SHERLOCK HOMES A WASHINGTON
Titre: Sherlock Holmes In Washington
Réalisateur: Roy William Neill
Interprètes: Basil Rathbone

 

Nigel Bruce
Marjorie Lord
George Zucco
Henry Daniell
John Archer
Gavin Muir
Année: 1943
Genre: Policer / Sherlock Holmes
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Comme les deux précédents épisodes de la saga, déjà produits par la Universal, (nous en sommes au cinquième mais il en existe en tout quatorze!), SHERLOCK HOLMES A WASHINGTON se déroule non pas dans le Londres victorien mais durant la Seconde Guerre Mondiale, une astuce trouvée par les producteurs pour réduire le budget et proposer des intrigues susceptibles de plaire au plus grand nombre. Un carton pré-générique nous apprend d’ailleurs que Holmes et Watson sont des figures intemporelles pouvant en quelque sorte agir à toutes les époques, leurs aventures étant transposables dans le temps et l’espace.

Ici, les deux héros se voient appelés aux Etats-Unis pour enquêter sur une mystérieuse affaire de document volé. Un microfilm appartenant à un agent secret à en effet disparu et pourrait influer sur le déroulement futur de la Guerre. Holmes promet de le retrouver et part à Washington débuter ses investigations. Il apparaît rapidement que l’espion, nommé Grayson, se sentant menacé, à donné le document lors d’un voyage en train, quelque part entre New York et Washington.

Différentes personnes sont soupçonnées de transporter le microfilm à leur insu et l’enquête se porte sur le sénateur Babcock, la belle Nancy ou la vieille Miss Pringle. Holmes découvre finalement la véritable identité de Grayson, en réalité un certain Pettibone, et soupçonne ce-dernier d’avoir caché le document disparu dans une boite d’allumettes. De son côté l’agent allemand George Stanley, dissimulé sous la respectable identité d’un antiquaire, recherche également le microfilm et kidnappe pour cela la belle Nancy. Holmes devra mettre en œuvre son flair légendaire pour retrouver la jeune fille et récupérer le microfilm…

Si l’intrigue se montre prévisible et d’un intérêt limité, SHERLOCK HOLMES A WASHINGTON demeure toutefois divertissant et compte quelques séquences intéressantes au suspense bien dosé. Le document volé, microfilmé et dissimulé dans une pochette d’allumettes, passe ainsi, à plusieurs reprises, d’une personne à une autre sans que nul ne sache l’identifier. Holmes, lui, y parvient évidemment au terme d’une série de déductions totalement abracadabrantes qui donnent lieu à une amusante confrontation entre le détective et son ennemi. Ce dernier, ignorant la cachette du document, propose du feu à Holmes qui tente de s’emparer discrètement de la pochette d’allumettes sans révéler la vérité au voleur. Joueur, le prince des détectives affirme aussi, avec un petit sourire, que celui qui détient le microfilm l’ignore. Un passage très réussi parvenant à compenser, du moins en partie, les invraisemblances du scénario et les raisonnements peu crédibles du détective, décidément trop infaillible pour rester convaincant.

Watson, de son côté, joue une nouvelle fois les faire-valoir humoristique mais l’aspect débonnaire de Nigel Bruce emporte néanmoins l’adhésion. Ses vaines tentatives pour se plier aux mœurs américaines ou apprendre l’argot donnent même lieu à des séquences amusantes et plus imaginatives que les bouffonneries auxquels les scénaristes de la Universal confinent traditionnellement le brave médecin. Basil Rathbone, en dépit d’une coupe de cheveux excentrique, personnifie pour sa part le plus grand détective du monde avec talent et conviction.

Cette interprétation bien rodée et talentueuse confirme Rathbone comme la parfaite incarnation du mythe et, une fois la transposition du personnage au milieu du XXème siècle acceptée, l’ensemble se révèle tout à fait plaisant. Holmes complimente par exemple les Américains sur leurs méthodes policières de haute technologie mais a recours quelques minutes plus tard à une simple loupe et à quelques réflexions pour résoudre entièrement le mystère, prouvant l’indéniable supériorité de ses « petites cellules grises ».

La mise en scène, une nouvelle fois assurée par Roy William Neill (il diriga au final 11 des 14 long-métrages consacré à Sherlock Holmes), ne s’élève pas vraiment au dessus d’une honnête moyenne et d’un compétent professionnalisme mais l’une ou l’autre séquence (en particulier les échanges précités du microfilm passant de mains en mains) s’avèrent toutefois bien ficelées et possèdent un véritable sens du suspense. Effort de guère oblige, SHERLOCK HOLMES A WASHINGTON se termine par un discours patriotique sentencieux et plutôt naïf, qu’il importe de replacer dans son contexte.

Agréable et divertissant même si pas vraiment crédible, bien rythmé (la durée réduite à 70 minutes semble adéquate pour aller droit à l’essentiel), ce cinquième épisode de la longue saga des Sherlock Holmes constitue en définitive une réussite sympathique capable de contenter les nostalgiques et les inconditionnels du célèbre détective.

Dans l’énorme masse des adaptations cinématographiques de Conan Doyle proposées depuis les origines du cinéma, SHERLOCK HOLMES A WASHINGTON ne démérite absolument pas et s’avère même une très distrayante réussite.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011