SHARK IN VENICE
Titre: Shark In Venice
Réalisateur: Danny Lerner
Interprètes: Stephen Baldwin

 

Vanessa Johansson
Hilda van der Meulen
Giacomo Gonnella
Bashar Rahal
Atanas Srebrev
 
Année: 2008
Genre: Sharksploitation / Horreur / Thriller
Pays: USA
Editeur  
Critique:

La sortie d’un métrage tel que SHARK IN VENICE laisse songeur…pourquoi personne n’avait il pensé auparavant à lâcher un requin mangeur d’hommes au cœur des canaux d’une des villes les plus touristiques du monde ? L’idée, merveilleuse dans sa simplicité, parait en effet évidente dès l’énoncé de ce titre prometteur. Malheureusement, les belles promesses ne seront guère concrétisées et les bonnes idées resteront au seul niveau des intentions, SHARK IN VENICE ne proposant pas le spectacle attendu.

En effet, plutôt que nous offrir une resucée des DENTS DE LA MER dans la lagune italienne, les pontes de Nu Images préfèrent, une fois de plus, ressortir leurs minables scénarios à base de chasse au trésor sous-marin. SHARK IN VENICE, comme le précédent et piètre SHARK ZONE, se veut par conséquent un film d’aventures mâtiné de thriller dans lequel les requins se voient cantonnés à un rôle secondaire d’élément perturbateur. Frustrant !

Derrière SHARK IN VENICE nous retrouvons les inévitables producteurs Nu Image, lesquels ont connu le succès (si ! si !) en 1999 avec le pitoyable SHARK ATTACK. L’année suivante, les rusés investisseurs remirent le couvert avec le médiocre mais déjà plus sympathique SHARK ATTACK 2 : LE CARNAGE et, en 2002, ils lancèrent le colossal nanar SHARK ATTACK 3 : MEGALODON. A la même époque, Nu Image proposa d’autres films de grosses bestioles comme SPIDERS, OCTOPUS et CROCODILE, suivi par – oh surprise – SPIDERS 2, OCTOPUS 2 et CROCODILE 2.

Les producteurs ayant de la suite dans les idées (à défaut de l’inverse) on vit au milieu des années 2000 un SHARK ZONE, un RAGING SHARK et un HAMMERHEAD SHARK FRENZY, entrecoupé par un KRAKEN, un GRYPHON et un MEGA SNAKE. A la fin des années 2000, Nu Image passe à la vitesse supérieure en produisant RAMBO, BAD LIEUTENANT 2 et THE EXPENDABLES, en attendant leur remake de CONAN et RED SONJA. Est-ce à dire que les requins mangeurs d’hommes ayant assurés l’équilibre financier de la boite sont définitivement mis au placard ? Que nenni ! Et SHARK IN VENICE prouve, si nécessaire, que rien n’a vraiment évolué dans le domaine de la série Z direct to vidéo et de la « sharksploitation » de bas étage, sous-genre improbable n’en finissant pas de renaitre sur les chaines câblées.

Le producteur, scénariste et réalisateur Danny Lerner assure donc la mise en scène (hum !) du chef d’œuvre, rodé à l’exercice puisqu’il a déjà œuvré sur SHARK ZONE et RAGING SHARK. A-t-il progressé depuis les précédents méfaits des féroces squales ? Pas le moins du monde, sa réalisation reste toujours aussi plate et peu inspirée, (in)digne d’un téléfilm miteux des années ’80. L’intrigue est elle réussie ? Nullement, elle concerne une banale chasse au trésor, quelques margoulins se disputant la fortune des Templiers, engloutie quelque part dans les canaux de Venice après une croisade ayant mal tourné. Pour récupérer le pactole, un méchant mafieux kidnappe l’épouse d’un professeur et contraint ce dernier à plonger dans la lagune soumise aux exactions d’un grand requin blanc égaré.

L’idée de confronter un émule d’Indiana Jones aux petits pieds, de méchants gangsters et des bestioles aquatiques affamées n’est pas neuve puisque dès les années ’70 on avait eu droit à des films comme LES REQUINS, TERREUR SOUS LA MER, SHARK LE MANGEUR D’HOMMES ou même LES GRANDS FONDS et L’INVASION DES PIRANHAS. Plus récemment, RED WATER s’inscrivait dans le même registre avant que Nu Image ne se lance dans la danse via KRAKEN et SHARK ZONE. Qu’apporte finalement SHARK IN VENICE par rapport à ses ancêtres ? Rien…mais alors rien du tout !

"jai vraiment signé pour jouer dans cette daube?"

Le gentil, cette fois, c’est Stephen Baldwin, bouffi, inexpressif, has-been… totalement à côté de la plaque ! Il vient cachetonner avec si peu de conviction qu’il rendrait presque les requins en images de synthèse convaincants. Endormi, serré dans son costume de prof d’université, jouant à l’aventurier dans les canaux, combattant un méchant armé d’une tronçonneuse avec ses petits poings musclés, Baldwin louche constamment sur le chèque promis à la fin du tournage. Pathétique. La potiche, pour sa part, est incarnée par Vanessa « ma sœur s’appelle Scarlett » Johansson aux côtés de Hilda van der Meulen, deux beautés pas franchement douées pour la comédie mais ça tombe bien ce n’est pas ce qu’on leur demandait. Le reste du casting se compose majoritairement de Bulgares avec des accents pas possible déjà vus dans les Nu Images précédents dans des rôles similaires. Pas de surprise, le tournage a encore eu lieu en Europe de l’Est… ben oui, c’est pas cher mon frère.

Et les requins dans tout ça ? Généralement, Danny Lerner se contente de puiser dans divers documentaires animaliers et mixe des tas de stock-shots, maintenant bien connus (on les retrouve dans toutes les productions Nu Image) pour donner l’illusion d’un squale géant. En pure perte, bien sûr. Pour épicer le plat, le cinéaste se permet quelques trucages à l’ancienne et des images de synthèse d’une nullité sidérante. Les scènes gore, pour leur part, brillent par leur absence, économie oblige et seuls quelques membres tranchés feront de timides apparitions au milieu d’une eau teintée en rouge. La misère ma pauv’ dame, la misère…

Heureusement comme toute bonne sharksploitation SHARK IN VENICE détaille plein de demoiselles tombant le sous-tif…ah non, on me fait signe que non, faut pouvoir vendre le film aux chaines de télé américaines avec une mention « déconseillé aux moins de 14 ans » donc pour les filles à poil ça va pas être possible. Tant pis. Pas de nichons, pas de gore, pas de requin…y a bien VENICE quand même ? A peine quelques vues touristiques sans doute filmée par le cousin auquel on a payé un city trip. La honte.

Bourré d’incohérence et plombé par un rythme anémique, SHARK IN VENICE se dirige mollement vers une pauvre conclusion en forme de gunfight minable entre les gangsters et les flics italiens. A nouveau, le requin n’apparaît que pour justifier le titre du métrage même si la fin laisse, comme de coutume, la porte ouverte à une séquelle. On n’est jamais trop prudent chez Nu Image…M’enfin, pour la suite, vous pressez pas les gars, on peut attendre…

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011