SNUFF
Titre: Snuff / American Cannibals / The Slaughter
Réalisateur: Aucun crédit
[Michael Findlay / Horacio Fredriksson /
Simon Nuchtern]
Interprètes: Margarita Amuchástegui

 

Ana Carro
Liliana Fernández Blanco
Enrique Larratelli
Aldo Mayo
Michael Findlay
Roberta Findlay
Année: 1976
Genre: Horreur / Thriller / Gore
Pays: USA / Argentine / Canada
Editeur  
Critique:

Au fil du temps, certains films sont devenus à ce point mythique qu’il parait difficile d’y poser un regard objectif. SNUFF, par exemple, fut, en dépit de sa médiocrité crasse, un véritable phénomène dont les répercussions se font sentir aujourd’hui encore. L’œuvre a, en effet, alimenté les rumeurs concernant l’existence des « snuff movies » depuis sa sortie au milieu des années ‘70.

L’origine de SNUFF remonte pourtant à 1971, lorsque Roberta Findlay et son époux Michael, spécialistes du cinéma érotique (puis porno) réalisent une curieuse série Z, THE SLAUGHTER. L’intrigue, confuse et peu passionnante, concerne Max Marsh, un producteur de cinéma qui débarque à Buenos Aires en compagnie de sa vedette, la belle Terri London. Sur place ils sont confrontés au leader d’une secte satanique dont les adeptes pratiquent des sacrifices humains.

Le métrage, acheté par Al Shackleton, est distribué dans un circuit très restreint (une sortie confidentielle à New York) avant de disparaître dans l’oubli durant cinq ans. Peu après, la condamnation de la secte de Charles Manson et la publication du premier bouquin important sur le sujet, « The Family », écrit par Ed Sanders, choque les Etats-Unis. Dans ce livre, la possible réalité des « snuff movies », ces films clandestins dans lesquels les participants seraient réellement tués devant la caméra, est évoquée. Selon l’auteur, Charles Manson et ses adeptes en aurait eux-mêmes tournés et, quoique personne, n’ait fourni la moindre preuve à ce sujet, la légende est en marche. Une véritable aubaine pour les producteurs de cinéma d’exploitation qui y voient une manière peu onéreuse de s’offrir de la publicité tapageuse en surfant sur cette la rumeur.

En 1975, la question des « snuff movies » ressurgit et l’émergence du porno, suite au triomphe de GORGE PROFONDE et autre DERRIERE LA PORTE VERTE, inquiète les ligues de moralité. Le rusé Shackleton décide alors d’exploiter la situation et propose au public un « snuff movie ». Bien sûr, le producteur ne souhaite pas réellement assassiner ses acteurs, aussi exhume t’il THE SLAUGHTER pour y ajouter une brève séquence finale, dirigée par un certain Simon Nuchtern (auteur de SILENT MADNESS) non crédité puisque le film, à présent rebaptisé SNUFF, ne compte aucun générique.

Au terme de la poussive intrigue à base de crimes sataniques jadis imaginée par les Findlay, Shackleton ajoute deux minutes de gore dans l’esprit des « classiques » de Hershell Gordon Lewis et ressort le tout assorti d’une splendide accroche publicitaire : « le film qui ne pouvait être réalisé qu’en Amérique du Sud, là où la vie n’a aucune valeur ». Malheureusement, la tactique ne fonctionne pas et SNUFF sort dans les salles sans récolter l’attention souhaitée, d’où une nouvelle ruse de Shackleton. Sous le pseudonyme de Vincent Sheehan, le producteur se déclare membre d’un groupe de « Citizens for Decency » et s’offusque de cet outrageant long-métrage offert aux yeux des Américains. Cette fois, le stratagème se révèle efficace et les ligues de vertu attaquent le long-métrage, considéré comme une grave offense à la dignité humaine. Par un effet boule de neige, la rumeur enfle et la publicité, même négative, se révèle payante jusqu’à une sortie inespérée de SNUFF dans un prestigieux cinéma de Broadway.

Hélas pour le spectateur, cette « belle » histoire se révèle nettement plus intéressante que le long-métrage lui-même, lequel ressemble à un minable « biker movie » comme il en exista des dizaines au début des années ’70. Dans la lignée de EASY RIDER et porté par une musique atroce qui ressemble à un mauvais décalque du « Born to be wild » de Steppenwolf, SNUFF déroule une banale intrigue influencée par la peur du satanisme.

Deux jeunes femmes roulent sur leur moto avant d’en rencontrer une troisième, inquiète au sujet d’une livraison de drogues non arrivée à destination. Le trio rejoint ensuite une certaine Anna, laquelle est capturée et livrée au maître d’une secte tout simplement surnommé Satan (mais bizarrement prononcé « Saaaahhh-tanhhh »). La pauvre et désobéissante Anna est, par conséquent, torturée puis l'intrigue de SNUFF se déplace au Chili où une demoiselle en imperméable poignarde un inconnu dans les toilettes de l’aéroport.

Non loin de là, le producteur Max Marsh débarque pour un tournage en compagnie de l’actrice Terri London et les journalistes présents se demandent si « elle va tourner des scènes à poils ». Heureusement Marsh les rassure, la belle « fera tout ce que le rôle demande ». Terri, de son côté, renoue avec son ancien petit ami, Horst et l’invite chez lui après avoir chassé sa copine actuelle, Angelica. Cette dernière, hélas, appartient à la secte de Satan et celui-ci décide de supprimer Terri après s’être débarrassé de Marsh. Quelques mois s’écoulent et Terri tombe finalement enceinte des œuvres de Horst…le moment est idéal pour les satanistes qui envahissent la propriété et commettent un massacre. Terri est poignardée, puis, sans crier gare, SNUFF revient à la « réalité » et au tournage d’un film sur lequel une actrice blonde est démembrée par un réalisateur sexuellement excité. Fin.

Pas de conclusion à l’intrigue, pas de générique…et même pas la moindre tentative de proposer une scène « snuff » un minimum crédible. Juste l’envie de gagner de l’argent sur le dos de spectateurs considérés comme des gogos pouvant avaler n’importe quelles bêtises à condition de les emballer avec une publicité adéquate. Cinématographiquement parlant, SNUFF constitue donc une incroyable arnaque, une série Z minable et mal ficelée, à l’intrigue quasiment incompréhensible et sans intérêt. La scène gore finale est, pour sa part, amusante par son amateurisme charmant, en dépit de maquillages acceptables signés, dit on, par le futur géant des effets spéciaux Ed French.

Bref, rien à sauver dans cette entreprise indigente et racoleuse, à réserver aux seuls curieux intéressés par cette véritable et incroyable arnaque.

A noter que le sujet inspira, peu après, un « documenteur » orchestré par Andrzej Kostenko et Karl Martine, THE EVOLUTION OF SNUFF (1978) dans lequel interviennent Claudia Fielers et Roman Polanski et dont les supposées scènes « snuff » sont, en réalité, puisées au classique DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE de Wes Craven.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2011