SHERLOCK HOLMES: ECHEC A LA MORT
Titre: Sherlock Holmes Faces Death
Réalisateur: Roy William Neill
Interprètes: Basil Rathbone

 

Nigel Bruce
Dennis Hoey
Arthur Margetson
Hillary Brooke
Halliwell Hobbes
Minna Phillips
Année: 1942
Genre: Policer / Sherlock Holmes
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Cette nouvelle aventure de Sherlock Holmes se déroule, comme les trois précédentes, durant la Seconde Guerre Mondiale. Cependant, alors que Holmes avait combattu des espions et des Nazis dans les précédents épisodes, ECHEC A LA MORT revient aux origines littéraires du mythe et renoue davantage avec l’esprit d’Arthur Conan Doyle.

L’intrigue, cette fois, place le détective et son inséparable assistant Watson dans un lieu clos où ils doivent résoudre une énigme « à l’ancienne » dans la grande tradition du Whodunit. Notons aussi une présence plus importante de Watson, cette fois davantage impliqué dans la progression de l’intrigue et moins enclins aux plaisanteries, les scénaristes ayant sagement choisis de mettre en veilleuse le côté bouffon du personnage. Cependant, Nigel Bruce confère toujours une bonhommie bienvenue à Watson et donne au métrage un ton plaisant et léger, renforcé par la présence de Dennis Hoey, lequel compose un Lestrade idiot et même parfois irritant.

Geoffrey, Philip et Sally Musgrave ont donné l’autorisation de transformer leur propriété en hôpital destiné à accueillir les militaires blessés au combat. Le docteur Watson se propose également d’y exercer ses services et tente de soigner les vétérans. Peu après, un collège du médecin, le Dr Sexton, est agressé dans la demeure des Musgrave et le prince des détectives, Sherlock Holmes, vient à la rescousse de son ami. Watson, en effet, soupçonne qu’un danger pèse sur les Musgrave, une impression hélas confirmée par l’assassinat de Geoffrey. En dépit de l’intervention de Holmes, Philip meurt à son tour mystérieusement et il ne reste plus au fin limier qu’à tenter de protéger la seule survivante, Sally Musgrave. La clé de l’énigme résiderait, selon Holmes, dans un poème incompréhensible nommé le « rituel des Musgrave » mais l’inspecteur Lestrade, pour sa part, arrête l’amoureux de Sally, un aviateur américain nommé Vickery qu’il pense coupable des différents assassinats.

Basé sur la nouvelle « Le Rituel Musgrave » de Conan Doyle, cette sixième aventure du roi de la déduction accumule les suspects en brossant une galerie de personnages bien typés. Le personnel de maison, représenté par Brunton (Halliwell Hobbes) et son épouse (Minna Philipps), les militaires blessés au combat, la jeune Sally et son fiancé Vickery,…les candidats assassins ne manquent pas. Il faut, bien sur, attendre les dernières minutes pour que Holmes dévoile la vérité, laquelle se révèle satisfaisante et bien ficelée.

L’utilisation d’un sol carrelé pour créer une partie d’échec grandeur nature permettant de résoudre une énigme semble aujourd’hui éculée (on la retrouve même dans Harry Potter !) mais devait, à l’époque, paraitre novatrice. La scène garde en tout cas son charme et fonctionne agréablement même après une soixantaine d’années.

En plus de cette énigme policière « classique », ECHEC A LA MORT réintroduit quelques éléments mystérieux ou surnaturels bienvenus comme une horloge sonnant treize coups avant la mort d’un membre de la famille Musgrave et un rituel associé à une sinistre prédiction. Un étrange corbeau prononçant le mot « sang » est également de la partie sans que tous ces éléments ne trouvent d’explication, le mélange de rationalisation rigoureuse et de fantastique cher à Conan Doyle étant ici scrupuleusement suivi.

L’environnement choisi replace en outre Holmes dans un cadre plus « gothique », lui permettant de déambuler dans les couloirs d’une ancienne demeure ou d’explorer les passages secrets et autres cryptes poussiéreuses où se nichent d’antiques secrets de famille. Un joli effort au niveau de l’atmosphère qui confère à ECHEC A LA MORT une véritable identité et lui évite de n’être qu’un « épisode de plus » dans la déjà longue saga d’Holmes à l’écran.

Basil Rathbone et Nigel Bruce possèdent à présent parfaitement leur personnage et leur numéro, bien réglé, s’avère très agréable à suivre tandis que le reste du casting leur offre un support de qualité. Le cinéaste Roy William Neill, pour sa part, se montre un habile technicien capable de générer un suspense prenant. Si le rythme de cet ECHEC A LA MORT s’avère un peu déficient durant la première moitié du métrage, la seconde accélère grandement le récit et ne laisse guère au spectateur le temps de souffler. Neill enchaîne alors les rebondissements avec un savoir-faire consommé et emmène son intrigue vers une conclusion bien menée survenant au bout de seulement 65 minutes.

En dépit de quelques faiblesses durant une première demi-heure trop bavarde et statique pour pleinement convaincre, ECHEC A LA MORT demeure un des Sherlock Holmes les plus plaisants de la Universal. Le retour d’une intrigue typiquement policière, le lieu menaçant, les éléments fantastiques inexpliqués et la réussite indéniable d’une seconde moitié multipliant les rebondissements jusqu’au climax efficace concourent à la réussite de ce bon divertissement délicieusement rétro.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011