SON OF DRACULA
Titre: Son of Dracula
Réalisateur: Robert Siodmak
Interprètes: Lon Chaney Jr

 

Evelyne Ankers
Louise Allbritton
Robert Paige
Edward Bromberg
 
 
Année: 1943
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
4 /6
Critique:

Sud des Etats-Unis, 1943. Le colonel Caldwell a deux filles d'une vingtaine d'année, Claire et Kay. La seconde doit épouser Frank Stanley mais l'arrivée d'un noble européen, le comte Alucard, remet tout cela en question. Une gitane nommée Zimba annonce pourtant à la jeune Kay un avenir peu radieux: elle va se marier avec un cadavre. Mais la gitane meurt de peur en voyant une chauve-souris et Kay retourne à la maison. Evidemment, Alucard débarque, tue le vieux Caldwell et arrive finalement alors que la réception se termine dans le chagrin. Claire hérite de l'argent, Kay de la plantation familiale et décide d'épouser Alucard, tout en sachant qu'il est un vampire. Le jaloux Frank n'arrange pas les choses en tirant sur le comte puisqu'il abat accidentellement sa fiancée. Le Dr Brewster va pouvoir l'aider, avec un certain Lazlo, chasseur de vampire de son état.

Voici le premier grand film de Robert Siodmak, écrit par son frère, le romancier Curt, auteur de nombreux scénario (du VAUDOU de Tourneur au culte FRANKENSTEIN RENCONTRE LE LOUP-GAROU de Roy William Neill, tout deux de cette même année 1943) et du roman "Le Cerveau du Nabab".

Ce SON OF DRACULA constitue une bonne surprise et s'avère souvent intéressant, grâce à une bonne équipe technique (avec entre autre le fameux maquilleur Jack Pierce et le spécialiste des effets visuel John P. Fulton) et à des interprètes motivés. Si Lon Chaney Jr n'est pas le meilleur acteur ayant incarné le comte à l'écran, sa prestation n'est pas déshonorante pour autant, loin de là. Cela lui permet d'ailleurs d'incarner le dernier des "quatre cavaliers de l'Apocalypse" made in Universal puisque Chaney joua tour à tour les 4 monstres principaux du bestiaire: Le Loup Garou, La Momie, Le Monstre de Frankenstein et Dracula.

La transposition du mythe de Dracula (car c'est bien de lui qu'il s'agit et non pas de son supposé "fils") à l'époque contemporaine et dans le sud des USA fonctionne plutôt bien sans négliger l'humour ("A…lu…card…" cela me rappelle quelque chose) et le cadre est adéquat.

Les châteaux brumeux des Carpates cèdent le pas devant l'atmosphère lourde d'une ville bordée d'un marécage fantaisiste et angoissant habité par une gitane aux prédictions menaçantes. Le climat choisi est donc proche du polar et on y retrouve un personnage de jeunes femmes aux motivations troubles, envoûtées par le vampire, la vamp du film noir s'effaçant devant la Vamp…ire, une association d'idées souvent reprises dans des productions des années 80 teintées d'érotisme.

Le professeur Lazlo (J.E. Bromberg), de son côté, prend la relève de van Helsing mais s'avère tout aussi - sinon plus - fanatisé par son désir d'éliminer le monstre aux dents longues. La meilleure séquence reste celle, souvent évoquée, du cercueil flottant sur les eaux saumâtres du marais mais d'autres passages retiennent l'attention.

Sans entrer totalement dans le jeu des analyses, on relève aussi un certain fond politique sous-jacent en rappelant les origines juives allemandes des deux frères Siodmak et le contexte de tournage, à savoir la période de la guerre.
Le nazisme ne serait-il pas l'incarnation authentique du vampirisme lorsque les dialogues nous apprennent que le mal se répand en Europe, qu'il y a "épuisé la vie" et sapé l'énergie de ses habitants, menaçant maintenant de s'attaquer aux Etats-Unis si nul ne s'y oppose?

Malgré quelques faiblesses, SON OF DRACULA s'appuie sur un scénario riche et inventif et développe les dialogues et personnages avec talent, même si les rigueurs de la censure empêchent le cinéaste de véritablement s'attarder sur la relation passionnelle et érotique de son héroïne avec le comte.

Fred Pizzoferrato - Février 2007