SLEEP DEALER
Titre: Sleep dealer
Réalisateur: Alex Rivera
Interprètes: Luis Fernando Peña

 

Leonor Varela
Jacob Vargas
Emilio Guerrero
 
 
 
Année: 2008
Genre: Science-fiction / Satire
Pays: Mexique
Editeur  
Critique:

Cette petite production mexicaine, manifestement tournée avec un budget restreint (cela se ressent surtout au niveau des effets spéciaux assez rudimentaires), propose un scénario assez original et porte une vision acide sur un avenir proche ressemblant fortement à notre présent. Sans être une complète réussite, SLEEP DEALER mérite néanmoins l’attention, ne serait-ce que par l’originalité de son script.

Dans un futur proche la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis a été fermée par une grille infranchissable. Débarrassé de ses émigrés encombrants les USA restent cependant demandeur d’une main d’œuvre pouvant travailler jusqu’à l’épuisement. Le problème se trouve résolu par l’existence d’un système de connexion entre l’homme et le cyberspace. Par son entremise les mexicains peuvent se brancher à des robots travaillant sur des chantiers à l’autre bout du monde. Memo, un type vivant tranquille dans un bled perdu du désert mexicain, provoque involontairement la mort de son père, pris pour un dangereux terroriste. Fuyant à Tijuana, Memo s’engage à devenir un travailleur par l’intermédiaire de ses connexions neuronales et se tue à la tâche tout en envoyant son argent au village. Il fait également la connaissance de Luz, une apprentie écrivain qui, pour subsister, vend des souvenirs au plus offrant via des sites d’enchères.

 

Le réalisateur Alex Rivera signe ici son premier long-métrage et renoue avec une tradition aujourd’hui un peu délaissée par la science-fiction cinématographique, celle d’une œuvre à message utilisant l’anticipation spéculative pour délivrer un message plus intéressé par notre monde actuel que par les avenirs lointains et radieux. Si les idées développées par SLEEP DEALER ne sont pas vraiment neuves, elles furent davantage exploitées par la littérature cyberpunk et dystopique des années 80 que par le cinéma hollywoodien. Ce-dernier, en effet, n’a généralement retenu de ce mouvement littéraire que le côté le plus spectaculaire (technologie envahissante, violences, musique bruyante et vêtements de cuir noir) au détriment des idées plus dépressives véhiculées par ces romans. Travailleurs drogués et câblés transformés en véritables robots, connections directes entre l’homme et le cyberspace, vente de souvenirs, guerre vécue comme un gigantesque spectacle télévisé, piratage, lutte pour l’eau, criminalité explosive,…SLEEP DEALER offre une vision peu réjouissante d’un avenir plus que probable au vu de l’évolution de notre monde.

Malheureusement, Rivera peine un peu à proposer des personnages réellement intéressants et la vie de ses deux protagonistes suit un cheminement assez prévisible aboutissant à mi-film à une très classique romance. L’intervention de Rudy, le pilote responsable du meurtre du père de Memo, permet cependant à SLEEP DEALER de prendre une autre dimension et de quitter le domaine du pur pensum (même si le terme n’est ici point péjoratif) pour un dernier acte orienté vers l’action.

De son propre aveu, Rivera utilise le modèle de LA GUERRE DES ETOILES lors des trente dernières minutes de son métrage dans lequel les rebelles mexicains essaient de détruire l’empire du mal représenté par un barrage opprimant la population. Rien ne manque, le paysan naïf (Luke), la belle conquise aux idées révolutionnaires (Lea) et le pilote d’élite (Han) combattant même dans un canyon, téléguidant un avion de chasse poursuivi par les vaisseaux ennemis.

Si le propos est grave, SLEEP DEALER n’oublie pas pour autant de cultiver une certaine ironie mordante dont l’humour anarchiste rappelle les chefs d’œuvres de Paul Verhoeven, ROBOCOP et STARSHIP TROOPERS. Le film se montre donc drôle, même si le rire reste un peu jaune ou crispé.

En dépit de ses faiblesses évidentes et d’un manque de moyens un peu préjudiciable à la représentation futuriste voulue (les effets spéciaux sont souvent limites), SLEEP DEALER constitue donc un petit film sympathique, originale et intéressant.

Présenté au BIFFF - Festival International du Film Fantastique de Bruxelles - en avril 2009

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2009