SICK NURSES
Titre: Suay Laak Sai
Réalisateur: Piraphan Laoyont & Thodsapol Siriwiwat
Interprètes: Wichan Jarujinda

 

Dollaros Dachapratumwan
Chidjan Rujiphun
Kanya Rattapetch
Chon Wachananon
 
 
Année: 2007
Genre: Horreur
Pays: Thaïlande
Editeur  
Critique:

Petit shocker sanglant sans beaucoup d’originalité mais diablement efficace SICK NURSES se déroule dans un hôpital où Tah, le très respecté médecin, aidé de sept infirmières incroyablement sexy se livre à du trafic d’organes pour de riches clients. Le prochain corps destiné à échouer au marché noir des « pièces détachées » n’est autre que celui de Tawan, une ancienne infirmière ayant eu une liaison avec Tah. Après avoir été assassinée par les autres infirmières, Tawan attend son heure. En effet, selon une croyance thaïlandaise, l’esprit des morts revient au bout de sept jours vers le monde des vivants et en particulier vers la personne la plus aimée par le défunt. Une semaine après son décès, Tawan vient effectivement hanter ses anciennes « amies » afin de se venger du sort qu’elle a subi.

SICK NURSES constitue une surprise relativement plaisante dans le petit monde – aujourd’hui bien encombré – des « asian ghost stories ». Depuis le succès des métrages fondateurs (RING, JU ON THE GRUDGE et quelques autres), l’Asie nous a en effet régulièrement proposé des intrigues à bases de fantômes vengeurs plus ou moins efficaces mais, à la longue, assez lassantes. Les deux cinéastes thaïlandais derrière SICK NURSES, sans doute conscient du peu de renouvellement du genre, tentent cependant d’innover en jouant davantage la carte du gore et de l’humour macabre.

Les personnages féminins de SICK NURSES sont, tout d’abord, aussi stupides que belles (ce qui n’est pas peu dire) et les deux cinéastes prennent résolument parti pour leur croquemitaine vengeur, enchainant les séquences sanglantes avec une belle énergie. Si le fantôme aux longs cheveux noirs s’apparente à une imitation de celui de THE GRUDGE, sa conception de la vengeance, elle, diffère complètement : au lieu d’un être maudit et malheureux, aussi effrayant que finalement pathétique, les cinéastes optent pour une créature sadique éprouvant un véritable plaisir à torturer et assassiner ses anciennes tortionnaires. D’où un ton général privilégiant largement l’humour et les meurtres spectaculaires au détriment des véritables frissons, dans un esprit que l’on peut rapprocher de la saga DESTINATION FINALE pour prendre un exemple immédiatement parlant.

Narcissiques, idiotes et uniquement préoccupées de leur personne (et en particulier de leur physique des plus avantageux), les jolies pétasses de SICK NURSES trouveront un châtiment approprié à leurs faiblesses au cours d’une dernière demi-heure rythmée versant allègrement dans le gore outrancier. A ce sujet, les tenues sexy et hautement fantasmatiques des infirmières ne sont sans doute pas vraiment crédibles (tout comme leurs airs plus proches du mannequin en représentation que de véritables membres du corps médical) mais les cinéastes ne souhaitent manifestement pas livrer un produit sérieux. Sans jamais verser dans la parodie, SICK NURSE se montre ainsi satirique et amusant, et la caractérisation des protagonistes, quoique sommaire, reste satisfaisante et suffisante pour maintenir l’intérêt du public.

La véritable identité du spectre Tawan sera, bien sûr, révélée dans les dernières minutes et cette divulgation s’avère assez surprenante et originale, même si différents indices permettaient de deviner cette conclusion, ainsi que les raisons de sa vengeance. Des motivations assez proches de certains slashers américains de l’âge d’or auquel SICK NURSES rend hommage via l’inventivité des meurtres, lesquels ne lésinent pas sur les débordements sanglants. Cadavres démembrés à la scie, visages déchiquetés au rasoir, décapitation surprenante,…les cinéastes poussent la censure locale dans ses limites avec une bonne santé assez réjouissante, braconnant parfois sur les terres du « torture porn » mais sans les aspects parfois malsains de ce style de métrage. Ici, le côté fun prédomine et les mises à mort, aussi graphiques soient elles, gardent un côté ludique prononcés, servis par des effets de maquillages globalement réussis.

Si l’intrigue n’est pas franchement originale, sa construction s’avère par contre plus convaincante et intéressante, l’ensemble du métrage se déroulant pratiquement sur quinze minutes. Ce petit quart d’heure annonçant le retour du fantôme parmi les vivants sera décliné à plusieurs reprises, les infirmières étant agressées au même moment à différents endroits de l’hôpital. Les cinéastes choisissent donc un montage alterné présentant l’action en parallèle mais entrecoupé de flashbacks explicitant les événements antérieurs. Une construction assez habile brisant la linéarité d’un scénario sinon très simple mais qui évite heureusement le piège de la confusion dans lequel tombent de nombreux films d’horreur asiatique récents. Avec un minimum d’attention, SICK NURSES se suit aisément mais sans ennui, un petit tour de force dont Piraphan Laoyont et Thodsapol Siriwiwat (pas simple à retenir ça !) se tirent avec les honneurs.

Sans doute inspirés par les contraintes imposées par l’unité de temps et de lieu, les deux réalisateurs utilisent en outre une mise en scène très soignée, laquelle n’évite pas les afféteries visuelles déjà vues bien souvent (comme les reflets dans les flaques de sang) mais demeure efficace et travaillée. Les éclairages clinquants et le montage habile confèrent une identité sympathique au long métrage et lui permettent de se distinguer de la masse des petites productions similaires à destination des vidéoclubs. Sa durée, réduite à environ 70 minutes hors générique, se révèle en outre adéquate et oblige les cinéastes à développer leur intrigue sur un rythme soutenu excluant pratiquement toutes longueurs : ramassé au possible, SICK NURSE évite par conséquent toutes séquences inutiles ou une trop longue exposition pour simplement foncer au cœur de son intrigue en alignant les meurtres sans temps… morts.

Avec son casting de jeunes demoiselles en uniforme affriolant, son spectre vengeur particulièrement rancunier et la débauche sanglante de sa dernière demi-heure, SICK NURSES ne cherche manifestement ni le réalisme, ni le renouvellement des clichés du genre. Les cinéastes préfèrent simplement offrir un spectacle court, rythmé, sexy et non dénué d’un certain humour noir assez réjouissant. Bref, à condition de ne pas en attendre autre chose qu’un aimable divertissement horrifique, il y a moyen de prendre un certain plaisir à la vision de ce SICK NURSE plutôt plaisant dans la limite de ses modestes ambitions.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2010