SHAWN OF THE DEAD
Titre: Shawn of the Dead
Réalisateur: Edgar Wright
Interprètes: Simon Pegg

 

Kate Ashfield
Nick Frost
Lucy Davis
Dylan Moran
Matt James
 
Année: 2004
Genre: Gore / Comédie / Zombies / Culte
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
5 /6
Critique:

Shaun est un jeune homme un peu paumé qui partage sa vie entre un emploi sans avenir, sa fiancée Liz, son colocataire hargneux et son meilleur ami, Ed, lequel passe ses journées à glander devant des jeux vidéos lorsqu'il ne deale pas de l'herbe. Liz, épuisée par ses bourdes répétées, décide finalement de le larguer. Or, c'est précisément le jour où une étrange maladie ravage l'Angleterre: les morts reviennent à la vie! Shaun va devoir "acheter du lait, récupérer Liz, sauver maman et éviter les zombies!". Dans le désordre!

2004. Rarement aura t'on vu autant de morts vivants sur les écrans. Depuis les temps bénis de la fin des seventies, l'invasion n'a jamais été aussi conséquente, y compris en DVD. Mais, si le remake de DAWN OF THE DEAD constituait une agréable surprise, que dire du désastreux RESIDENT EVIL: APOCALYPSE ou des très Z mais sympathiques HOUSE OF THE DEAD et autre UNDEAD? Dans ces conditions, SHAUN OF THE DEAD fait plaisir à voir et constitue une vraie bonne surprise, un peu comme si l'humour de TRAINSPOTTING rencontrait les classiques de George A. Romero. De là à dire que le film ressemble à celui qu'aurait du pondre Danny Boyle s'il s'était davantage lâché sur le tournage de 28 DAYS LATER, il n'y a qu'un pas.

SHAUN OF THE DEAD est donc une parodie anglaise sanglante et drôle qui se réfère à tout un pan du cinéma d'horreur friand de revenants affamés, d'humour potache et de gore qui tâche. LA NUIT DES MORTS VIVANTS, ZOMBIES, LE RETOUR DES MORTS VIVANTS, BRAIN DEAD, EVIL DEAD, et bien d'autres sont traités avec un respect distancié mais réel, loin des parodies lourdingues si prisées actuellement par les tâcherons de la caméra. Car les cinéastes connaissent leurs classiques et multiplient les références sans se croire pour autant plus intelligents que leurs collègues dont ils se moquent. On mesure tout l'écart qui existe entre cette œuvre délirante et des pantalonnades comme SHREK 2, SCARY MOVIE ou SCREAM, des produits bourrés de clichés qui flattent le spectateur tout en cultivant un soi-disant esprit provocateur. Voir à ce sujet un ogre péteur érigé en rebelle anti-Disney; où les vannes foireuses de certains scénaristes qui pompent HALLOWEEN en clignant de l'œil à la critique bien pensante, genre "nous produisons des slashers mais nous ne sommes pas dupe et nous savons bien que c'est nul". Pas de ça ici: les clins d'œil sont nombreux mais le résultat se tient sans ses références. Un gage de qualité indéniable pour le genre. Car une parodie est réussie lorsqu'elle possède une existence propre, même pour le spectateur qui ne connaît pas les références. Visionnez SHREK 2 sans vous être gavé de publicités branchées et de productions Disney et le film ne vous fera pas rire. Remarquez, même en ayant ingurgité l'intégrale de Tonton Walt avant, SHREK 2 aura du mal à vous arracher un sourire, mais c'est une autre histoire. Par contre, vous allez sûrement vous bidonner comme des baleines à la vision de SHAUN OF THE DEAD et ce même si les noms de Romero, Raimi ou Fulci n'évoquent rien à votre mémoire.

Mais les fans des cinéastes précités ne sont pas oubliés pour autant et quelques clins d'œil ont été soigneusement disséminés au fil du métrage. Pour le néophyte, ne pas comprendre l'allusion ne gêne pas vraiment. Pour le fanatique, il s'agit juste d'une grosse poilade supplémentaire. Ainsi un présentateur télé avertit le public que, pour tuer les zombies, "you have to remove the head or destroy the brain". Un peu plus tard, le héros téléphone à sa maman, prénommée Barbara, lui annonce qu'il vient la chercher et lance un référentiel "We're coming for you Barbara", etc. Autant de passages directement reliés à un tout un pan du cinéma de genre sans que leur présence ne devienne envahissante. le gore et le rire sont des moyens, non une fin pour justifier l'absence d'un scénario ou la pauvreté de la mise en scène. D'autres gags, plus burlesques, se passent de références cinéphiles pour plonger dans la culture rock. Citons ainsi le combat entre les héros et un zombie repoussé à coup de disques vinyles. Shaun refuse de sacrifier sa collection mais son ami Ed, désireux de supprimer le mort vivant affamé, choisit les oeuvres à balancer au visage du revenant en fouillant un bac débordant de pièces musicales rares. Ce qui donne un dialogue assez savoureux, ici retranscrit:

Ed: New Order?
Shaun: Jamais, c'est l'édition originale de Blue Monday!
Ed: Stones Roses?
Shaun: T'es fou!
Ed: C'est le deuxième album!
Shaun: J'aime bien quand même!
Ed: La musique de Batman?
Shaun: Balance!
Ed: Dire Straits?
Shaun: BALANCE !!!

