LE SEPTIEME VOYAGE DE SINBAD
Titre: The 7th Voyage of Sinbad
Réalisateur: Nathan Juran
Interprètes: Kerwin Mathews

 

Kathryn Grant
Richard Eyer
Torin Thatcher
Alec Mango
 
 
Année: 1959
Genre: Fantasy / Aventures
Pays: USA
Editeur  


Critique:

Souvent considéré comme la plus grande réussite de Ray Harryhausen après l'extraordinaire JASON ET LES ARGONAUTES, ce premier épisode de la trilogie Sinbad constitue la première incursion du maître des effets dans le domaine de la fantasy mythologique destinée aux adolescents. Ayant sans doute usé jusque la corde le principe de la grosse bestiole échappée de sa cage pour dévaster une ville (un principe repris de KING KONG), Harryhausen se tourne vers de nouveaux territoires qui vont lui permettre de créer de nombreux effets spéciaux différents.

Au cours des 25 années suivants la sortie de ce 7eme VOYAGE DE SINBAD, le spécialiste incontesté de l'animation image par image va donner vie à un bestiaire d'une grande richesse. Alors que le péplum mythologique italien connaît ses premières heures de gloire via Maciste, Hercule et autre Samson, les productions imaginées par Harryhausen en reprennent les grandes lignes mais en bénéficiant de budgets bien plus conséquents. Et, surtout, d'effets spéciaux nettement plus convaincants qui, à l'époque, constitue le nec plus ultra des trucages merveilleux.

Dans cette aventure, le marin Sinbad atteint l'île étrange de Colossa afin de ravitailler son équipage. Sitôt débarqué, un cyclope gigantesque survient et seul l'intervention d'un sorcier sauve Sinbad. Le sorcier, Sokurah, crée en effet un mur magique grâce à l'aide du génie de la lampe. Le cyclope, cependant, envoie un immense rocher vers les marins, faisant chavirer leur chaloupe tandis que la lampe magique disparaît au fond des flots. Le cyclope parvient à la récupérer tandis que Sinbad emmène le magicien à Bagdad. Là, Sokurah tente de convaincre le Calife d'affréter un navire pour gagner l'île de Colossa. Devant le refus du Calife, le sorcier ourdi un stratagème machiavélique: il prétend que la cité va être anéantie par les forces du mal et, à la nuit venue, il diminue la taille de la princesse Parisa de Chandra - fiancée de Sinbad - jusqu'à ce qu'elle ne mesure plus que cinq centimètres. Bien sûr, Sokurah prétend ensuite que le seul moyen de rendre à la jeune fille sa taille initiale consiste à se rendre à Colossa pour y chercher un œuf magique. Sinbad, quoique méfiant, engage une petite troupe de prisonniers et part vers l'île…

Beaucoup de critiques ont déjà pointé un fait malheureusement exact pour la plupart des films de Ray Harryhausen (il est d'ailleurs patent que l'on considère davantage ces œuvres comme portant la patte du maître de la stop motion que celle des réalisateurs interchangeables ou des scénaristes souvent peu inspiré - ce que rappelle même John Landis dans les bonus): hors des effets spéciaux, point de salut. Si cela n'est pas toujours exact (JASON ET LES ARGONAUTES reste une réussite quasi parfaite), reconnaissons que ce 7eme VOYAGE DE SINBAD cumule quelques tares assez conséquentes. Le jeu des acteurs, tout d'abord, est terriblement figé, au point que les marionnettes d'Harryhausen paraissent se mouvoir plus naturellement que ces cabotins.

Dès les premières images, Kerwin Mathews se montre particulièrement rigide et peine à susciter la sympathie. Toute la séquence de la mutinerie sombre, elle, dans le grotesque tant il est difficile de ne pas pouffer devant les expressions exagérées à outrances des marins subissant l'assaut des Sirènes (et pas la peine de se demander ce qu'elle font là, le scénariste jonglant avec les mythologies sans souci de cohérence). Au niveau du scénario, rien de fondamentalement novateur, juste la routine de la fantasy la plus basique: un équipage en quête d'un objet magique, un méchant sorcier, une demoiselle en détresse et un fatras arabisant dont le clinquant féerique finit par lasser.

Heureusement, les monstres de Monsieur Harryhausen valent le déplacement, même si ce type d'effets spéciaux est aujourd'hui techniquement dépassé: le cyclope est superbe et le dragon cracheur de feu du final reste un des plus beaux spécimens du genre jamais vu sur un écran de cinéma. Le combat des deux monstres constitue, d'ailleurs, un véritable morceau de bravoure. Dommage que les interactions des personnages réels et des monstres ne soient pas toujours pleinement réussies. Saluons aussi la transformation d'une dame en méduse et un superbe squelette ramené à la vie pour le duel final entre Sinbad et le magicien.

En résumé, LE 7eme VOYAGE DE SINBAD demeure un divertissement réussi mais qui, malheureusement, peine à peu à passionner sitôt que les effets spéciaux ne sont plus présents. On peut même dire qu'il annonce, d'une certaine manière, certains blockbusters des décennies suivantes: on en met plein la vue au spectateur, on lui offre trois ou quatre séquences anthologiques et on enrobe le tout d'un…vide scintillant!

Pour tous ceux qui l'on découvert, enfant, à la télévision, revoir LE 7eme VOYAGE DE SINBAD s'impose néanmoins comme une petite fontaine de jouvence…dont ils risquent pourtant de sortir un brin déçu.

Au niveau du DVD Harryhausen nous parle de ses films en compagnie de John Landis, nous explique les secrets de l'animation images par images, de sa carrière, etc. Sans oublier des bandes annonces et des filmographies. Du bon boulot, tant quantitativement que, surtout, qualitativement puisque, pour une fois, les bonus se révèlent passionnants!

Fred Pizzoferrato - Mars 2007