SOMETHING IS CRAWLING IN THE DARK
Titre: Qualcosa striscia nel buio
Réalisateur: Mario Colucci
Interprètes: Farley Granger

 

Stelvio Rosi
Mia Genberg
Lucia Bosé
Giacomo Rossi-Stuart
Dino Fazio
Angelo Francesco Lavagnino
Année: 1971
Genre: Fantastique / Horreur / Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Mario Colucci, trois ans après son premier long-métrage (le western VENDETTA PER VENDETTA), prend le train du giallo en marche avec ce curieux mélange entre le thriller à l’italienne, l’épouvante et le fantastique gothique. Fortement inspiré du CONTRO NATURA d’Antonio Margheriti, ce film (qui sera par ailleurs le dernier de Colucci) peine à maintenir l’intérêt en raison de son rythme languissant mais possède cependant quelques rares qualités qui permettent de le visionner jusqu’au bout sans user de l’accéléré.

Au terme d’une course poursuite, Spike, un dangereux criminel, est arrêté par l’inspecteur Wright et son adjoint. Coincés par une pluie diluvienne ayant détruit un pont, le petit groupe est contraint de se réfugier dans une grande propriété isolée. Cinq autres personnes les rejoignent pour une longue nuit où, pour tromper l’ennui, la propriétaire de la demeure organise une séance de spiritisme visant à communiquer avec l’esprit de Sheila Marlowe. Cette dernière, la précédente propriétaire, a assassiné son époux quelques années auparavant et, selon la rumeur, son spectre rageur hante à présent les murs du castel. Peu à peu, le petit groupe se voit décimé par un assassin mystérieux…mais celui-ci est-il réel, surnaturel ou fantasmé ?

Très classique, SOMETHING IS CRAWLING IN THE DARK se rapproche de l’épouvante gothique, laquelle vivait alors ses dernières heures, tout en embrassant la voie du giallo par une série de crimes mystérieux. Le résultat ressemble, par conséquent, à une variation sur « Les dix petits nègres » d’Agatha Christie mâtinée de fantastique, un sillon souvent creusé puisque, outre l’influence manifeste de CONTRO NATURA (dont le film qui nous occupe constitue un remake inavoué), on pointera également les similitudes avec THE KILLER RESERVED NINE SEATS de Giuseppe Bennati. Le résultat, hélas, manque franchement de nerfs pour passionner. Pour commencer, l’intrigue se déroule sur un rythme exagérément lent et le cinéaste échoue totalement à générer le moindre frisson durant les longues scènes d’attente voulues angoissantes.

La première heure du long-métrage, très atmosphérique, tente ainsi de bâtir un climat d’angoisse larvée par les apparitions parcimonieuse du spectre mais le résultat s’apparente, malheureusement, à un pénible « film de couloirs » dans lequel il ne se passe, au final, pas grand-chose. Certains passages s’avèrent également très déstabilisants et aux frontières du ridicule. La tentative de séduction de Lucia Bosé (mère de Miguel Bosé) par un Farley Granger jouant du piano lors d’une scène onirique est, par exemple, au choix, fascinant ou risible. L’usage du ralenti ancre, en tout cas, la scène profondément dans son époque et risque, aujourd’hui, de laisser perplexe la majorité des spectateurs. D’autant que les déambulations des différents protagonistes dans cette bâtisse peut-être hantée suscitent, pour leur part, davantage de bâillements que de frissons.

Seule la dernière demi-heure se montre plus nerveuse et propose, enfin, un minimum de suspense via trois meurtres perpétrés par une main inconnue. Si SOMETHING IS CRAWLING IN THE DARK embrasse alors véritablement sa nature de « giallo gothique », le film n’est pas vraiment plus réussi pour autant, tout juste plus distrayant et moins ennuyeux. Le coup de théâtre final, aussi prévisible que décevant, manque, pour sa part, de conviction même si les ultimes secondes laissent planer le doute sur la véritable nature des phénomènes observés et concluent le long-métrage sur une note un poil plus positive. Criminel humain, autosuggestion ou revenant meurtrier ? Le cinéaste ne prend pas réellement parti et permet au spectateur de se forger son opinion personnelle via un dernier plan plutôt convaincant et, enfin, susceptible de générer un léger frisson chez les plus réceptifs.

La distribution, de son côté, apporte une certaine caution à l’entreprise. Familier du cinéma bis, Giacomo Rossi-Stuart cède ici la vedette à Farley Granger, grand acteur rendu célèbre par ses rôles chez Alfred Hitchcock (LA CORDE, L’INCONNU DU NORD EXPRESS) contraint, à l’approche de la cinquantaine, de se reconvertir dans le cinéma populaire italien et de devenir, bon gré mal gré, une figure récurrente du giallo. Pour l’anecdote signalons la très restreinte participation de Loredana Nusciak (vue dans le DJANGO de Corbucci) qui se contente…d’apparaitre sous forme de photographie dans le « rôle » de la châtelaine spectrale. Sacrés Italiens !

Au niveau des points positifs citons encore une jolie photographie bleutée dans la pure tradition du giallo et une utilisation maladroite mais toujours appréciable des clichés de l’horreur gothique qui raviront les nostalgiques : séance de spiritisme, récit d’une malédiction, hantise, présence post mortem menaçante, château isolé, orage et pluie battante, etc.

Pas franchement déplaisant mais sans grand intérêt, SOMETHING IS CRAWLING IN THE DARK constitue un très modeste hybride entre le fantastique rétro (à la « old dark house »), l’horreur gothique et le giallo. Sa vision sera donc réservée aux inconditionnels du bis italien, les autres se tourneront plus volontiers vers de meilleures réalisations, à commencer par le CONTRO NATURA précité.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2013