SHARKNADO
Titre: Sharknado
Réalisateur: Anthony C. Ferrante
Interprètes: Ian Ziering

 

Tara Reid
John Heard
Cassie Scerbo
Jaason Simmons
Alex Arleo
 
Année: 2013
Genre: Sharksploitation / Film catastrophe / Horreur / Nanar
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Dans la course à l’outrance initiée par les « mockbusters » de The Asylum, SHARKNADO s’impose immédiatement comme une nouvelle étape décisive. Depuis le milieu des années 2000, en effet, la sharksploitation repoussa, à chaque nouvelle livraison, les limites du plausible. Les grands requins blancs d’antan furent ainsi oubliés au profit (?) de monstres gigantesques, hybrides et préhistoriques de plus en plus risibles. De MEGA SHARK à SHARKTOPUS en passant par DINO SHARK et MEGALODON, ces petites productions oublièrent, peu à peu, tout souci de réalisme ou même de vraisemblance.

Annoncé comme le "best bad movie ever", SHARKNADO assume, pour sa part, l’argument démentiel qui lui tient lieu de titre et d’affiche : une tornade de squales ! Le résultat, qui joue ouvertement la carte du « venez voir, c’est con comme la lune », fut une très belle opération commerciale pour The Asylum puisque le produit (au coût restreint à un million de dollars) attira de nombreux spectateurs devant leurs petits écrans, généra des milliers de commentaires sur les réseaux sociaux et eut même droit à une sortie dans quelques salles obscures de par le monde.

Un ancien champion de surf, Fin Shepard, dirige aujourd’hui un bar situé à la plage de Santa Monica. L’annonce d’un ouragan imminent le conduit à voler au secours de son ex-femme, April, et de sa fille, Candice. Il part donc en voiture en compagnie de son amie Baz, de la séduisante serveuse Nova et du pilier de comptoir George. Mais, rapidement, la situation apparait bien plus incroyable que prévue : un banc de vingt milles (!) requins, aspiré par les trombes d’eau de la nature en furie, est rejeté sur les côtes. Les squales envahissent ainsi les villes et dévorent les passants calfeutrés dans leurs véhicules menacés par la montée incontrôlable des eaux.

Sidérant de nullité, SHARKNADO ne parvient pas, néanmoins, à pleinement convaincre les amateurs de nanars déjantés. Beaucoup de palabres ennuyeuses viennent, en effet, parasiter l’action qui souffre, par conséquent, de trop nombreuses baisses de rythme pour ne pas assoupir le spectateur conciliant.

Le manque de budget se fait, lui aussi, cruellement sentir et tempère la représentation visuelle des scènes d’attaques, lesquelles ne sont pas sans rappeler, toutes proportions gardées, les virulents assauts des hordes zombifiées de WORLD WAR Z. Car les passages où sévissent les squales s’avèrent généralement délirants : ils envahissent les rues, s’écrasent sur les passants, brisent la vitre d’un bar ou atterrissent dans une piscine pour menacer une brave grand-mère.

Les dialogues, pour leur part, se montrent ironiques et prouvent que les responsables de cette improbable entreprise ne sont pas dupes du résultat. Dommage que les effets spéciaux en images de synthèses, d’une médiocrité crasse, atténuent la pertinence des scènes d’angoisses, en particuliers durant le climax où les héros, dans un hélicoptère, tentent de neutraliser la tornade meurtrière.

Au rayon du casting, SHARKNADO place en tête d’affiche Tara Reid, laquelle, après avoir débuté dans THE BIG LEBOWSKI, acquit une petite notoriété pour son rôle dans AMERICAN PIE (qu’elle reprit dans AMERICAN PIE 2 et AMERICAN PIE REUNION) avant d’aller folâtrer dans les eaux turbides du bis via ALONE IN THE DARK ou INCUBUS. Le reste de la distribution comprend le quinquagénaire Ian Ziering (ancien de « Beverly Hill 90210 »), le vétéran John Heard (le remake de LA FELINE par Paul Schrader, C.H.U.D., MAMAN J’AI RATE L’AVION) et la comédienne de télévision Cassie Scerbo qui apporte la fraicheur charmante de ses 20 ans.

Techniquement, bien sûr, SHARKNADO n’échappe pas à l’indigence coutumière de The Asylum : mise en scène approximative, musique sans personnalité, effets spéciaux catastrophiques,…qu’importe, l’essentiel se situe ailleurs, dans le pur délire généré par l’une ou l’autre idée mémorable comme ce combat impensable entre le héros, armé d’une tronçonneuse, et un énorme requin catapulté vers lui par les vents déchainés. Hélas, ces passages sont trop peu nombreux pour rendre ce modeste téléfilm réellement incontournable dans le domaine encombré du « mauvais cinéma qui fait rire ».

Néanmoins, aucune objurgation ne saurait dissuader les afficionados du cinéma Z de jeter un œil sur ce film dont le concept demeure suffisamment attractif et déjanté pour assurer aux plus indulgents une soirée de détente. Sans en attendre davantage qu’un plaisant nanar, parfois amusant mais souvent, hélas, ennuyeux.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2013