SORORITY ROW
Titre: Sorority Row
Réalisateur: Stewart Hendler
Interprètes: Briana Evigan

 

Leah Pipes
Rumer Willis
Jamie Chung
Carrie Fisher
Audrina Patridge
Julian Morris
Année: 2009
Genre: Slasher / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

La vague des remakes lancée dans la première moitié des années 2000 ayant déjà touché la quasi-totalité des « classiques » du cinéma d’épouvante, l’heure est à présent à la relecture de titres nettement plus obscurs. Après VENDREDI 13 et HALLOWEEN, les producteurs lancèrent ainsi de nouvelles versions du BAL DE L’HORREUR (« PROM NIGHT »), de MEURTRES A LA SAINT VALENTIN, de BLACK CHRISTMASS et du MONSTRE DU TRAIN (« TRAIN ») sans véritablement parvenir à convaincre.

HOUSE ON SORORITY ROW, métrage oublié de Mark Rosman, revient également sur le devant de la scène via cette adaptation signée Stewart Hendler. L’intrigue, guère novatrice, traite de la traditionnelle blague d’étudiant tournant très mal et de la sanglante vengeance qui en résulte, un schéma tout à fait classique agrémenté de touches plus modernes (les messages texto menaçants, les photos envoyées via téléphone portable,…) qui rapprochent fortement le métrage des neo-slasher de la fin des années ’90 et en particulier de SOUVIENS TOI L’ETE DERNIER.

Sur le campus Rosman (clin d’œil au réalisateur de l’original) la communauté Theta Pi est célèbre pour des fêtes délurées où l’alcool coule à flot et où les jeunes demoiselles sexy s’envoient en l’air dans la joie et la bonne humeur. Quelques « sœurs » de la confrérie décident, pour se venger, de jouer un sale tour au petit copain de l’une d’elle, Megan. La blague consiste à prétendre que la demoiselle a succombé à une overdose et que la meilleure solution est de se débarrasser de son corps après l’avoir démembré. La réalité dépasse la fiction lorsque le petit ami, poussé à bout, enfonce un outil tranchant dans le ventre de Megan qui meurt donc réellement…Les « sœurs » décident de garder le silence et balancent le corps de leur amie décédée au fond d’un puits isolé en plein désert. Huit mois plus tard l’année académique touche à son terme et la communauté Theta Pi se prépare à une nouvelle fiesta…La disparition de Megan n’a jamais été résolue et la vie a repris son cours mais les jeunes filles commencent à recevoir des messages menaçants sur leur téléphone portable indiquant que Megan, toujours vivante, veut se venger.

SORORITY ROW demande une sacrée connivence de la part du spectateur pour pouvoir s’apprécier à sa juste valeur. Les invraisemblances sont, en effet, nombreuses et le manque de crédibilité général atteint des sommets assez hallucinants. Passons sur cette fraternité uniquement peuplée de pétasses en tenues sexy outrageusement vulgaires pour s’intéresser au tueur mystérieux, équipé d’une arme bricolée à partir d’un démonte-pneu muni de lames et autres instruments meurtriers. Pas pratique à dissimuler en apparence mais l’assassin ne semble pas avoir ce problème. Le gadget est d’ailleurs tout aussi efficace comme arme de jet, notre tueur n’hésitant pas à le lancer vers sa victime avec la précision d’un ninja balançant un shuriken. Débile mais fun. Le costume sous lequel se dissimule le meurtrier parait, par comparaison, bien terne : une longue toge noire à capuche d’une affligeante banalité.

Au niveau des actrices, le métrage met en vedette Briana Evigan dans le rôle d’une étudiante un peu plus intelligente que ses consoeurs, pour ne pas dire que ses connes de soeurs. C’est également la seule à garder une certaine moralité, ce qui la destine immédiatement au statut de « last girl standing » pour la confrontation finale avec l’assassin. Un rôle sinon bien fade, la demoiselle ne pouvant rivaliser avec Leah Pipes incarnant la chef de la confrérie Theta Pi, une salope intégrale et un personnage tellement chargé par le scénario que la seule solution pour l’apprécier consiste à le prendre avec humour. Rumer Willis (la fille de Bruce et Demi Moore) complète le tableau en jouant la jeune fille sensible pas vraiment à sa place au milieu de ses copines plus délurées. Bref, rien de neuf sous le soleil depuis le début des années ’80. Le reste du casting se compose de demoiselles jolies mais interchangeables jouant des étudiantes dépravées, la caractérisation des personnages se divisant en « pétasses » et « plus pétasses encore ».

Les répliques vulgaires, l’abondance de scènes voulues sexy et les dialogues graveleux enfoncent le clou d’un métrage se vautrant joyeusement dans un esprit comédie de lycée à la AMERICAN PIE. Mais si Stewart Hendler se défoule sur les demoiselles, les étudiants masculins ne sont guère mieux lotis et aucun ne va au-delà des clichés du gros dragueur ivrogne et obsédé sexuel. Une vision de la jeunesse américaine complètement cynique ou racoleuse, selon le point de vue adopté.

SORORITY ROW déroule donc son intrigue linéaire et balisée durant 90 minutes, alternant les soirées festives, les passages gentiment sexy, l’humour thrash (un jeune homme refuse de coucher avec sa copine car elle sent le vomi), et les meurtres plutôt sobres. Niveau violence, SORORITY ROW reste en effet modéré et retrouve le ton des années ’80 en privilégiant un certain suspense sans verser dans le gore. Le cinéaste se permet cependant quelques meurtres plus imaginatifs et moins politiquement corrects, à l’image de celui commis contre une certaine Chugs. Lors un rendez-vous chez son psychiatre adepte du bondage, la demoiselle se prépare à une fellation mais le tueur lui introduit à la place une bouteille d’alcool au fond de la gorge. Une note de misogynie supplémentaire dans un métrage qui n’en manque pas.

Si la première heure de SORORITY ROW joue la carte du whodunit et du mystère (et ce même si le récit décalque SOUVIENS TOI L’ETE DERNIER), le dernier tiers, pour sa part, échappe définitivement à toute logique en envoyant Carrie Fisher, (l’ancienne princesse Leia !) protéger ses « 50 salopes déchaînées » armée d’un riotgun. Pour quelle raison cette quinquagénaire est elle ainsi armée pour se rendre à une fête d’étudiants ? Nous ne le saurons jamais, le cinéaste n’en étant plus à une invraisemblance près. La dernière demi-heure sombre pratiquement dans la parodie plus ou moins volontaire et la révélation de l’identité du tueur, aussi attendue que sa ridicule motivation, laisse perplexe.

La mise en scène, elle, se révèle toutefois plus intéressante et travaillée que de coutume, Stewart Hendler tentant manifestement d’élever le résultat au-dessus de la masse des sous-produits à destination des vidéoclubs. Un joli plan séquence, quelques idées appréciables dans la manière de supprimer les demoiselles, l’une ou l’autre séquence visuellement intéressantes,…Hendler sauve les meubles et accouche d’un produit ayant bénéficié d’un minimum de soin…pour ce genre de métrages c’est déjà beaucoup !

En dépit de ces nombreux défauts, SORORITY ROW reste un slasher acceptable et relativement agréable à suivre, doté d’un certain humour et de personnages détestables. Il devient par conséquent distrayant de les regarder succomber à un tueur vêtu de noir armé d’un démonte-pneu probablement fabriqué par MacGyver. SORORITY ROW se hisse donc légèrement au dessus de la moyenne et se laisse voir sans déplaisir pour les inconditionnels du genre qui ont, très certainement, déjà vu bien pire.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010