SHERLOCK HOLMES ET LA VOIX DE LA TERREUR
Titre: Sherlock Holmes and the Voice of Terror
Réalisateur: Roy William Neill
Interprètes: Basil Rathbone

 

Nigel Bruce
Evelyn Ankers
Reginald Denny
Thomas Gomez
Henry Daniell
Montagu Love
Année: 1942
Genre: Policer / Sherlock Holmes / Espionnage
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Troisième épisode de la longue saga cinématographique de Sherlock Holmes, initiée par LES AVENTURES DE SHERLOCK HOLMES en 1939, ce métrage est le premier à transposer le personnage du Londres victorien à l’époque (alors) contemporaine. Un carton pré-générique nous apprend ainsi que Holmes et Watson sont des héros intemporels et, par conséquent, leurs aventures peuvent se dérouler en tout lieux et en tout temps. Une manière commode de rogner sur le budget en s’épargnant de couteuses reconstitutions historiques mais, également, un moyen de convoquer le célèbre détective à participer à l’effort de guerre. Tout comme Tarzan, Holmes sera donc opposé, au début des années ’40, non plus à de vulgaires criminels de droit commun mais bien à de redoutables espions nazis menaçant le monde libre.

1942. Londres est terrorisé par un mystérieux personnage surnommé « La Voix de la Terreur », lequel donne ses ordres, via les ondes radio, à une redoutable bande de saboteurs Nazis. Vu la multiplication des attentats, le haut commandement des services secrets britanniques, dépassé par les événements, décide de recourir aux services du célèbre détective Sherlock Holmes afin d’identifier « La Voix de la Terreur ». Même si les militaires se montrent, pour la plupart, réticent à engager un civil, une petite démonstration des talents de Holmes leur prouve qu’ils ont fait le bon choix. Peu après, un homme, un couteau planté dans le dos, s’écroule devant l’appartement que le fin limier partage avec le docteur Watson en murmurant un simple prénom. Les deux intrépides héros se lancent alors à la poursuite de son meurtrier et remontent une piste menant à un certain Mr Meade, membre de l’organisation dirigée par « La Voix de la Terreur ». Mais qui est véritablement ce-dernier ?

Même si les puristes ne digèreront sans doute pas facilement le déplacement temporel des personnages, SHERLOCK HOLMES ET LA VOIX DE LA TERREUR, fonctionne agréablement, l’époque où intervient le détective important finalement peu tant que ses fondamentaux sont conservés, ce qui s’avère le cas ici. Holmes, brillamment interprété par Basil Rathbone, reste un attachant génie excentrique, agaçant par sa suffisance, capable de relier entre eux des faits insignifiants pour établir des théories farfelues mais toujours justes. Comme souvent, les déductions accomplies par Holmes sur base de minuscules et improbables indices s’avèrent fantaisistes et peu crédibles mais participent au charme de ces productions n’hésitant pas à surenchérir pour démontrer l’infaillibilité du détective. Difficile, par exemple, de comprendre comment Holmes solutionne l’intrigue, même en admettant l’existence d’agents secrets nazis « dormant » envoyés en Angleterre préparer la Seconde Guerre Mondiale depuis…1924 ! Le spectateur devra, pour apprécier les prouesses intellectuelles du limier, admettre que son intelligence si brillante lui permet ce genre d’exploits impossibles.

Si Rathbone tire naturellement la couverture à lui, le reste du casting accomplit un honnête boulot même si la transformation de Watson en un bouffon caricatural reste navrante. La performance de Nigel Bruce n’est d’ailleurs nullement à blâmer, l’acteur se montrant très compétent, voire pétillant, en dépit de l’orientation discutable prise par les scénaristes. Sans doute soucieux d’offrir un contre point humoristique au très froid et sérieux Holmes, les auteurs ont malheureusement changé Watson en un faire-valoir, voire un clown dispensant l’une ou l’autre réplique parfois drôle mais généralement déplacées ou inappropriées.

A l’instar d’autres productions de la même époque, SHERLOCK HOLMES ET LA VOIX DE LA TERREUR exalte, forcément, les valeurs nationalistes et patriotiques du public. Le métrage propose ainsi plusieurs scènes au cours desquelles le fin limier se lance dans un vibrant discours visant à motiver les troupes. Des passages n’ayant pas forcément bien vieillis mais excusables si on se replace dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale et d’ailleurs probablement fort appréciés en leur temps.

En dépit de ces lourdeurs propagandistes, l’intrigue en elle-même se révèle distrayante et bien menée, la durée restreinte (à peine 66 minutes) obligeant le cinéaste à adopter un rythme soutenu et prenant. La photographie en noir et blanc, pour sa part, joue adéquatement sur les ombres et confère au métrage un parfum proche du thriller noir et une atmosphère intéressante aux lisières du fantastique.

Malheureusement, dans l’ensemble, SHERLOCK HOLMES ET LA VOIX DE LA TERREUR n’est pas une grande réussite et s’apparente à un essai manqué qu’on évitera de comparer aux précédents métrages Victorien et même aux tentatives modernisées ultérieures, bien plus convaincantes.

Si le métrage reste divertissant et pourvu d’un charme suranné appréciable, il n’en reste pas moins très moyen et apparaît, rétrospectivement, comme un des épisodes les plus faibles (si ce n’est le plus faible) de la saga tournée durant les années ‘40. On le réservera par conséquent aux inconditionnels de la série souhaitant voir toutes les aventures de Sherlock Holmes incarné par Basil Rathbone même si, avec un peu d’indulgence, il est encore possible d’y prendre un petit plaisir nostalgique.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2011