CHASSEURS D'HOMMES
Titre: Sexo Cannibal / Chasseurs d'hommes /
The devil hunter / The manhunter / Il cacciatore di uomini / El canibal
Réalisateur: Jésus Franco
Interprètes: Al Cliver

 

Werner Pochath
Ursula Buchfellner
Gisela Hahn
Muriel Montossé
Burt Altman
Antonio De Cabo
Année: 1980
Genre: Aventures / Horreur / Cannibale / Erotique
Pays: Espagne / France / Allemagne
Editeur  
Critique:

Au début des années ’80, la fameuse firme française Eurociné se lande joyeusement sur les traces des films de cannibales italiens popularisé par des titres comme CANNIBALIS, LE DERNIER MONDE CANNIBALE ou EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES. Une vague qui atteint son point culminant avec les sorties des deux classiques du genre, CANNIBAL HOLOCAUST et CANNIBAL FEROX.

Décidée à exploiter le filon, Eurociné propose le pathétique MONDO CANNIBAL et l’imbuvable TERREUR CANNIBALE, ainsi que ce CHASSEURS D’HOMMES tout aussi raté et ringard, signé du redoutable Jess Franco, lequel semble d’ailleurs complètement se ficher du produit fini. L’intrigue (ou plutôt l’argument) prend place dans la jungle où nous suivons, durant un bon quart d’heure, une fille nue qui tente d’échapper à une tribu d’indigènes mal intentionnés et probablement cannibales.

Parallèlement, CHASSEURS D’HOMMES s’intéresse à une star de cinéma nommé Laura Crawford venue gouter la célébrité à Rio de Janeiro (en réalité la foule en liesse d’admirateurs se résume à cinq figurants plantés au bord d’une route espagnole). Bref, nous retournons au cœur de l’enfer vert pour assister à la capture de la fuyarde dénudée par quatre types qui l’attache à un arbre et la livre en pâture à une sorte de zombie cannibale (encore moins convaincant que son collègue officiant dans PORNO HOLOCAUST, c’est dire).

Apparemment le monstre a été invoqué par la grande prêtresse, toute poitrine dehors, d’une tribu primitive mais le scénario reste assez nébuleux et honnêtement, tout le monde s’en fout, y compris le Petit Jésus pressé d’atteindre la prochaine scène avec une actrice à poil. Heureusement, ces passages seront suffisamment nombreux pour contenter un minimum l’érotomane, plus satisfait que le fan de gore, les scènes sanglantes étant réduites à la portion congrue et, en outre, horriblement mal truquées.

La suite implique l’enlèvement de Crawford par trois kidnappeurs apparemment de mèche avec sa dame de compagnie. Les ravisseurs exigent six millions de dollars mais les producteurs de cinéma étant tous pingres (avec pareille somme Marius Lesoeur aurait pu tourner une soixantaine de chef d’œuvres !), ils préfèrent se tourner vers un aventurier intrépide, le redoutable Peter Weston (incarné par le perpétuellement assoupi Al Cliver) pour retrouver la belle. Notre homme, aidé d’un vétéran du Vietnam névrosé, part donc pour la jungle afin d’y rencontrer « la fille sur le bateau » (décrite ainsi par le générique la demoiselle est interprétée par la belle Victoria Adams qui fit jadis fantasmé les spectateurs de « La Classe » sous le nom de Muriel Montossé avant d’être Emmanuelle dans le EMMANUELLE FOREVER du même Franco en 1982).

Finalement l’échange entre l’argent et la vedette des grands écrans a bien lieu mais tourne mal et chacun tente de survivre. Ensuite, les cannibales font leur apparition et le zombie anthropophage, que tout le monde avait oublié, décime tout ce qui lui tombe sous la main.

Au départ prévu pour Franco Prosperi (coupable d’une poigne de shockumentaires racoleurs dont les deux premiers MONDO CANE), CHASSEURS D’HOMMES mélange vaille que vaille aventures exotiques, érotisme, argument de polar et horreur gore chez les cannibales. Malheureusement, la tambouille se révèle indigeste et accumule les défauts, à commencer par un scénario incohérent et piteux dont le rythme anémique se voit accentué par une durée déraisonnables de près d’une heure et quarante minutes.

La mise en scène, pour sa part, ne peut rattraper les faiblesses du script, bien au contraire puisque Franco, totalement désintéressé par ce qu’il filme, abuse de ses zooms coutumiers et emballe le tout en multipliant les effets de style ratés, privilégiant par exemple les vues tremblotantes en caméra subjective. Les acteurs, de leur côté, sont pitoyables de cabotinage ou complètement endormis et inexpressifs même si les demoiselles n’hésitent jamais à tomber la chemise et même davantage pour tenter de donner au métrage un minimum d’intérêt.

L’atroce musique et les effets sonores amateurs achèveront, eux, les plus indulgents. Les dialogues d’une incroyable platitude et les innombrables incohérences de l’intrigue parviennent toutefois, avec beaucoup de bonne volonté, à conférer à CHASSEURS D’HOMMES un parfum nanar complètement ringard mais vaguement drôle pour les plus pervers.

Niveau horreur sanglante, le film de Franco se montre, hélas, franchement timoré, réservant juste une décapitation maladroite, quelques mutilations et de rapides masticages de tripailles. Rien de vraiment choquant, rendant encore plus inexplicable l’inclusion de CHASSEURS D’HOMMES sur la liste des « video nasty » anglaises.

Mal ficelé, languissant mais, heureusement, traversé de passages involontairement comiques qui le rende presque digeste, CHASSEURS D’HOMMES reste néanmoins une purge sans beaucoup d’intérêt dont l’érotisme frileux et le gore trop timide ne pourront intéresser que les acharnés de la série Z.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2011