SHERLOCK HOLMES ET LA PERLE DES BORGIA
Titre: The Pearl of Death
Réalisateur: Roy William Neill
Interprètes: Basil Rathbone

 

Nigel Bruce
Dennis Hoey
Evelyn Ankers
Miles Mander
Rondo Hatton
Mary Gordon
Année: 1944
Genre: Sherlock Holmes / Policer / Fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Neuvième film consacrés à Sherlock Holmes (sur un total de quatorze), SHERLOCK HOLMES ET LA PERLE DES BORGIA fut tourné en avril 1944 et sorti en septembre de la même année. L’intrigue s’inspire d’une nouvelle de Conan Doyle, « Les 6 Napoléons » et raconte comment un criminel tente de s’emparer de la légendaire et inestimable perle des Borgia, cachée dans une statuette représentant l’Empereur des Français. Ce célèbre récit, considéré comme un des classiques du « canon Holmesien » resservira d’ailleurs, quelque peu modifié, pour l’ultime volet de la saga, SHERLOCK HOLMES ET LA CLE, en 1946.

De manière surprenante, SHERLOCK HOLMES ET LA PERLE DES BORGIA expose le détective en fâcheuse posture suite à une grosse gaffe causée par son arrogance. Pourtant, tout débute impeccablement pour le roi de la détection qui peut, une nouvelle fois, démontrer son génie. En effet, lors d’une croisière, Holmes, déguisé en prêtre, rencontre une jeune femme, Naomi Drake, au service du redoutable criminel Giles Conover, dont le plan vise à s’emparer de la Perle des Borgia. Se croyant menacée, la demoiselle confie le bijou au rassurant homme d’Eglise (Holmes, bien sûr !) qui le récupère sans effort et le ramène là où est sa place…dans un musée.

Mais le prince des détectives n’est guère satisfait des moyens utilisés par le directeur de l’établissement pour protéger la perle. Pressé de démontrer qu’ils peuvent être contournés, Holmes neutralise les diverses protections et permet ainsi, involontairement bien sûr, à Conover de s’emparer une nouvelle fois du bijou. Directement responsable, par son autosatisfaction suffisante, du vol de la Perle, Holmes n’a, dès lors, de cesse de la récupérer. Il débute ses investigations et part à la recherche du responsable d’une série de crimes, apparemment non connectés entre eux, dont les victimes furent découvertes assassinées au milieu de débris de porcelaine.

Dans cette enième aventure, Sherlock Holmes et son inséparable compère, le docteur Watson, croisent la route d’un insaisissable et redoutable adversaire, surnommé The Creeper, incarné par le célèbre Rondo Hatton. Acteur américain exposé au gaz ennemi durant la Première Guerre Mondiale, Hatton développa, au milieu des années ’30, l’acromégalie, une maladie caractérisée par une déformation progressive des membres et du visage. Après avoir joué « The Creeper » dans cet épisode de Sherlock Holmes, l’acteur fut réutilisé, sans beaucoup de pudeur, pas la Universal qui se servit de son apparence effrayante avec sensationnalisme. Condamné au cinéma d’horreur, Hatton apparut dans deux séries B vite emballées (THE BRUTE MAN et HOUSE OF HORRORS) dans lesquelles il reprit, quoique modifié, son rôle emblématique du « Creeper » avant de tirer sa révérence en 1946. Ici, hélas, la présence de Hatton se limite à de furtives apparitions et l’acteur est complètement sous-employé dans un rôle en définitive peu utile à l’intrigue. Ce temps de présence restreint constituait, peut-être, un moyen, pour la Universal de tester son potentiel horrifique avant de lui confier un rôle plus conséquent et de l’imposer comme une vedette de films d’épouvante.

Opposé à ce débutant, Nigel Bruce, pour sa part, compose un Watson débonnaire et bouffon qui apporte au long-métrage l’humour nécessaire à contrebalancer la froide logique de Holmes. Le bon docteur s’octroie ainsi d’amusantes répliques comme lorsqu’il prétend que Lestrade serait « incapable de retrouver les rayures sur un zèbres ».

Toujours impeccable, Basil Rathbone incarne à la perfection le limier de Baker Street, pour une fois mis en échec et placé en position de faiblesse, une démonstration de son « génie » ayant été retournée contre lui par un habile cambrioleur. Miles Mander, enfin, personnifie le méchant Conoder, un pâle substitut au professeur Moriarty, secondé par la séduisante Evelyn Ankers, une familière du cinéma fantastique de l’âge d’or (SON OF DRACULA, THE MAD GHOUL, LE LOUP GAROU).

Plaisant et bien mené, le métrage, comme la plupart des autres qui composent la saga, s’avère, en outre, bien rythmé et sa durée restreinte (un peu plus de 65 minutes) ne permet guère au cinéaste de s’appesantir sur les détails inutiles à l’action. Même si on peut, parfois, regretter cette option (le mystère à, en effet, à peine le temps de se développer avant d’être résolu par le prince des détectives), SHERLOCK HOLMES ET LA PERLE DES BORGIA ne laisse nullement le temps de souffler au spectateur et reste enlevé, efficace et rondement mené. Du divertissement de qualité dont l’unique souhait reste de proposer une bonne heure de délassement au spectateur. Une noble ambition parfaitement atteinte par le cinéaste Roy William Neill, à présent totalement rôdé aux personnages.

Si cet épisode, un poil routinier, n’est pas le meilleur de la série, il demeure incontournable pour les fans du détective de Baker Street, ainsi que pour les fans d’épouvante qui y découvriront l’étonnant et pathétique Rondo Hatton dans son premier rôle. Un film fort sympathique, à découvrir ou revoir avec nostalgie.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2012