LE JOUR DES FOUS
Titre: Slaughter High
Réalisateur: George Dugdale & Mark Ezra & Peter Litten
Interprètes: Caroline Munro

 

Simon Scuddamore
Carmine Iannaccone
Donna Yeager
Gary Martin
Dick Randall
 
Année: 1986
Genre: Slasher
Pays: USA
Editeur Uncut Movies
Critique:

Petit « classique » (le terme semble grandement exagéré à la révision) du slasher des années 80, LE JOUR DES FOUS s’inscrit dans la grande tradition des métrages tournant autour d’une blague ayant mal tourné, à la manière de nombreux titres de la même époque. Dans les grandes lignes, le scénario recopie assez servilement les plus fameux LE MONSTRE DU TRAIN ou LE BAL DE L’HORREUR… ou même CARRIE. Ou encore VENDREDI 13 finalement…Enfin, ça plagie pas mal quoi…

Tout commence par une bonne vieille plaisanterie de premier avril : Marty, jeune mec coincé (en chemise, cravate et pull typique de l’étudiant fou de sciences), pense pouvoir coucher avec la belle Carole dans le vestiaire des filles. Malheureusement il s’agit d’une mise en scène et le pauvre Marty se retrouve tout nu la tête dans la cuvette des toilettes. Les autres élèves sont finalement punis par le prof de gym mais deux d’entre eux souhaitent se venger du jeune homme et lui offre un joint frelaté. Cette nouvelle blague tourne au drame lorsque Marty se trouve coincé dans un laboratoire en flammes et finit défiguré par de l’acide.

Le métrage effectue ensuite un bond en avant dans le temps et retrouve ses protagonistes alors qu’ils ont une trentaine d’années. Tous se pressent à une réunion des anciens, dans leur collège à présent abandonné, pour une grande fête de premier avril. Nos amis explorent les lieux et découvrent une pièce remplie de souvenirs de leur jeunesse ainsi qu’un drapeau proclamant « Welcome back ! ». Chacun se demande alors qui a pu lancer les invitations à cette étrange soirée. Serait-ce Marty, lequel « a été transformé de gentil garçon en maniaque homicide » à cause de leur stupide plaisanterie ? Bien sur, personne ne prend cela très au sérieux et nos jeunes gens se livrent à leurs activités préférées, lesquelles consistent à fumer de l’herbe, à sniffer de la coke, à vouloir baiser en douce et à se faire des tours pendables. Comme quoi rien n’a changé pour nos jeunes génies en herbe soit disant responsables. Mais un étrange tueur masqué rode pourtant et commence à massacrer les invités de cette soirée mortelle… « Faites attention au croquemitaine les filles ».

 

Le principal argument de vente du JOUR DES FOUS, du moins pour les nostalgiques, réside sans doute dans la présence de la belle Caroline Munro (LE VOYAGE FANTASTIQUE DE SINBAD, CAPITAINE KRONOS CHASSEUR DE VAMPIRE, STAR CRASH, MANIAC et le James Bond L’ESPION QUI M’AIMAIT), qui, âgée de 35 ans, joue toujours les adolescentes et se donne beaucoup de mal pour paraître 10 ou 15 ans de moins que son âge en dépit d’un habillement horrible ne la mettant absolument pas en valeur.. Pas très crédible…heureusement les années n’ont ni entamé sa beauté ni sa capacité à hurler de manière convaincante. On n’en dira pas autant des acteurs amateurs lui donnant la réplique, tous uniformément mauvais comme cochon. Pour en revenir à Miss Munro il est quand même un peu triste de la retrouver dans une aussi médiocre production…mais la raison en est simple : elle a épousé par la suite George Dugdale, l’un des trois scénaristes / réalisateurs du film !

LE JOUR DES FOUS déroule donc une intrigue complètement stupide consistant surtout, pour des types âgés de 30 ans et quelques, à se faire des blagues d’étudiants attardés. Le film accumule d’ailleurs tant de clichés que l’on peut se demander si l’intention véritable des réalisateurs n’étaient pas de livrer une parodie tant l’ambiance se rapproche de pantalonnades comme AMERICAN CLASS REUNION ou 13 MORTS ET DEMI. A ce jour le doute subsiste mais LE JOUR DES FOUS fonctionne bien mieux en tant que comédie gore qu’en tant que véritable film d’épouvante. Car, heureusement, le métrage ne se prend pas au sérieux et possède quelques scènes amusantes. On note ainsi un type caché derrière un masque de hockey qui surgit de manière menaçante avant de déclarer « Poisson d’avril ! Tu croyais que j’étais qui ?…Jason ? ». Un peu plus tard une fille visitant l’école abandonnée déclare, alors que le tonnerre gronde « brrr, on dirait Halloween ». Pas très fin tout cela mais cela a au moins le mérite de donner le sourire aux familiers du genre.

