: Antonio Sabato

 

Uschi Glas
Pier Paolo Capponi
Rossella Falk
Marina Malfatti
Renato Romano
 
Année: 1972
Genre: Giallo / Policier / Thriller
Pays: Italie / Allemagne
Editeur  
Critique:

Si les amateurs de cinéma horrifiques connaissent aujourd’hui essentiellement Umberto Lenzi pour sa trilogie au pays des anthropophages (CANNIBALIS, CANNIBAL FEROX et LA SECTE DES CANNIBALES), le cinéaste a pourtant derrière lui une carrière bien plus large ayant embrassé de nombreux genres. Ayant débuté par une série de titres axés sur l’aventure comme MARY LA ROUSSE - FEMME PIRATE, LES PIRATES DE LA MALAISIE, CATHERINE DE RUSSIE ou LE TEMPLE DE L’ELEPHANT BLANC, Lenzi oeuvra également dans le péplum mythologique (ZORRO CONTRE MACISTE, HERCULE CONTRE LES MERCENAIRES) avant de tâter de l’espionnage (SUPER 7 APPELLE LE SPHINX) ou du western (PISTOLETS POUR UN MASSACRE) suivant les modes en vogue.

A la charnière des sixties et des seventies, le policier italien mâtiné d’érotisme et d’horreur, dit « giallo », connaît le succès via les métrages de Dario Argento. Fort logiquement, Umberto Lenzi se lance lui aussi dans le thriller à énigme avec SI DOUCES SI PERVERSES, ORGASMO, SPASMO et ce TUEUR A L’ORCHIDEE.

Coproduit par la fameuse compagnie allemande Rialto, responsable de nombreux policiers dans les années 60 (dénommé « Krimi »), LE TUEUR A L’ORCHIDEE se rattache (avec plus ou moins d’à propos) à cette série d’adaptations d’Edgar Wallace mais s’inspire également d’un roman noir de Cornell Woolrich (également à l’origine de FENETRE SUR COUR), « RendezVous In Black ». Toutefois l’intrigue reprend les habituelles conventions et thématiques chères au giallo au point d’apparaître comme un film archétypal du « filone » italien. Drôle de mixture donc !

Dès son entame, LE TUEUR A L’ORCHIDEE promet et orchestre une suite d’assassinats peu sanglants mais efficacement mis en scène. Rassurant, Lenzi égrène ainsi les clichés du giallo en filmant son meurtrier en vue subjective s’approcher d’une femme endormie. La lame d’un couteau à cran d’arrêt jaillit. Une main forcément gantée de cuir noir pousse une porte. Après cette première victime, le tueur en fera rapidement une seconde qui aura le bon goût de tomber le haut avant de succomber. Pas de doute, nous sommes en terrain connu et le cinéaste se soucie davantage d’offrir au public ce qu’il est supposément venu chercher (crimes successifs, soupçon d’érotisme, révélations en série) plutôt que d’innover.

L’intrigue, classique, débute ainsi par la mort violente de plusieurs jeunes femmes meurent. Le mystérieux sadique ne laisse pour signature qu’un bijou représentant une demi-lune en argent. Agressée dans le train de nuit Paris-Rome, Guilia échappe à la mort mais la police, dirigée par l’inspecteur Vismara, choisit de cacher la vérité et organise les funérailles de la demoiselle, pensant ainsi la garder en sécurité le temps de boucler l’enquête. Hélas, celle-ci piétine et le mari de Guilia, Mario, décide de mener sa propre investigation afin de découvrir le lien entre les différentes victimes. Il apparaît bientôt que sept jeunes femmes ont séjournés deux ans plus tôt dans un même hôtel. Toutes deviennent les cibles potentielles du maniaque.

Déroulement classique, enquête peu vraisemblable, facilité de scénario parfois grossières (deux victimes, supposées mortes, sont toujours vivantes et cachées par les forces de l’ordre), rebondissement tirés par les cheveux (une des demoiselles menacées par le tueur envoie sa jumelle récupérer son enfant à la sortie de l’école…bien sûr l’assassin supprime par erreur la soeurette !). Le meurtrier, de son côté, commet plusieurs erreurs criantes (il emporte une page d’un registre d’hôtel mais néglige les autres, ce qui permet de découvrir facilement l’identité de ses futures victimes). Guère de surprise au programme de ce métrage qui suit la voie tracée par Argento et Bava avec plus d’application que de réelle conviction.

Néanmoins, le savoir-faire de Lenzi transparait au niveau des crimes et de leur ritualisation macabre qui permet quelque belles idées comme cette peinture s’écoulant sur le cadavre d’une victime pour composer un tableau morbide improvisé. Sans doute soucieux de plaire à un large public, le cinéaste limite donc la violence, à l’exception d’une brève séquence timidement gore au cours de laquelle une infortunée est éventrée à la perceuse électrique. L’érotisme, lui aussi, reste frileux quoique Lenzi promène sa caméra dans le milieu interlope des hippies de la capitale italienne. Ces baba-cools forcément artistes, drogués, partouzeurs et, pour la plupart, homosexuels, sont dépeints avec un dégout manifeste par l’intermédiaire du héros qui découvre, horrifié, cette faune au cours de son enquête.

Les dialogues, souvent plutôt plats, défendent une position quelque peu réactionnaire et moquent la modernité (« Entre une pute et une artiste les différences sont minces »), tandis que le scénario fustige les forces de l’ordre (« Depuis quand peut on faire confiance à la police ») dont les représentants sont, au choix, bornés, incapables ou analphabètes. Le citoyen se doit donc de s’y substituer pour mettre définitivement hors d’état de nuire les assassins. L’identité de ce-dernier se révèle d’ailleurs rapidement évidente pour les habitués du giallo même si il faudra attendre les dernières minutes pour en recevoir la confirmation. Un climax un brin trop précipité pour convaincre, la louable volonté de Lenzi de maintenir un rythme soutenu se faisant malheureusement au détriment de la crédibilité de l’enquête menée par un Antonio Sabato des plus décontracté.

Heureusement, le casting permet de retrouver quelques familiers du cinéma de genre italien comme Pier Paolo Capponi (dans un rôle de flic similaire à celui qu’il tenait peu avant dans LE CHAT A NEUF QUEUES), Rossella Falk (laquelle, après un rôle important dans le 8 ½ de Fellini fréquenta le giallo via DERNIER APPEL et LA TARENTULE AU VENTRE NOIR), Marisa Mell (PERVERSION STORY) et Renato Romano (L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL, L’IGUANE A LA LANGUE DE FEU). L’acteur principal, Antonio Sabato, vu dans quelques westerns (PAS DE PITIE POUR LES SALOPARDS) fréquenta par la suite quelques bisseries des années 80 comme THUNDER ou LES GUERRIERS DU BRONX 2. La musique de Riz Ortolani recycle, pour sa part, certaines de ses compositions antérieures mais accompagne joliment les images proposées.

Produit routinier mais efficace qui plaque les codes du giallo sur un « whodunit » traditionnel, LE TUEUR A L’ORCHIDEE demeure un honnête divertissement. S’il pourra laisser les aficionados sur leur faim, il constitue sans doute une bonne introduction au genre pour les néophytes qui prendront plaisir à cette intrigue aussi invraisemblable que rondement menée.

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2009 - révisé en septembre 2013