SHOGUN's SADISM
Titre: Tokugawa onna keibatsu-emaki: Ushi-zaki no kei
Réalisateur: Yûji Makiguchi
Interprètes: Yûsuke Kazato

 

Rena Uchimura
Akira Shioji
Masataka Iwao
Ryuichi Nagashima
Yûsuke Tsukasa
Tetsuo Fujisawa
Année: 1976
Genre: Erotisme / Torture / Gore
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1976, SHOGUN’s SADISM s’inscrit dans la prolifique série dite « Tokugawa », également connue, en référence au premier volet, « Joy of Torture ». Cette dizaine de long-métrages, sans véritable lien entre eux si ce n’est une thématique similaire, se situent, comme leur nom le suggère, durant la période du shogunat Tokugawa (1603 – 1867) aussi dénommée « ère Edo ».

La plupart de ces productions adoptent le format du film à sketches et combinent reconstitution historique, érotisme et sadisme sanglant. Si les huit premiers titres furent signés par le plus réputé (et respectable) Teruo Ishii, ce SHOGUN’s SADISM a bel et bien été mis en scène par le méconnu Yuji Makiguchi. Ce-dernier prend la succession de son prédécesseur sans véritablement changer la formule, répondant ainsi aux souhaits de la Toei de présenter une œuvre extrême et racoleuse.

Dénué des prétentions plus artistiques et esthétiques des films de Ishii, ce SHOGUN’s SADISM particulièrement gratiné, censé ressusciter la saga, restera, finalement, sans descendance. SHOGUN’s SADISM se distingue également des autres titres de la série, qui proposent le plus souvent trois ou quatre histoires, en se limitant à deux sketches (pour une durée totale de 75 minutes) à la tonalité très différente.

Le premier s’intéresse au cas d’un jeune samouraï tombé amoureux d’une jolie chrétienne durant une période de forte persécution religieuse. Le cruel Shogun découvre la romance, capture la belle, et lui inflige, ainsi qu’à ses proches, de multiples tortures et humiliations sous les yeux de son amant.

La seconde intrigue prend le contre-pied de la première, particulièrement sombre, et joue davantage la carte de l’humour parfois scabreux ou scatologique. Le client d’une prostituée, incapable de payer la note au patron du bordel, se voit ainsi condamné à travailler un an comme homme à tout faire. Relégué aux tâches les plus basses et témoin des cruautés inimaginables de son boss, il finit par fuir cet enfer avec une des filles de la maison close. Hélas, retrouvé par un détective, le couple est soumis aux pires sévices.

Production aberrante, SHOGUN’s SADISM se révèle rapidement schizophrène dans sa volonté provocante, le cinéaste alternant les scènes gentiment érotiques et les tortures bien gore. Si les premières sont pudiquement floutées de manière peu esthétiques, les secondes, par contre, se dévoilent dans toute leur cruauté barbare. Quelque part entre les « inquisition exploitation » (popularisés par LE GRAND INQUISITEUR ou LA MARQUE DU DIABLE) et le gore décomplexé à la Hershell Gordon Lewis, SHOGUN’s SADISM se vautre dans le sang avec une bonne santé réjouissante pour les amateurs.

Les sévices décrits dans ces deux sketches sont variés et graphiques à souhait : crucifixion, lances plantées dans une poitrine, orteils sectionnés, pénis tranché, pied broyé, jambes écrasées sous de lourdes pierres, corps tranché en deux, mamelons arrachés à la tenaille, avortement forcé à mains nues, décapitation, etc. Désireux de ne point s’ennuyer, le Shogun exige toujours davantage de variété pour contenter ses appétits sadiques et ses zélés servants multiplient les innovations, comme un homme cuit vivant dans une statue ou une femme plongée dans un bain remplis de centaine de serpents venimeux. Une gamine est également défigurée devant sa grande sœur, laquelle est finalement écartelée en place publique par deux taureaux furieux lors du climax. Un spectacle volontiers écoeurant, digne de 2000 MANIACS !, complété par des plans vomitifs sur le corps déchiqueté d’où s’écoule un flot de tripes sanglantes.

Dans le second sketch, un peu moins graphique, le cinéaste opte pour un ton plus léger, du moins durant la première partie du récit, entrecoupé de saynètes déviantes comme cette prostituée enduite d’une substance attractive pour les chiens, lesquels viennent la lécher sous toutes les coutures. Une punition que la demoiselle semble finalement apprécier. Sans doute frustré de cette relative modération, Yuji Makiguchi se lâche complètement durant les dernières minutes du long-métrage et aligne un véritable barrage de tortures dégueulasses jusqu’à une conclusion volontiers pessimiste et cynique.

Pour détendre l’atmosphère, le film n’oublie pas d’inclure à intervalles réguliers de timides mais distrayantes scènes érotiques, dont de nombreux viols. Débutant par un florilège d’images chocs, en noir et blanc mais contemporaines, et une introduction pseudo philosophique sur la pérennité de la barbarie, indissociable de l’Humanité depuis ses origines, SHOGUN’s SADISM constitue un exemple représentatif du cinéma d’exploitation japonais outranciers et sadique.

Allant droit à l’essentiel, Makiguchi ne cherche pas à marcher sur les plates-bandes de Teruo Ishii et renonce à toute ambition artistique pour privilégier l’étalage de barbaque pure et simple. Peut-être moins défendables que L’ENFER DES TORTURES ou FEMMES CRIMINELLES, cette nouvelle livraison se révèle également plus honnête et, surtout, bien plus sympathique et divertissante.

Bref, on ne s’ennuie pas une seconde durant ces 75 minutes bien rythmées et sanglantes à souhait. Une bonne pioche pour un des meilleurs épisodes de la franchise, à réserver toutefois à un public averti.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012