Le tueur, portant un masque de vieillard et un chapeau de Joker, possède un certain charisme mais il a la fâcheuse manie de se déplace en laissant cliqueter ses grelots ce qui atténue grandement sa capacité à surprendre ses victimes. Du moins en théorie car, à l’écran, cela ne semble pas le gêner. Qui a demandé à un slasher une quelconque vraisemblance ? Notre serial killer est interprété par Simon Scuddamore, lequel n’a guère eu l’occasion de profiter de la relative notoriété gagnée par ce film puisqu’il s’est suicidé peu après le tournage.

Bref, il faut patienter durant 40 minutes avant le premier meurtre, celui du pauvre concierge, d’une complète banalité. Heureusement la suite s’avère plus sympathique. Un buveur de bière se vide cul sec une cannette, laquelle, remplie d’un liquide corrosif, provoque une explosion ventrale bien sanglante dans la lignée de ALIEN. Une demoiselle, couverte de sang, décide alors de prendre un bain pour se relaxer (logique, bien sûr, chacun dans sa situation agirait de même, mieux vaut être propre avant de tomber dans les griffes du tueur !) et offre au spectateur son premier vrai plan nichon, rapidement suivi de nombreux plan foufoune. Très logiquement la demoiselle finit son bain à l’état de squelette calciné, la faute à un nouvel arrivage d’acide dans la baignoire, comme quoi les cours de chimie de Marty lui auront au moins servi à quelque chose. A ce moment là (après plus de 50 minutes de film quand même !), une des actrices entrevoit la vérité et s’écrie « Marty est revenu, il sait ce qu’on lui a fait et il veut se venger ! ». On peut alors penser que nos imbéciles vont agir de manière rationnelle, genre rester groupé et s’en aller prudemment de ce collège maudit. Mais non, bien sûr, dans une grande tradition plus tard moquée par Jean Marie Bigard, chacun s’obstine à faire des groupes de plus en plus restreints.

Alors que le cinglé les traque, une jeune femme tentée par l’infidélité trouve même le moyen de s’éclipser pour aller coucher avec un de ses anciens condisciples. Malheureusement le tueur a électrifié le lit et grille les deux amants durant l’orgasme. Un des survivants se veut pourtant rassurant : « le premier avril se termine à minuit (ah ?) et après cela Marty arrêtera de nous en vouloir (ah bon ?), il suffit donc de rester éveiller une heure et tout ira bien (!!!)». Raisonnement imparable bien sûr (admettons !) même si trente seconde plus tard notre grosse tête s’endort du sommeil du juste. Tant pis pour lui, il ne fera pas de vieux os !

La bêtise continue avec une séquence très DIX PETITS NEGRES : les deux dernières survivantes, Nancy et Carole, découvrent un livre de photos et Nancy constate qu’elle est apparemment la prochaine sur la liste. Bref, « on va faire deux groupes de un » doit elle se dire avant de fuir pour tomber stupidement dans un piège remplit d’acide. Seule Carole reste en piste pour jouer la fameuse « last girl standing », ce que l’on avait deviné depuis le début puisque Caroline Munro est la seule actrice connue du casting. LE JOUR DES FOUS se termine par de longues et ennuyeuses déambulations de la belle dans les couloirs de l’école. Les cadavres se mettent alors à tomber du plafond et Marty sort enfin de l’ombre (façon de parler tant le métrage est sombre !) pour une ultime confrontation.

Les trois (!) cinéastes et scénaristes se permettent néanmoins un twist final particulièrement débile et malhonnête (bien plus mauvais que le final controversé du similaire WEEK END DE TERREUR) afin de donner un semblant d’originalité au métrage. La musique, signée Harry Manfredini (VENDREDI 13), se révèle pour sa part particulièrement kitsch et ringarde, au point de posséder un certain charme. Entre des mélodies synthétiques recyclées de VENDREDI 13, des effets sonores rigolos (les grelots qui tintent), de grosses notes de claviers distordues et des phrases mélodiques dignes d’un tube New Wave, Manfredini ne se foule pas mais accouche d’une partition bien en accord avec cette production référentielle.

LE JOUR DES FOUS constitue donc un slasher très banal et sans aucune ambition. La présence de Caroline Munro, le ton parodique et caricatural, la musique d’Harry Manfredini et quelques meurtres originaux relativement gore lui donnent toutefois un semblant d’intérêt même si sa vision ne peut être conseillée qu’aux amateurs « complétistes » du genre.

Pour les autres il existe de bien meilleurs slasher disponibles.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2009