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Critique: |
Succès énorme au box-office, KING KONG est sorti aux Etats-Unis en avril 1933 et cette séquelle débarqua sur les écrans américains en décembre de la même année. C’est dire si les producteurs n’ont pas trainé pour exploiter l’incroyable popularité du grand singe, autoproclamé « Huitième Merveille du Monde ». Pourtant, ce FILS DE KONG ne sortit en France qu’en 1970…les Français avaient-ils compris à quel point cette suite s’avérait décevante ? Sans doute, tant on reste dubitatif devant la bêtise de ce produit (trop) précipitamment entrepris. A peine arrivé à la tête de la RKO, en remplacement de David O. Selznick, Merian C. Cooper se lance en effet dans la production de cinq longs métrages qu’il souhaite voir rapidement aboutir. Bien sûr, le projet le plus porteur commercialement, la suite de KING KONG, est immédiatement mise sur ses rails pour capitaliser sur les recettes du premier film.
Merian C. Cooper, occupé par ses nouvelles tâches de producteur, laisse Ernest B. Schoedsack s’acquitter à lui seul de la mise en images du script de Ruth Rose (un des scénaristes de KING KONG), lequel revoit ses ambitions à la baisse vu les coupes sévères effectuées dans le budget initial. Premières conséquences du manque d’investissement, les principaux acteurs de l’original ne reviennent pas, les décors enchanteurs cèdent la place à des plateaux quelconques, les effets spéciaux paraissent moins fignolés, alternant le réussi et le juste passable, et le scénario semble construit de bric et de broc. Bref, LE FILS DE KONG patine beaucoup dans la semoule !
Aussi jolie qu’épouvantable chanteuse, Hilda tape dans l’œil de Denham et, suite à diverses péripéties peu passionnantes, finit par se cacher dans le navire d’Englehorm pour échapper à un ivrogne nommé Helstrom, lequel a accidentellement causé la mort de son père ! Or, Helstrom se trouve lui-aussi sur le navire (quelle coïncidence !) et, craignant une dénonciation de Hilda, organise une mutinerie avant de débarquer Denham, le capitaine, la belle apprentie chanteuse et le cuisinier Charlie sur une île tropicale. Laquelle, oh surprise, n’est autre que Skull Island où vit peinard le rejeton de King Kong ! Poussif, LE FILS DE KONG accumule les invraisemblances, les incohérences et les raccourcis de scénario édifiants, lesquels versent régulièrement dans la facilité la plus crasse. Quoiqu’il dure à peine plus d’une heure, le métrage semble interminable et prend beaucoup trop de temps pour amener les protagonistes sur l’Ile du Crâne : fuite devant des créanciers, faillite, rencontre opportune d’une beauté exotique, mutinerie, méchant à la recherche d’un trésor,…Pourquoi faire simple lorsqu’on peut faire compliquer ? Ruth Rose exploite toutes les conventions du cinéma d’aventures pour justifier un retour improbable vers le repaire du Grand Singe.
Le magicien des effets spéciaux, frustré par cette expérience, désira longtemps porter à l’écran une autre suite à KING KONG, confrontant le Gorille Géant à un gigantesque monstre de Frankenstein. Cette idée saugrenue resurgit au début des années ’60 (juste après de décès d’O’Brien) dans deux métrages coproduits par la Toho : KING KONG CONTRE GODZILLA et FRANKENSTEIN CONQUIERT LE MONDE. Aujourd’hui, le plus frappant à la vision du FILS DE KONG est sans doute l’infantilisation rapide du thème qui tranche avec la noirceur d’un KING KONG quasiment horrifique. Cette séquelle, visiblement destinée aux jeunes enfants, joue en effet davantage la carte de la comédie et annonce le futur MONSIEUR JOE, tourné une dizaine d’années plus tard. Une option peu convaincante mais excusable si l’intrigue avait su garder un minimum d’intérêt. Or, hélas, ce n’est absolument pas le cas et le scénario, essoufflé, se termine de la manière la plus stupide possible : sans aucune raison Skull Island, victime d’un très cataclysme imprévu, sombre dans les flots. Cette scène idiote permet à Kong Junior de se sacrifier pour sauver Carl Denham avant l’arrivée, très opportune, d’un navire recueillant les naufragés. Une séquence aberrante et visuellement très pauvre qui fait plonger LE FILS DE KONG dans d’autres flots, ceux de la médiocrité. Séquelle sans ambitions (autres que mercantiles) et trop hâtivement mise en place, LE FILS DE KONG ne parvient jamais à retrouver le sens du merveilleux véhiculé par le film originel. Seule la curiosité pourra par conséquent pousser le cinéphile à se pencher sur cette « kongerie » de bas étage échouant même à se montrer simplement divertissante. Un beau ratage !
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Fred Pizzoferrato - Janvier 2011 |
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