LE FILS DE KONG
Titre: The Son of Kong
Réalisateur: Ernest B. Schoedsack
Interprètes: Robert Armstrong

 

Helen Mack
Frank Reicher
John Marston
Victor Wong
Ed Brady
 
Année: 1933
Genre: Fantastique / Aventures
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Succès énorme au box-office, KING KONG est sorti aux Etats-Unis en avril 1933 et cette séquelle débarqua sur les écrans américains en décembre de la même année. C’est dire si les producteurs n’ont pas trainé pour exploiter l’incroyable popularité du grand singe, autoproclamé « Huitième Merveille du Monde ». Pourtant, ce FILS DE KONG ne sortit en France qu’en 1970…les Français avaient-ils compris à quel point cette suite s’avérait décevante ? Sans doute, tant on reste dubitatif devant la bêtise de ce produit (trop) précipitamment entrepris.

A peine arrivé à la tête de la RKO, en remplacement de David O. Selznick, Merian C. Cooper se lance en effet dans la production de cinq longs métrages qu’il souhaite voir rapidement aboutir. Bien sûr, le projet le plus porteur commercialement, la suite de KING KONG, est immédiatement mise sur ses rails pour capitaliser sur les recettes du premier film.

Entreprise de longue haleine, KING KONG avait nécessité un budget de 670 000 dollars (colossal pour les années 30 !) et près de 16 mois de tournage, auquel il faut ajouter une pré-production et une postproduction de plusieurs mois.

LE FILS DE KONG, de son côté, va être entièrement bouclé en seulement cinq mois pour un investissement trois fois plus modeste, soit environ 250 000 dollars ! Il importait, en effet, que cette séquelle débarque dans les salles obscures pour les fêtes de Noel et chacun batailla contre la montre pour y parvenir.

Difficile dans de telles conditions, et avec un temps de préparation aussi restreint, de maintenir la même qualité mais les ambitions artistiques du métrage sont clairement délaissées dans l’optique d’obtenir un rapide succès commercial.

Merian C. Cooper, occupé par ses nouvelles tâches de producteur, laisse Ernest B. Schoedsack s’acquitter à lui seul de la mise en images du script de Ruth Rose (un des scénaristes de KING KONG), lequel revoit ses ambitions à la baisse vu les coupes sévères effectuées dans le budget initial.

Premières conséquences du manque d’investissement, les principaux acteurs de l’original ne reviennent pas, les décors enchanteurs cèdent la place à des plateaux quelconques, les effets spéciaux paraissent moins fignolés, alternant le réussi et le juste passable, et le scénario semble construit de bric et de broc. Bref, LE FILS DE KONG patine beaucoup dans la semoule !

L’intrigue se centre sur le personnage de Carl Denham, toujours incarné par Robert Armstrong, à présent criblé de dettes. Il est en effet poursuivi juridiquement par de nombreuses personnes, dont les autorités new-yorkaises, pour le fiasco entraîné par l’arrivée de Kong dans la Grosse Pomme.

Denham, harcelé de toute part, s’échappe à bord du navire commandé par le capitaine Englehorn, lequel redoute que l’on intente des poursuites à son encontre. Les deux hommes espèrent faire fortune aux Indes mais se retrouvent rapidement fauchés.

En compagnie de leur cuistot chinois Charlie (toujours joué par Victor Wong, lequel passe du statut de quasi figurant à celui d’acteur de second plan !), les deux hommes traînent en ville avant d’échouer dans un petit spectacle de cirque où ils rencontrent une certaine Hilda.

Aussi jolie qu’épouvantable chanteuse, Hilda tape dans l’œil de Denham et, suite à diverses péripéties peu passionnantes, finit par se cacher dans le navire d’Englehorm pour échapper à un ivrogne nommé Helstrom, lequel a accidentellement causé la mort de son père ! Or, Helstrom se trouve lui-aussi sur le navire (quelle coïncidence !) et, craignant une dénonciation de Hilda, organise une mutinerie avant de débarquer Denham, le capitaine, la belle apprentie chanteuse et le cuisinier Charlie sur une île tropicale. Laquelle, oh surprise, n’est autre que Skull Island où vit peinard le rejeton de King Kong !

Poussif, LE FILS DE KONG accumule les invraisemblances, les incohérences et les raccourcis de scénario édifiants, lesquels versent régulièrement dans la facilité la plus crasse. Quoiqu’il dure à peine plus d’une heure, le métrage semble interminable et prend beaucoup trop de temps pour amener les protagonistes sur l’Ile du Crâne : fuite devant des créanciers, faillite, rencontre opportune d’une beauté exotique, mutinerie, méchant à la recherche d’un trésor,…Pourquoi faire simple lorsqu’on peut faire compliquer ? Ruth Rose exploite toutes les conventions du cinéma d’aventures pour justifier un retour improbable vers le repaire du Grand Singe.

La dernière demi-heure confronte, enfin, notre bébé Kong à divers monstres préhistoriques pour une série de scènes pas vraiment nécessaires au bon déroulement de l’intrigue mais distrayantes. La première bataille oppose le gorille à un ours des cavernes et la seconde, plus agréable, le voit affronter une créature reptilienne (compromis entre un dinosaure et un dragon) devant un temple assez esthétique.

D’autres créatures préhistoriques s’en prennent également aux humains, en particulier un Stégosaure (animation image par image sympathique mais incrustation visuelle maladroite) et une sorte de monstre marin surgissant des eaux pour dévorer un marin malchanceux. Argument principal du métrage, les effets d’animation sont, dans l’ensemble, décevants, même en tenant compte de l’âge du film. Ils sont d’ailleurs quasi exclusivement réalisés par Buzz Gibson, l’assistant de Willis O’Brien, celui-ci s’étant désintéressé du tournage.

Le magicien des effets spéciaux, frustré par cette expérience, désira longtemps porter à l’écran une autre suite à KING KONG, confrontant le Gorille Géant à un gigantesque monstre de Frankenstein. Cette idée saugrenue resurgit au début des années ’60 (juste après de décès d’O’Brien) dans deux métrages coproduits par la Toho : KING KONG CONTRE GODZILLA et FRANKENSTEIN CONQUIERT LE MONDE.

Aujourd’hui, le plus frappant à la vision du FILS DE KONG est sans doute l’infantilisation rapide du thème qui tranche avec la noirceur d’un KING KONG quasiment horrifique. Cette séquelle, visiblement destinée aux jeunes enfants, joue en effet davantage la carte de la comédie et annonce le futur MONSIEUR JOE, tourné une dizaine d’années plus tard. Une option peu convaincante mais excusable si l’intrigue avait su garder un minimum d’intérêt. Or, hélas, ce n’est absolument pas le cas et le scénario, essoufflé, se termine de la manière la plus stupide possible : sans aucune raison Skull Island, victime d’un très cataclysme imprévu, sombre dans les flots. Cette scène idiote permet à Kong Junior de se sacrifier pour sauver Carl Denham avant l’arrivée, très opportune, d’un navire recueillant les naufragés. Une séquence aberrante et visuellement très pauvre qui fait plonger LE FILS DE KONG dans d’autres flots, ceux de la médiocrité.

Séquelle sans ambitions (autres que mercantiles) et trop hâtivement mise en place, LE FILS DE KONG ne parvient jamais à retrouver le sens du merveilleux véhiculé par le film originel. Seule la curiosité pourra par conséquent pousser le cinéphile à se pencher sur cette « kongerie » de bas étage échouant même à se montrer simplement divertissante. Un beau ratage !

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011