Une des scènes les plus drôles, qui utilise une vraie logique de mise en scène, est sans doute le combat entre une poignée de survivants et les morts-vivants, au son du "Don't Stop Me Now" de Queen. Les coups de batterie de Roger Taylor coïncident avec les brutalités portées par les héros à l'encontre d'un zombie. Découpé et pensé de manière très musicale, dotée d'un feeling résolument rock, chorégraphié comme une montée en puissance gorgée d'adrénaline, ce passage annonce un furieux assaut qui renvoie immédiatement aux classiques de Romero. Citons également la scène où Ed et Shaun chantent "White Lines" de Grandmaster Flash avec un mort vivant (qu'ils prennent pour un poivrot) mimant les bruitages "ggggggrrr" du morceau. Ensuite, ils exécutent une impayable danse sur de l'électro. Leur colocataire se fâche et Ed prévient d'un ton sentencieux "next time I see you, you're dead!". Il ne croit pas si bien dire.

La séance de zapping mérite aussi les éloges: les différentes chaînes de télé délivrent un message subliminal à notre héros. Une idée géniale qui rappelle un peu le gag de la grosse quéquette de Austin Powers: en zappant, Shaun reçoit les informations suivantes: On ne sait pas ce qui se passe…c'est la panique dans les rues de Londres (via un clip des Smith où Morrisey chante le morceau "Panic")…les gens sont…dévorés vivants…etc. Autre running gag: Shaun débute le métrage avec une tâche rouge sur sa chemise et chacun lui fait remarquer qu'il "a du rouge sur son vêtement"…inutile de dire qu'à la fin de l'histoire sa belle chemise aura été couverte par des litres d'hémoglobine! Le film multiplie en fait les séquences mémorables et drôles, comme autant de petits sketches qui trahissent l'origine comic-book du projet.

Mais les cinéastes n'oublient pas pour autant de raconter une véritable histoire, certes basique mais terriblement efficace. Bref, le spectateur passe un fort bon moment, même si on regrette que l'ensemble ne soit pas toujours au niveau des séquences précitées. L'objectif était de réaliser, selon le slogan, "une comédie romantique avec des zombies" et, hélas, la mise en place s'avère un peu longuette. Il faut en effet attendre près de quarante minutes avant que les morts ne se relèvent. Dès ce moment, le film adopte un rythme très alerte et efficace. Au milieu de la gaudriole, les cinéastes ne négligent pas pour autant un ton sérieux lors de passages émouvants et bien amenés.

Le sacrifice d'un des protagonistes (dont je ne vous donne pas le nom pour ne pas spoiler le suspense) constitue un moment véritablement poignant. Un sentiment authentique, délivré entre deux gags et trois séquences de boucherie. Car, à ce niveau, le métrage ne néglige pas les scènes attendues: cadavres éviscérés, écartèlement graphiques, crâne éclaté par divers ustensiles, empalement sur des barres de fer, impact de balle dans l'œil, etc. Malgré l'humour, les deux duettistes livrent un résultat aussi saignant que le récent remake de DAWN OF THE DEAD. Les interprètes, pour leur part, sont tous excellents et la mise en scène est fort nerveuse et souvent inspirée, quoique parfois parasitée par des tics hérités d'un certain cinéma branché…ou des vidéo-clips. Un constat encore accentué par une bande son très dynamique et référentielle, fort bien utilisée, voire même intégrée à l'action, qui ajoute un humour ou des références supplémentaires. Ainsi, outre les passages précités qui utilisent la musique des Smith, de Queen et de Grandmaster Flash, on note cet excellent moment où Shaun pleure sur sa rupture alors que retentissent les premières phrases du tube de Chicago…"If you leave me now"!

En dépit de certaines faiblesses (particulièrement une première partie languissante), SHAUN OF THE DEAD réussit à divertir et s'impose comme une bonne comédie, souvent très gore, qui sans totalement rivaliser avec ses modèles (EVIL DEAD 2, LE RETOUR DES MORTS VIVANTS et BRAIN DEAD), permet de passer une bonne soirée et mérite largement le détour. Gore, humour, rock & roll! Que demande le peuple!

NOTE: Les jeux de mots et références intraduisibles sont si nombreux que le film, à l'image des Monty Python ou des Troma, doit impérativement être visionné en version originale sous peine d'en perdre tout le sel.

Fred Pizzoferrato - Février 2007