SI DOUCES...SI PERVERSES
Titre: Così dolce... così perversa
Réalisateur: Umberto Lenzi
Interprètes: Carroll Baker

 

Jean-Louis Trintignant
Erika Blanc
Horst Frank
Helga Liné
Giovanni Di Benedetto
Beryl Cunningham
Année: 1969
Genre: Giallo / Thriller sexy
Pays: Italie / France / Allemagne
Editeur LCJ Edition
Critique:

Lancé au début des années ’60 par Mario Bava, le giallo se spécialise, à la fin de cette décennie, dans les sombres machinations et les intrigues tortueuses. Précurseur de la vague sanglante initiée par Dario Argento avec L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL, ces films se rapprochent davantage du drame policier, teinté d’un érotisme encore timide, et puisent leur principale inspiration dans les œuvres des romanciers français Boileau & Narcejac, adaptés de fort belle manière avec LES DIABOLIQUES et SUEURS FROIDES. Umberto Lenzi propose donc, à la toute fin des sixties, trois long-métrages fort semblables (ORGASMO – alias UNE FOLLE ENVIE D’AIMER, SI DOUCES SI PERVERSES et PARANOIA) qui s’intéressent aux turpitudes de riches bourgeois tentés par l’adultère et le meurtre.

Les titres annoncent immédiatement la couleur avec leurs références aux pathologies, à Freud et à la sexualité. A l’arrivée, ces trois thrillers à la mécanique un brin prévisible mais bien huilée posent les bases du « giallo de machination » dont le premier exemple reste, sans doute, le très sympathique LIBIDO, tourné en 1965.

SI DOUCES SI PERVERSES est un giallo très classique où il n’est guère surprenant de retrouver, au scénario, le grand spécialiste Ernesto Gastaldi et à la production Luciano et Sergio Martino. La bande sonore, elle, est signée par Riz Ortolani, compositeur prolifique (plus de deux cents partitions !) à qui on doit la sublime musique de CANNIBAL HOLOCAUST. Un véritable « who’s who » du thriller italien puisque, dans les rôles principaux, nous retrouvons Jean-Louis Trintignant et Carroll Baker.

Le premier a fréquenté un temps le giallo, ou du moins quelques tentatives « intellectuelles et arty » assimilées (avec plus ou moins de légitimité) à ce courant comme le DEAD STOP de Tinto Brass, LA MORT A PONDU UN ŒUF de Guilio Questi et DISONS UN SOIR A DINER de Giuseppe Patroni Griffi. SI DOUCES SI PERVERSES reste toutefois le giallo le plus « authentique » auquel Trintignant a participer, aux côtés de la belle Carroll Baker, laquelle, après une jolie carrière aux Etats-Unis (GEANT, LES GRANDS ESPACES, BABY DOLL), débarque dans la Péninsule pour devenir, à l’approche de la quarantaine, une des stars du bis italien (L’ADORABLE CORPS DE DEBORAH, MEURTRE DANS LA PISCINE, LE DIABLE A SEPT FACES, IL FIORE DAI PETALI D'ACCIAIO, BABA YAGA, etc).

Des long-métrages dans lesquelles la belle (alors empêtrée dans les soucis financiers) se dénude copieusement et goute aux plaisirs saphiques pour la plus grande joie des spectateurs masculins. Deux autres familiers du cinéma populaire complètent la distribution: la charmante Erika Blanc (OPERATION PEUR, LA PLUS LONGUE NUIT DU DIABLE, MOI EMMANUELLE) et l’Allemand Horst Frank dont la filmographie, pléthorique, va des TONTONS FLINGUEURS à une poignée de giallo comme L’ŒIL DU LABYRINTHE, LE CHAT A NEUF QUEUES ou OVERTIME.

L’intrigue de SI DOUCES SI PERVERSES, typique du « sexy giallo », s’intéresse à un couple souffrant de problèmes matrimoniaux : Jean (Trintignant) et Danielle (Blanc). Un jour, Jean porte secours à sa voisine, la séduisante Nicole (Baker) qui vit sous l’emprise de son petit ami, Klaus (Frank). Jean et Nicole entament rapidement une relation adultérine et s’offrent de petites vacances romantiques, sous l’œil de Klaus qui les suit de sa présence menaçante. Cependant, Nicole finit par avouer à son nouvel amant la vérité : elle est, en réalité, un appât dans un piège diabolique qui vise à l’assassiner.

Le futur meurtrier, Klaus, a, en effet, reçu 25 000 dollars pour supprimer Jean et, sans doute fâché de la trahison de son ancienne compagne, essaie de la tuer elle-aussi…Jean, cependant, accepte de pardonner ses mensonges à Nicole, qu’il considère comme son grand amour. Il avertit Danielle de son souhait de divorcer mais, à la nuit tombée, Klaus le poignarde et se débarrasse de son corps. Tout cela constituait, en réalité, un plan concocté par Danielle et Nicole, lesquelles sont des amies très intimes. Mais Jean est-il bien mort se demande Danielle qui reçoit, les jours suivants, des menaces de plus en plus précises à son encontre?


Bien filmé par un Lenzi inspiré (hélas davantage connu des cinéphiles pour ses distrayants mais médiocres L’AVION DE L’APOCALYPSE ou même CANNIBAL FEROX), cette plaisante variation sur le thème des DIABOLIQUES joue la carte du thriller sexy et pose doucement son scénario durant les trois premiers quart d’heures. Ponctué de discussions parfois cyniques, d’intermèdes gentiment érotiques (un strip-tease vulgaire, effectué par la Black Beryl Cunningham, vue dans LA POSSEDEE DU VICE, une inévitable mais timide scène saphique) et de ballades dans un univers petit bourgeois dominé par le luxe et les faux-semblants, SI DOUCES SI PERVERSES peut paraitre longuet aux spectateurs d’aujourd’hui, habitués à davantage de mordant, mais la seconde moitié rattrape ces faiblesses.

Umberto Lenzi, en fin roublard du thriller, offre alors son lot de révélations plus ou moins surprenantes distillées à un rythme régulier. Si les habitués du giallo ne seront, sans doute, pas vraiment étonnés par les divers twists proposés, l’habileté du scénariste emporte le morceau tant le film semble toujours garder un dernier atout dans la manche. De la bel ouvrage, certes conventionnel et sous l’influence manifeste des DIABOLIQUES ou de PLEIN SOLEIL mais divertissant et rarement ennuyeux.

Quoique le long-métrage de Lenzi n’apporte guère de nouveautés au schéma conventionnel, et finalement limité, du « thriller sexy » ou du « giallo de machination », le savoir-faire du cinéaste, les qualités du scénario et le plaisir de retrouver un beau trio d’acteurs phare du cinéma européen font de SI DOUCES SI PERVERSES un agréable divertissement. Aujourd’hui paré d’un charme nostalgique et vaguement libertaire, typique de cette période charnière entre la fin des sixties et le début des seventies, l’œuvre de Lenzi mérite la redécouverte pour les amateurs de machinations tordues et de retournements de situations surprenants. Plaisant.


A noter que le film est disponible en dvd zone 2.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012