LE SIGNE DU PAïEN
Titre: Sign of the Pagan
Réalisateur: Douglas Sirk
Interprètes: Jeff Chandler

 

Jack Palance
Ludmilla Tchérina
Rita Gam
Jeff Morrow
George Dolenz
Eduard Franz
Année: 1954
Genre: Péplum
Pays: USA
Editeur  
Critique:

LE SIGNE DU PAIEN situe son intrigue en 452 après Jésus-Christ, alors que l’Empire Romain est divisé en deux : à Rome règne Valentinien tandis que Theodose dirige Constantinople, capitale de l’Empire d’Orient. On constate déjà une première liberté avec la réalité historique car, en réalité, Théodose est mort depuis deux ans et Marcien, après avoir épousé Pulchérie, occupe le poste d’empereur. Rome n’est plus à cette époque la capitale de l’Occident, transférée à Ravenne, et l’Empire d’Orient, présenté dans le métrage comme dirigé par les « mauvais » et même les « traitres », est en réalité rançonné par Attila suite aux manœuvres de l’Occident.

Jugeant sans doute tout cela peu intéressant, les scénaristes déplacent donc l’intrigue sur Marcien, un simple mais courageux centurion romain, s’opposant à Attila, le Fléau de Dieu. Notre brave Marcien finit d’ailleurs par convaincre la fille du tyran, Kubra, de la noblesse de la foi chrétienne. De son côté, et en dépit de ses conquêtes, Attila commence à craindre le courroux de Dieu, lequel se manifeste classiquement en foudroyant un devin ! Après diverses péripéties, Attila arrive aux portes de Rome où il s’entretient avec le Pape Léon 1er. Un événement authentique qui permet au métrage de souligner, une fois de plus, la supériorité du Dieu chrétien devant lequel même Attila prend peur et, accessoirement, la meilleure scène du film, pourvue d’un voile de mystère et d’étrangeté des plus réussis.

Le derniers tiers de LE SIGNE DU PAIEN reste tout aussi infidèle à la réalité historique mais délivre enfin un peu d’action même si la grande bataille finale escomptée ne sera pas présente, remplacée par de très brefs affrontements à l’épée. Douglas Sirk, essentiellement connu pour ses mélodrames (dont ECRIT SUR LE VENT), semble fort peu à l’aise dans ce pesant péplum à la symbolique religieuse lourdement soulignée.

Si les dix premières minutes paraissent prometteuses, LE SIGNE DU PAIEN s’embourbe rapidement dans les pires clichés et ne peut s’apprécier, au mieux, que comme une parabole politique des années ’50. En effet, comment ne pas songer à la Guerre Froide tandis qu’on nous présente un grand empire divisé, rongé par la corruption, qui menace de s’écrouler devant les hordes de barbares païens associés pour l’abattre sans pitié ? Heureusement, la foi et l’unité retrouvées triompheront finalement de la menace.

Malgré une durée inhabituellement réduite pour ce genre de production (à peine 100 minutes), SOUS LE SIGNE DU PAIEN traine hélas inutilement en longueurs et les morceaux de bravoures sont rares et peu convaincants. Le combat entre le gladiateur Herculanus (sic !) et Attila, par exemple, s’avère dénué de la moindre tension. Si certains décors et costumes sont de qualité, le métrage parait en outre plutôt fauché et manque de souffle épique pour assurer un véritable spectacle, aboutissant à un péplum terne et sans éclat.

Reste la prestation correcte de Jeff Chandler (dont on se souvient pour sa performance en Cochise dans LA FLECHE BRISEE et qui mourut suite à une opération chirurgicale ratée en 1961, alors qu’il était seulement âgé de 42 ans) en héros un peu trop monolithique et transparent pour convaincre pleinement, surtout face à un Jack Palance impressionnant. Dans le rôle d’Attila, Palance nous offre en effet une composition pleine de panache et son « tyran sanguinaire » se montre plus nuancé que bien d’autres personnages de péplum. A la fois cruel, féroce mais également tourmenté par les augures annonçant sa fin et craignant les dieux, y compris celui des Chrétiens, Palance campe un « méchant » doté d’une véritable complexité et à la psychologie travaillée.

Douglas Sirk, comprenant rapidement qu’Attila était bien plus intéressant que le falot Marcien, a d’ailleurs tenté de persuader Chandler de le jouer mais ce-dernier refusa pour ne pas ternir son image, laissant le champ libre à l’impeccable Palance.

LE SIGNE DU PAIEN s’inscrit donc dans la tradition des péplums « bibliques » sortis à la même époque (et en scope !) par Hollywood pour concurrencer la télévision. Hélas, en dépit d’une caractérisation des personnages plus intéressante que de coutume, le film de Douglas Sirk manque clairement d’ampleur pour parvenir à convaincre et provoque davantage d’ennui poli que d’enthousiasme.

Peut-être trop ambitieux et trop axé sur le psychologique, l’œuvre trahit une préjudiciable absence de spectaculaire et des séquences d’action vite expédiée mais, avec un peu d’indulgence, LE SIGNE DU PAIEN demeure un honnête péplum typique de son époque.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011