CRIMES DANS L'EXTASE (SHE KILLED IN ECSTASY)
Titre: Sie tötete in Ekstase
Réalisateur: Jesus Franco
Interprètes: Soledad Miranda

 

Fred Williams
Paul Müller
Howad Vernon
Ewa Stroemberg
Horst Tappert
 
Année: 1971
Genre: Thriller / Erotique / Horreur
Pays: Allemagne / Espagne
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1971, SHE KILLED IN ECSTASY reste un des métrages les plus cohérents et intéressants de Jésus Franco. Celui-ci raconte une intrigue simple mais prenante et mélange à une classique histoire de vengeance quelques éléments horrifiques et de plus amples touches d’érotisme.

Pseudo remake de DANS LES GRIFFES DU MANIAQUE, un Franco de 1966, le métrage suit une belle jeune femme (la magnifique Soledad Miranda) vivant une grande passion amoureuse auprès du docteur Johnson. Ce dernier cherche à améliorer l’espèce humaine en utilisant des hormones animales injectées à des fœtus, une violation manifeste du Serment d’Hippocrate qui vaut au médecin d’être radié par ses pairs.

Accusé de charlatanisme et de blasphème, Johnson rentre chez lui pour trouver son laboratoire détruit et sa femme agressée par des inconnus. Bientôt, le docteur, rejeté de tous sauf de son épouse, sombre dans la folie et finit par se suicider. Madame Johnson décide alors de se venger en supprimant les collègues de son défunt mari, qu’elle juge responsable de son décès tragique. Mante religieuse, la belle les séduit un par un et les tue après l’amour.

Le principal atout de SHE KILLED IN ECSTASY s’avère, sans conteste, la performance de Soledad Miranda, décédée peu après le tournage dans un accident de la route, à seulement 27 ans. La belle Espagnole se montre particulièrement impliquée et convaincante dans son rôle et apparaît à la fois brisée par le suicide de son époux et décidée à mener à son terme son implacable vengeance. Peu à peu, son personnage s’enfonce dans une folie homicide, ponctuée des souvenirs de son existence heureuse à présent détruite.

A ses côtés, nous retrouvons le Suisse Paul Muller, acteur fétiche de Jesus Franco durant les seventies, vu dans plus de deux cents longs-métrages. Autre familier du cinéaste, Howard Vernon (ayant également fréquenté Godard du temps d’ALPHAVILLE et, bien plus tard, le Z français avec le mythique MAD MUTILATOR) incarne une autre victime et demande à Miranda, jouant à la prostituée pour l’attirer, de l’humilier et le traiter avec brutalité, ignorant qu’il scelle ainsi son destin. Horst Tappert, pour sa part, préfigure son rôle le plus fameux, celui de l’inspecteur Stephen Derrick, en incarnant un policier aussi flegmatique que peu concerné.

Les scènes de meurtres, quoique timorée d’un point de vue graphique, n’en reste pas moins imaginative et brillamment mises en scène, en particulier celle concernant Ewa Stromberg. Après une inévitable mais jolie scène saphique, tout en suggestion, Soledad Miranda étouffe sa partenaire à l’aide d’un coussin de plastique transparent et Jesus Franco filme l’agonie de la jeune femme dont le visage se crispe sous le regard du spectateur / voyeur. Le montage, lors des séquences violentes, lie de manière littérale Eros et Thanatos en intercalant, lors des crimes, des images de Soledad faisant l’amour avant que la Veuve Noire ne castre (hors champs) ses infortunées victimes masculines.

Les scènes érotiques, pour leur part, sont timides mais agréables, fonctionnant par de subtils jeux de lumière caressant les corps dénudés. Les dessous sexy arborés par la resplendissante Soledad Miranda constituent, évidemment, un autre atout du métrage. De manière générale, la réalisation de Franco est ici inspirée et les contraintes budgétaires admirablement contournées pour proposer quelques plans de toute beauté aux teintes chatoyantes. De belles compositions à l’esthétisme judicieux, à peine gâchés par les habituels zooms intempestifs du cinéaste, dont l’utilisation se révèle cependant plus maîtrisée que de coutume.

La photographie, elle, capture la lumière et les différentes couleurs avec beaucoup de précision et de recherche, donnant un cachet indéniable à ce SHE KILLED IN ECSTASY d’une belle tenue visuelle. La bande originale à laquelle le grand Bruno Nicolai a participé joue, pour sa part, la carte d’un jazz psychédélique très ancré dans son époque et aujourd’hui délicieusement daté qui accentue le romantisme envoutant du métrage.

Au final, SHE KILLED IN ECSTASY s’inscrit parmi les rares véritables réussites de Jesus Franco, aux côtés du visuellement splendide VAMPYROS LESBOS. L’intrigue, simple mais cohérente, possède une authentique puissance évocatrice et quelques touches oniriques et poétiques bienvenues. La durée, réduite à 75 minutes, oblige le cinéaste à adopter un rythme soutenu loin des dérives assoupies dont il se portera coupable par la suite et l’ensemble de révèle très abordable, y compris par les habituels réfractaires au style de Jésus Franco.

Si tout n’est pas parfait, loin de là, le réalisateur se focalise avec raison sur la vengeance exercée par Miranda sans se perdre dans d’inutiles développements et ne s’encombre pas d’une enquête policière annexe, la présence de Horst Tappert étant, par exemple, d’un intérêt limité pour l’intrigue.

Excepté une fin précipitée et abrupte, SHE KILLED IN ECSTASY mérite une vision pour les curieux souhaitant découvrir l’œuvre pléthorique (et souvent décevante) de Franco, ici très compétent et même inspiré. Une belle surprise.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2011