SKINNY TIGER AND FATTY DRAGON
Titre: Shou hu fei long
Réalisateur: Lau Kar Wing
Interprètes: Sammo Hung

 

Karl Maka
Carrie Ng
Gabriel Wong
Ridley Tsui
Lau Kar Wing
 
Année: 1990
Genre: Kung Fu / Comédie / bruceploitation
Pays: Hong Kong
Editeur Asia Star
Critique:

Sorti en 1991, SKINNY TIGER AND FATTY DRAGON ne peut être relié à la vague « bruceploitation » que par des fils ténus, Sammo Hung n’essayant jamais de se faire passer pour Bruce Lee. Cependant, il incarne un policier peu orthodoxe fasciné par la star défunte des arts martiaux au point de reproduire, dans la vie « réelle », tous ses tics.

Sammo pratique ainsi le Wing Chun, utilise les nunchakus avec dextérité et n’hésite pas à pousser de petits cris perçants après s’être frotté le nez de manière référentielle. Ce joli numéro, entre hommage assumé et cabotinage en roue libre, rend le métrage plaisant et sympathique même si le début fait craindre le pire.

L’humour lourdingue et le festival de grimaces de la première demi-heure teste en effet la patience du spectateur, tout comme un intermède humoristique complètement inutile situé à Singapour. Heureusement, la seconde moitié de SKINNY TIGER AND FATTY DRAGON relève le niveau et l’action grimpe crescendo jusqu’à l’impressionnant climax d’un bon quart d’heure, déjà préparé par un joli combat contre deux tueuses.

L’intrigue, elle, se limite à présenter deux personnages caricaturaux de flics aux méthodes parfois discutables mais souvent efficaces surnommés respectivement le Chauve et le Dodu. Notre duo lutte contre d’inévitables trafiquants et tente de gagner, plus ou moins honnêtement, l’argent nécessaire à la réalisation de leur grand rêve : reprendre un karaoké à Singapour. Le Chauve se démène également avec son éternel fiancée à qui il promet le mariage tout en draguant toutes les demoiselles passant à sa portée.

Tout petit polar / comédie / kung fu urbain comme Hong Kong en produisit à foison durant les années 80 et 90, SKINNY TIGER AND FATTY DRAGON donne la vedette à Karl Maka et Sammo Hung. Le premier, rapidement horripilant, se fait remarquer dans quelques réussites du cinéma martial comme KNOCKABOUT ou THE VICTIM mais acquiert une réelle notoriété, y compris à l’international, via la saga MAD MISSION dont les cinq épisodes furent des incontournables des vidéoclubs aux temps bénis de la cassette VHS. Cependant, Maka se montre ici plutôt à son avantage et son grand numéro de séducteur castagneur, quoique franchement outrancier, fera sourire les plus indulgents.

Sammo Hung, pour sa part, joue l’habituel naïf au grand cœur, un peu simplet, qui cache derrière ses rondeurs de gros nounours une aptitude exceptionnelle au kung-fu. L’acteur effectue ici un grand show et singe Bruce Lee avec talent dans de très prenants (mais hélas peu nombreux) duels à mains nues. Comme toujours avec le cinéma d’action hongkongais, le final rattrape néanmoins le relatif manque de nerfs du métrage et délivre une suite d’affrontements enthousiasmants qui clouent littéralement le spectateur à son fauteuil. De la belle ouvrage, sans aucune originalité ni surprise mais rondement menée.

Malheureusement, ce qui précède n’est pas du même tonneau. Le passage où Maka chante n’apporte ainsi strictement rien à l’intrigue et la démonstration de danse de Sammo Hung n’est pas non plus indispensable au récit, donnant l’impression désagréable que Lau Kar Wing « joue la montre » pour atteindre la durée réglementaire. Pour apprécier SKINNY TIGER AND FATTY DRAGON, il faut également tolérer un humour typiquement chinois, parfois insupportable de lourdeur et de crétinerie, entre réplique pipi-caca, misogynie crasse et allusion homophobe. Le train train.

Frère du réalisateur vedette de la Shaw Brothers Lui Chia Liang et de la star martiale Gordon Liu, le cinéaste Lau Kar Wing débute à la fin des années ’70 avec HE HAS NOTHING BUT KUNG FU puis signe le classique ODD COUPLE, mettant déjà en vedette Sammo Hung, et le réputé THE TREASURE HUNTERS avec Alexander Fu Sheng. Si la suite de sa carrière marque moins les esprits, ce SKINNY TIGER AND FATTY DRAGON demeure plaisant, Lau Kar Wing s’y réservant, par ailleurs, un des rôles principaux, celui du méchant que combattent nos flics de choc.

La réalisation se montre par conséquent globalement efficace lors des scènes d’action mais tout à fait insipide durant les moments « calmes », filmés de manière paresseuse et avec des moyens réduits (in)dignes d’une série télévisée. Une mauvaise habitude de la série B hongkongaise qui, bien souvent, se concentre sur l’essentiel (l’action) et néglige totalement le reste, traité par-dessus la jambe comme en témoigne les passants manifestement en train d’observer le tournage qui se déroule sous leurs yeux.

Dans l’ensemble et en dépit de ses lourds défauts, SKINNY TIGER AND FATTY DRAGON se situe dans une honnête moyenne et peut satisfaire les amateurs de comédie policière teintée de kung fu et saupoudrée d’une pincée de bruceploitation. Le numéro de Sammo Hung, ainsi que ses prouesses physiques, aide à pardonner les facilités du scénario, l’humour gras, le manque de moyens et les quelques longueurs. Toutefois, SKINNY TIGER AND FATTY DRAGON reste trop insignifiant pour prétendre au rang de classique du genre et seul son dernier quart d’heure, électrisant d’adrénaline, permet d’en recommander la vision pour les fans insatiables de petites productions asiatiques nerveuses.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2012