LE FILS DE FRANKENSTEIN

Titre: Son of Frankenstein
Réalisateur: Rowland V. Lee
Interprètes: Basil Rathbone

 

Boris Karloff
Bela Lugosi
Lionel Atwill
Josephine Hutchinson
Donnie Dunagan
 
Année: 1939
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur Universal


Critique:

En 1938 les grandes heures de l'épouvante cinématographique semble terminée. Après les succès de DRACULA et FRANKENSTEIN (et la sortie de leur séquelle respective), Universal se détourne du genre, laissant le marché à des compagnies de moindre importance. Pourtant, en 1938, les deux classiques précités bénéficient d'une ressortie en double programme, dans des versions charcutées par la censure. Et le succès est énorme, entraînant, on l'imagine, un rapide brainstorming de la part des pontes de la Universal, lesquels décident - évidemment - d'offrir au public un nouveau film d'horreur. Ce sera LE FILS DE FRANKENSTEIN, une belle réussite qui s'éloigne des bases littéraires de la saga pour partir vers des terres encore inexplorées.

Wolf (!) Frankenstein (Basil Rathbone, le plus fameux des Sherlock Holmes de l'écran), le fils du défunt Henry (ici devenu Heinrich - l'Allemagne devait sans doute personnifier le mal en ces temps troublés), revient dans la propriété familiale en compagnie de son épouse, Elsa, et de son fils, Peter. Evidemment, nul villageois ne voit d'un très bon œil le retour du fils prodigue, étant donné les antécédents familiaux. Le château des Frankenstein est, lui, à l'abandon et seul un type un peu cinglé y vit en reclus, Ygor (Bela Lugosi). Ce dernier est un fugitif condamné à mort mais ayant survécu à la pendaison, le cou brisé et ivre de vengeance.

 

Lorsque Wolf et Ygor se rencontrent dans les ruines du laboratoire des Frankenstein, le dément révèle au savant la vérité: le Monstre (Boris Karloff pour la troisième et dernière fois) est toujours en vie mais plongé dans une sorte de coma. Avec en sa possession les notes de son papa et le Monstre, Wolf s'apprête à suivre l'exemple familial, ce qui va permettre à Ygor d'assouvir enfin sa vengeance sur les jurés l'ayant jadis condamné à mort. Le dément utilise en effet le Monstre comme un instrument et il l'envoie assassiner ses ennemis. Mais l'inspecteur de police Krogh (un très convaincant Lionel Atwill), commence à soupçonner Frankenstein "d'activités illégales de la médecine". D'autant que Peter Frankenstein lui parle d'un étrange "géant" rodant dans les environs…

 

LE FILS DE FRANKENSTEIN constitue une belle réussite de la part de la Universal qui boucle ainsi la première trilogie consacrée à la Créature de Mary Shelley avec beaucoup de talent. Basil Rathbone, dans un rôle initialement prévu pour Peter Lorre, se montre très convaincant dans ce rôle de savant pratiquement contraint par les événements à poursuivre la "tradition" familiale. A ses côtés, Karloff reprend pour la troisième et dernière fois le rôle du Monstre, et se montre à la hauteur, même si il ne subsiste pratiquement plus aucune trace d'humanité dans ce personnage, excepté dans la séquence où il est confronté à un jeune garçon, le fils de Wolf Von Frankenstein.

Karloff est ici utilisé à la manière d'une créature brutale et sans âme, ce qui l'éloigne des deux premiers films. En effet, le Monstre n'est rien de plus qu'une marionnette entre les mains du dément Ygor, qui l'envoie tuer les responsables de son jugement, lesquels, pour l'avoir condamnés à la peine capitale, méritent donc de mourir. Si Karloff est en retrait, Lugosi lui vole complètement la vedette et délivre une performance aussi réussie qu'impressionnante qui reste, sans aucun doute, une de ses plus grandes compositions d'acteurs.

Souvent décrié pour ses talents restreints, Lugosi prouve que, bien dirigé et avec un script valable, il savait se montrer largement à la hauteur. Dommage qu'il n'ait guère réitéré l'exploit, la suite de sa carrière se partageant entre des apparitions guest-stars (comme dans THE WOLF MAN) et des premiers rôles dans moult navets indigne de son élégant raffinement. Citons également la mémorable interprétation de Lionel Atwill en inspecteur de police ayant eu le bras arraché par la créature.

 

Quelques touches d'humour sont de la partie, même si le ton se veut sérieux et grave, parfois tempéré par une certaine ironie ou un coté sombre rendu principalement, justement, par Lionel Atwill. Très convaincant lorsqu'il raconte la perte de son bras, arraché par le monstre lors de son enfance, mais également fort drôle lorsqu'il se sert de sa prothèse comme support à un jeu de fléchettes ou insiste sur le fait qu'il porte sa casquette. Autrement dit, passant du propre au figuré, il est en service! Notons aussi la réplique amusante qui révèle que, déjà à l'époque, le public confondait souvent le monstre ("Frankenstein") et son créateur.

A côté de ses nombreuses qualités, LE FILS DE FRANKENSTEIN présente malgré tout l'un ou l'autre défauts. En premier lieu, peu d'efforts sont entrepris pour donner un semblant de cohérence à la saga dans son ensemble: les décors et noms des personnages changent d'un épisode à l'autre, le Monstre perd le langage, appris précédemment, et nul ne fait référence au Dr Pretorius ou à la Fiancée, disparut à la fin du second volet.

Autre réserve, LE FILS DE FRANKENSTEIN paraîtra sans doute un peu lent aujourd'hui, d'autant qu'il dure plus d'une heure et demie (les autres épisodes oscillant tous entre 60 et 70 minutes), mais cette durée permet à Rowland V. Lee de bâtir son suspense, de donner une véritable profondeur aux personnages et d'offrir au spectateur un climax réussi dans le laboratoire de Frankenstein. Les principaux protagonistes se trouvent alors réunis: Wolf, sa femme et son fils, Ygor et le Monstre, l'inspecteur de police, la foule en colère cernant le château, dans la plus pure tradition de l'épouvante made in Universal.

Recentré sur son intrigue à base de vengeance, porté par les répliques de Basil Rathbone et de Lionel Atwill et la froide détermination de Bela Lugosi à se servir de Boris Karloff comme d'un automate meurtrier, LE FILS DE FRANKENSTEIN constitue, en définitive, une belle réussite emmenant la saga vers de nouvelles - et intéressantes - direction.

Fred Pizzoferrato - Décembre 2007