LE FILS DE GODZILLA (LA PLANETE DES MONSTRES)
Titre: Son of Godzilla /
Kaijûtô no kessen: Gojira no musuko
Réalisateur: Jun Fukuda
Interprètes: Tadao Takashima

 

Akira Kubo
Bibari Maeda
Akihiko Hirata
Yoshio Tsuchiya
Kenji Sahara
Kenichiro Maruyama
Année: 1967
Genre: Kaiju Eiga / Science-fiction / film familial
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Débuté très sérieusement en 1954 avec l’impressionnant et quasi horrifique GODZILLA, la populaire création de la Toho s’est peu à peu transformée en une saga destinée aux adolescents…puis carrément aux très jeunes enfants. Après un RETOUR DE GODZILLA encore sérieux en 1955, le troisième volet, lancé en 1962, (KING KONG CONTRE GODZILLA) confrontait le monstre à King Kong, un face à face homérique amenant la série à prendre une nouvelle direction, beaucoup plus légère.

Les épisodes successifs (MOTHRA CONTRE GODZILLA, GHIDRAH THE THREE HEADED MONSTER et INVASION PLANETE X), se limitèrent ensuite à des affrontements titanesques entre figurants costumés placé dans un contexte science-fictionnel de bandes dessinées. Le départ provisoire d’Ishiro Honda accentua le phénomène et Jun Fukuda prit les commandes du piètre GODZILLA CONTRE EBIRAH en 1966, auquel succède ce FILS DE GODZILLA constituant le point de rupture définitif entre les premiers volets et la suite de la carrière du Big G, laquelle versera de plus en plus dans l’infantilisme crétin.

A la même époque, la Toho doit, en effet, faire face à la concurrence d’autres compagnies, lesquelles lancent leur propre monstre vedette, comme par exemple GAMERA L’INVINCIBLE, proposé par la Daiei en 1965 et qui donna lieu à une dizaine de séquelles. Pour se distinguer et attirer un plus vaste public, la Toho se lance à la conquête des enfants, lesquels seront les cibles privilégiées du Lézard Atomique pendant près de dix ans, une tendance qui atteindra son paroxysme avec l’aberrant et quasiment irregardable GODZILLA’s REVENGE.

Heureusement nous n’en sommes pas encore là et, tout « bébête » qu’il soit, LE FILS DE GODZILLA garde un certain charme suranné pour les inconditionnels du monstre japonais. Du moins dans sa première partie car, dès l’apparition de Casimir (pardon de Minya, le fils de Godzilla), le métrage s’enfonce dans les tréfonds de la stupidité.

Le début du film est pourtant sympathique, présentant une équipe scientifique effectuant des recherches de contrôle climatique sur une île tropicale supposée inhabitée. Le journaliste Maki Goro s’y parachute pour rédiger un article (!) mais une expérience tourne mal et il apparaît bientôt que le petit paradis est peuplé de créatures monstrueuses. Mantes religieuses géantes et araignée de taille colossale se disputent le territoire et mettent à jour un œuf d’où émerge finalement Mynia, le fils de Godzilla, accompagné de son papa venu lui expliquer comment survivre et cracher le feu nucléaire. Pendant ce temps le brave Goro découvre la présence sur l’île d’une belle japonaise, fille d’un explorateur disparu des années auparavant mais toujours très soucieuse de sa belle apparence. Une prévisible romance débute tandis que les grands monstres se tapent dessus pour des raisons indéterminées…

Durant la seconde partie du métrage, Godzilla et son fils vont effectuer diverses pitreries pour amuser les p’tit n’enfants, le premier crachant le feu alors que le second se contente de ronds de fumée. Gag ! Si si, c’est un gag ! L’apparence de Godzilla est d’ailleurs proprement terrassante tant les producteurs, soucieux de gommer les derniers aspects terrifiants de la créature ont choisi de modifier sa physionomie pour lui donner l’aspect d’un gros nounours débonnaire. Le fiston est encore pire et rarement aura-t-on vu des monstres japonais aussi peu crédibles : le costume caoutchouteux plisse et laisse deviner immédiatement le pauvre figurant contraint de faire l’imbécile. Y a pas de sot métier, peut être, mais on se dit que, quand même, y a des limites.

Pour ne rien arranger l’accompagnement musical choisi pour les apparitions du bébé monstre donne dans la musique guillerette, entre le cirque et une bande sonore burlesque hâtivement composée. Horrible !

Heureusement, petit point positif, la venue d’une tarentule géante, Spyga, donne un minimum de tonus au métrage même si son potentiel effrayant se voit largement atténué pour rester dans le ton enfantin généralisé. Toutefois lorsque l’araignée attaque l’expédition à coup de pattes en balançant sa toile, LE FILS DE GODZILLA retrouve un peu d’intérêt. Quelques années plus tôt, une pareille créature aurait constitué un adversaire de choix pour le Big G mais, ici, on peut juste regretter qu’un monstre aussi repoussant et impressionnant soit sacrifié sur l’autel de l’infantilisme.

En dépit de tous ces défauts, LE FILS DE GODZILLA se révèle au final moins catastrophique que prévu. Sa durée réduite (une heure et vingt minutes) lui confère un minimum de rythme et les péripéties sont suffisamment nombreuses pour que le spectateur ne voie pas le temps passer. Malgré des passages d’une grande stupidité (tous ceux où intervient Minya, en gros), les quelques combats sont sympathiques et le tout se suit sans déplaisir à condition d’accepter la donne initiale, à savoir un métrage destiné aux moins de douze ans.

La bataille finale entre Spyga et Godzilla, aidé du fiston, montre une petite originalité en se situant dans une tempête de neige, compensant le manque de destructions massives proposées par un cadre intéressant et peu exploité dans la saga. Les maquettes et décors, quoique visibles, s’avèrent jolies et la larmoyante mais mignonne séquence finale saura émouvoir les plus sensibles. L

a dernière minute (« Godzilla et son fils auront leur île et nous aurons la notre » dit le journaliste à sa conquête d’un air convaincu), surjouée et d’une naïveté incroyable constitue en définitive la cerise sur un gâteau bien crémeux, indigeste mais néanmoins nourrissant, une gourmandise de choix pour les amateurs de nanars ou, au contraire, les spectateurs moins cynique ayant gardé leur âme d’enfant. Enfin de très jeune enfant vu les dialogues hallucinants et les situations délirantes proposés durant 80 minutes !

Quoique médiocre et souvent débile, LE FILS DE GODZILLA saura plaire aux plus jeunes et se montre, en tout ca,s plus réussi que les prochains métrages mongoloïdes de la saga, les désastreux GODZILLA Vs GIGAN et surtout l’atroce GODZILLA’s REVENGE.

Nanar, naïf, sans prétention et finalement pas si désagréable qu’on le craignait, LE FILS DE GODZILLA s’apprécie comme une curiosité kitsch à regarder d’un œil à la fois distrait et attendri et, même si il s’inscrit parmi les épisodes les moins réussi de l’interminable saga, le métrage reste au moins distrayant. C’est déjà pas si mal et, au vu des prémices, quasiment inespéré!

 

Fred Pizzoferrato - janvier 2018