SHARK NIGHT
Titre: Shark Night 3D
Réalisateur: David R. Ellis
Interprètes: Sara Paxton

 

Dustin Milligan
Chris Carmack
Katharine McPhee
Joel David Moore
Donal Logue
Joshua Leonard
Année: 2011
Genre: Horreur / Sharksploitation
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Lancée dans le sillage des DENTS DE LA MER, la « sharksploitation » revient régulièrement sur les grands écrans, via, par exemple, le très distrayant PEUR BLEUE ou, plus récemment, les inégaux THE REEF, OPEN WATER et THE BAIT. Cependant, le genre connaît un succès bien plus important en dvd ou sous forme de téléfilms destinés aux chaines du câbles et certaines petites compagnies s’en sont carrément fait une spécialité, nous abreuvant de SHARK ATTACK, SHARK ZONE, RAGING SHARK, MALIBU SHARK ATTACK, SPRINGBREAK SHARK ATTACK et bien d’autres.

La sortie de PIRANHA 3D relance évidemment la photocopieuse et entraine cette étrange péloche située entre le succès surprise d’Alexandre Aja et le torture porn à la HOSTEL. De bonnes intention mais, hélàs, SHARK NIGHT vise le grand public et la classification PG-13. D’où de jolies demoiselles qui ne tombent jamais le bikini et des scènes gore réduites à leur plus simple expression, à savoir des flots écarlates venant salir une eau limpide et masquer opportunément les morsures infligées par les squales. En dépit de ces limitations gênantes, le film de l’ancien cascadeur David R. Ellis (DESTINATION FINALE 2 et 4, DES SERPENTS DANS L’AVION) fonctionne mollement dans les limites (étroites) de ses (très) modestes ambitions.

La jolie Sara Palski termine ses études de psychologie et décide de s’octroyer un break en invitant ses amis à une petite fête dans sa maison située près d’un lac de Louisiane. Le musclé Malik, sa copine Maya, la chaudasse Beth, le dragueur Blake et deux nerds (Nick et Gordon) débarquent ainsi pour quelques jours de détente au cœur du bayou. Sur place, la petite troupe se heurte aux inévitables locaux abrutis : Dennis, l’ex copain de Sara, et Red l’alcoolique en rut. Toutefois la situation se calme et chacun se prépare à s’amuser sous l’œil bienveillant du compréhensif shérif Sabin. Malheureusement, le lac est infesté de dangereux requins et Malik a le bras arraché par l’un d’eux. Incapable d’appeler du secours (« pas de réseau ») ses amis souhaitent l’emmener d’urgence à l’hôpital et Dennis et Rex arrivent à la rescousse pour les aider. Mais peut-on vraiment leur faire confiance ?

Très classique dans sa première partie, SHARK NIGHT devait relancer la machine à mi-parcours pour répondre à l’habituelle mais problématique question de tous les sharksploitation qui se respectent : pourquoi retourner dans l’eau après la première mort? La réponse, originale, est la suivante : les jeunes n’y vont pas de leur plein gré, ils y sont poussés ! Par qui ? Par deux rednecks adeptes des snuff movies et un shérif taré (fan de FACE A LA MORT et de heavy metal) qui tuent de pauvres gosses de riches en les plongeant dans un lac emplis de squales. Histoire de gagner de l’argent, les malades filment leur mise à mort pour les diffuser ensuite via Internet. Complètement farfelu, certes, mais un poil plus amusant que les sempiternels « puisque je vous dis qu’il n’y a pas de requin dans les parages» et autre « quoiqu’il arrive la fiesta annuelle aura bien lieu ». Dommage que, PG 13 oblige, les morts soient timorées et la nudité bannie…pas même une poitrine dévoilée à se mettre sous la dent. Frustrant !

Les personnages, pour leur part, semblent uniquement défini par un adjectif générique et nous avons droit aux habituels lieux communs comme le Black musclé, la chaudasse tatouée, la blonde intelligente et (presque ?) virginale, le nerd adepte des jeux vidéo, le bon élève coincé,...Les interprètes n’étant pas franchement doués (on ne croit guère au côté dramatique développé lors du final avec explication psychologique du traumatisme d’un des cinglés), SHARK NIGHT se repose quasi uniquement sur les attaques de squales, lesquelles sont exagérées et, forcément, amusantes pour les amateurs de nanars sympathiques. Les requins boulotent ainsi une moto aquatique ou sautent hors de l’eau pour happer leur proie à la manière de leur homologue des séries Z destinées aux chaines câblées. Citons toutefois une scène plus sadique et novatrice qui voit la brunette de la bande piégée dans un filet en compagnie d’une horde de petits poissons féroces. Plaisant mais, hélas, loin en deçà de PIRANHA 3D que le cinéaste pompe sans vergogne, y compris par une utilisation très gadget du relief qui se limite à balancer vers le spectateur les objets les plus improbables à intervalles réguliers.

Heureusement, quelques scènes élèvent un poil le niveau, comme ce gamin attaché sur une chaise au-dessus d’un lac où rode un requin tigre affamé. Ou ce climax relativement efficace en dépit de la prestation figée d’une Sara Paxton (DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE) décidément plus mignonne que bonne comédienne. Mais l’ensemble ne dure qu’environ 75 minutes hors générique et, dans le genre, c’est toujours moins minable que SHARK IN VENICE ou MEGASHARK Vs CROCAUSORUS.

Etait-il vraiment nécessaire de produire, à destination des salles obscures, un long-métrage qui, à l’arrivée, s’élève à peine au-dessus du tout venant des téléfilms et autres direct-to-dvd estampillés Asylum, Nu Image ou SyFy ? Sans doute pas. Mais, puisque SHARK NIGHT existe rien n’empêche de le prendre pour ce qu’il est : un aimable divertissement à savourer d’un œil distrait avec une bière et du popcorn. C’est peu mais il faudra s’en contenter.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012