L'EMMUREE VIVANTE
Titre: Sette note in nero
Réalisateur: Lucio Fulci
Interprètes: Jennifer O'Neill

 

Marc Porel
Gianni Garko
Evelyn Stewart
Gabriele Ferzetti
Jenny Tamburi
Fabrizio Jovine
Année: 1977
Genre: Giallo / Fantastique
Pays: Italie
Editeur Néo Publishing
Critique:

Souvent déconsidéré par la critique ou méconnu des amateurs d’épouvante (lesquels ne retiennent de lui que sa tétralogie consacrée aux zombies), Lucio Fulci fut, pourtant, un excellent cinéaste populaire, à l’aise dans de nombreux genres. Il livra, entre autres, une poignée d’excellent giallo, comme L’EMMUREE VIVANTE qui, s’il n’atteint pas les sommets de ses précédents (en particuliers LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME et LE VENIN DE LA PEUR), s’inscrit parmi les indéniables réussites du thriller italien.

Virginia roule vers sa maison de campagne pour y rejoindre son mari, Francesco. En chemin, la jeune femme souffre d’une étrange vision au cours de laquelle elle observe une inconnue mourir, emmurée vivante. Virginia prend cette prémonition très au sérieux, d’autant qu’elle possède depuis son plus jeune âge des pouvoirs prémonitoires : elle a, par exemple, prévu le suicide de sa mère. Arrivée à la maison de son époux, Virginia reconnaît le lieu entrevu dans sa vision et finit par découvrir, effectivement, un squelette emmuré. L’époux de Virginia lui-même se voit accusé du crime et interrogé par la police. Décidée à prouver l’innocence de son mari, la jeune femme mène l’enquête et tente de reconstituer le fil de sa vision.

Quatrième giallo de Fulci, L’EMMUREE VIVANTE constitue une très plaisante variation sur le thème de la prémonition et de l’assassin traqué par une extralucide qui finit, bien sûr, par devenir sa prochaine victime potentielle. Joliment huilée et impeccablement orchestrée, la machinerie fonctionne avec une rare efficacité et propose une suite de rebondissement parfois prévisibles mais toujours (ou presque) crédibles. Un exploit dans le cadre du giallo, genre où les twists fantaisistes et les révélations voulues surprenantes prennent, malheureusement trop souvent, le pas sur la cohérence du scénario.

Si la scène du suicide introductif (qui, d’ailleurs, rappelle tel un clin d’œil malicieux le final de LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME) déçoit vu la platitude des effets spéciaux, la suite du film va, elle, se montrer inspirée et efficace. Fulci compose ainsi une série de plans souvent remarquables par leur judicieuse utilisation du mobilier et de l’éclairage, une caractéristique indissociable des giallo. Le cinéaste privilégie également les couleurs chaudes, en particulier le rouge, dont il sert comme leitmotiv visuel récurent afin de valoriser les décors. D’autres plans jouent, eux, sur la sensation d’écrasement par de vertigineuses plongées du plus bel effet, d’autant que l’architecture, volontiers circulaire, accentue cet effet et enferme peu à peu l’héroïne dans l’angoissante spirale de ces visions prémonitoires.

Malheureusement, Fulci recourt aussi à de lassantes facilités comme les zooms intempestifs, et ponctue, par exemple, les visions angoissantes de l’héroïne par de très gros plans sur ses yeux effrayés. Ce procédé classique épuise rapidement, par sa répétition, son potentiel horrifique. Mais ce bémol s’avère mineur comparé à la réussite de nombreuses séquences, mises en scène avec efficacité et chargées d’une angoisse diffuse accentuée par une partition grandiose, par la suite réutilisée par ce grand cinéphage de Tarantino. Ce motif musical, composé par Fabio Frizzi, Franco Bixio et Vince Tempera, s’insinue régulièrement dans les oreilles du spectateur et matérialise, presque à lui seul, l’angoisse ressentie par l’héroïne. Cette dernière est incarnée par Jennifer O’Neill, découverte dans le western RIO LOBO puis le drame UN ETE 42. Si, quelques années plus tard, on la reverra dans le célèbre SCANNERS de David Cronenberg, la belle trouve ici un très joli rôle de femme à la fois fragile et combative, loin des demoiselles en détresse généralement privilégiée par le giallo.

A ses côtés, Gianni Garko, fameux pour avoir créé le pistolero culte Sartana, incarne son époux tandis que Marc Porel (LE CLAN DES SICILIENS) et l’inévitable Evelyn Stewart (LA QUEUE DU SCORPION, LE ORME) sont également de la partie. Thriller classieux baignant dans le fantastique et ponctué de brefs passages gore amorçant le tournant que prendra la carrière de Fulci dès l’année suivante, L’EMMUREE VIVANTE constitue une bien belle surprise dont le final, hommage appuyé à Edgar Alla Poe annonce, pour sa part, le futur CHAT NOIR tourné par le cinéaste en 1981.

Bref, L’EMMUREE VIVANTE constitue un excellent giallo, une œuvre maîtrisée et visuellement splendide qui permet de rappeler, une nouvelle fois, la contribution essentielle du décidément sous-estimé Lucio Fulci au cinéma populaire italien. Trop cantonné aux excès gore de sa tétralogie (excellent, là n’est pas la question) consacrée aux zombies, Fulci fut aussi un maître du thriller horrifique qui mérite largement sa place au panthéon du genre, au côté de Bava, Argento et Martino.

A redécouvrir impérativement !

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012