LE COMMANDO DES MORTS VIVANTS
Titre: Shock Waves
Réalisateur: Ken Wiederhorn
Interprètes: Brooke Adams

 

Peter Cushing
Fred Buch
Jack Davidson
John Carradine
Don Stout
Luke Halpin
Année: 1977
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur Mad Movies
Critique:

Cette petite production, réalisée juste avant la déferlante des morts vivants consécutifs au triomphe de ZOMBIE, s’impose comme une série B bourrée de défauts mais suffisamment distrayante pour mériter une vision nostalgique. Le premier long-métrage de Ken Wiederhorn (coupable une dizaine d’années plus tard du totalement raté LE RETOUR DES MORTS VIVANTS 2) débute par la découverte, sur une frêle embarcation perdue au milieu de l’océan, de la belle Rose, unique survivante d’un naufrage.

Recueillie par deux marins, la demoiselle leur raconte son incroyable histoire, anéantissant par ce procédé toute surprise puisque le spectateur sait, dès le départ, qui va survivre et qui va mourir. En vacances dans les Caraïbes, Rose (Brooke Adams, revue dans L’INVASION DES PROFANATEURS et DEAD ZONE), Chuck, un couple (Norman et Beverly) et l’équipage du petit bateau Bonaventure constatent un étrange phénomène météorologique qui donne au ciel une coloration menaçante et perturbe les instruments de navigation. La nuit tombée, le Bonaventure est heurté par un gros bâtiment avançant tous feux éteints qui pourrait, selon un des marins, être un vaisseau fantôme.

A l’aube, la tragique situation se dévoile: le bateau, échoué sur un récif, menace de sombrer mais, heureusement, une île apparaît à courte distance. Les naufragés, moins le capitaine (John Carradine) qui s’est noyé dans l’aventure, se rendent sur l’île, apparemment déserte, mais découvrent un vieil hôtel abandonné. Ils y rencontrent le propriétaire et unique occupant des lieux (joué par un Peter Cushing fatigué) qui les prévient de l’existence d’un « grand danger ». Bientôt, le petit groupe rencontre les autres habitants de l’île, huit soldats nazis zombifiés affublés de lunettes de soleil, fruits des expériences occultes du Troisième Reich à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Ce « commando des morts vivants », ou Totenkorps, jadis dirigé par Peter Cushing, est bien décidé à exterminer toute personne croisant leur route.

Les supposées tentatives occultes du Troisième Reich pour mettre au point de nouvelles armes constituent un cliché bien connu des amateurs d’aventures et de fantastique, comme en témoigne, par exemple, LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE ou des romans comme "La lance" de James Herbert et "Le jour J du Jugement" de Graham Masterton. Guère étonnant qu’une poignée de cinéastes aient utilisés ces légendes urbaines dans le cadre des films de zombies, souvent pour un résultat peu convaincant. L’ABIME DES MORTS VIVANTS, LE LAC DES MORTS VIVANTS, NIGHT OF THE WERMACHT ZOMBIES et le récent dyptique DEAD SNOW illustrent ce thème mais, en dépit de ses nombreuses faiblesses, LE COMMANDO DES MORTS VIVANTS demeure un des métrages les plus efficaces sur le thème des « zombies nazis ».

Sans doute plus inspiré par les tentatives espagnoles d’Amando De Ossorio que par le chef d’œuvre de George A. Romero, LE COMMANDO DES MORTS VIVANTS privilégie l’atmosphère aux scènes chocs et prend son temps pour établir une mythologie intéressante et originale. Coincé entre l’épouvante gothique des années ’60 et l’horreur plus graphique lancée durant les seventies, Ken Wiederhorn convie deux icones d’antan, Peter Cushing et John Carradine, pour animer ce scénario certes stupide mais, à l’écran, relativement plaisant.

Les zombies apparaissent ainsi étrangement crédibles en dépit de leurs lunettes de soleil incongrues et se déplacent vers leurs proies de manière menaçante. Les séquences où ils sortent de l’eau s’avèrent d’ailleurs bien menées et possèdent une authentique puissance évocatrice quoique leurs attaques manquent, pour leur part, d’un peu de nerf. Le débutant Ken Wiederhorn compose de son côté une poignée de passages angoissants et effectifs mais se conforme, malheureusement, aux conventions du survival au cours d’un derniers tiers peu passionnant et aujourd'hui vu et revu.

Se contentant d’isoler platement chacun des survivants (« allons par là » « Ok, nous on va de ce côté »), le cinéaste propose toutefois de belles scènes au cours desquelles les zombies traquent leur proie dans la jungle hostile de la petite île tropicale.

Pour une production à petit budget, les maquillages spéciaux s’avèrent relativement réussis mais l’absence totale de gore (les meurtres s’effectuent uniquement par noyade) porte préjudice à une bande trop timorée pour convaincre. La vulnérabilité des morts vivants vaguement vampires aux rayons du soleil, lourdement soulignée, se voit pour sa part à peine utilisée par le scénario tandis que le final, abrupt, déçoit en privant le spectateur d'un réel climax horrifique.

Mais une belle photographie et une mise en scène compétente compensent, en partie, le manque de suspense, un script linéaire et une bande originale plus irritante qu’effrayante. De leur côté, les acteurs s'avèrent très corrects quoique les personnages, eux, soient à peine développés et les dialogues d’intérêt limité.

Le rythme défaillant n’aide guère mais la durée restreinte (80 minutes) permet de digérer la pilule et l’une ou l’autre scène témoignent d’une vraie originalité, comme celle du claustrophobe réfugié dans une chambre froide et qui, incapable de supporter le confinement, sort de son refuge pour tomber dans une piscine hantée par les zombies.

Dans l’ensemble, LE COMMANDO DES MORTS VIVANTS demeure sympathique et relativement divertissant pour une petite production des 70's. Le look particulier des zombies et la présence, même fugace, de Peter Cushing lui confèrent un charme suranné agréable. Si nous sommes très loin d’un grand film, le tout se regarde plaisamment pour les nostalgiques.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2016