SOUS L'EMPIRE DE LA HAINE
Titre: Kareteci kiz / Golden Karate Girl / Karate Girl
Réalisateur: Orhan Aksoy
Interprètes: Filiz Akin

 

Ediz Hun
Nubar Terziyan
Bülent Kayabas
Kudret Karadag
Hayati Hamzaoglu
Necati Er
Année: 1974
Genre: Action / Thriller / Polar / Rape and Revenge / Arts Martiaux / Drame / Romance / Vigilante
Pays: Turquie
Editeur  
Critique:

Curieuse production turque, que l’on qualifiera volontiers de « nanar » (même si le terme est aujourd’hui vidé de sa substance et cuisiné à toutes les sauces), SOUS L’EMPIRE DE LA HAINE mélange diverse influences et s’apparente à un polar musclé, proche des bisseries italiennes des seventies, mâtiné de rape and revenge, de drame, de romance (bien gnan gnan) et…d’arts martiaux !

A Istanbul, la jolie Zenab vit avec son vieux père, lequel cultive un petit jardin de fleurs derrière leur petite maison dans la banlieue. Zenab les vend aux généreux passants et assure leur subsistance à tous les deux. En outre, Papa épargne une partie de l’argent pour financer l’opération de la demoiselle, muette depuis un traumatisme d’enfance.

La vie s’écoule paisiblement jusqu’à l’irruption de cinq raclures, évadés du pénitencier local, qui volent les économies de papa, le tuent à coups de sécateur et tentent de violer Zenab avant de fuir suite à l’arrivée opportune des forces de l’ordre. Sous le choc de l’agression, Zenab retrouve l’usage de la parole et jure de se venger des crapules. Elle rencontre alors un beau jeune homme, Murat, qu’elle engage comme homme à tout faire et dont elle tombe amoureux quasiment au premier regard.

Sensible au souhait de vengeance de Zenab, Murat lui apprend à se servir d’une arme puis la conduit dans un dojo où elle reçoit des cours de karaté afin de se défendre contre toute agression. Mais la romance est contrariée lorsque Zenab découvre que son compagnon est en réalité un flic qui cherche, lui-aussi, à se venger des évadés, coupables du meurtre de son frère. Lors d’une tentative d’arrestation d’un membre de la bande, le brave policier est abattu…Zenab a maintenant perdu deux êtres chers et, ivre de vengeance, elle décide d’entrer dans les forces de l’ordre où elle gravit rapidement les échelons. Finalement, la belle demande à son supérieur de reprendre l’enquête jadis menée par Murat et de retrouver les cinq racailles pour les supprimer sous couvert de la loi…Par Allah ça va barder !

Manifestement inspiré par le filon du rape and revenge, et en particuliers par CRIME A FROID, l’œuvre (le mot est sans doute excessif) d’Orhan Aksoy dévie cependant de son modèle pour y adjoindre une bonne dose de vigilante à la UN JUSTICIER DANS LA VILLE et une large rasade de polar musclé dans la tradition de L’INSPECTEUR HARRY et de ses décalques italiens réalisés durant les années de plomb.

Nettement plus nerveux que ses modèles, SOUS L’EMPIRE DE LA HAINE ne se préoccupe guère de caractérisation, de personnages ou d’intrigue évoluée. Entièrement dévolu à l’efficacité du métrage, le cinéaste se contente, en effet, de poser quelques bases (d’un côté la jolie demoiselle, de l’autre les salopards à exterminer) avant de faire parler la poudre à une cadence soutenue.

Au niveau de l’interprétation, SOUS L’EMPIRE DE LA HAINE va très loin dans le festival de grimaces et de rictus haineux. Les méchants, en particuliers, rivalisent de crapulerie tout en accumulant les tares : drogués, violents, obsédés sexuels, ils n’hésitent pas à égorger un flic, à prendre en otage un bébé, à tenter de violer une pauvre muette ou à tuer un papy au sécateur. De véritables déchets humains complètement irrécupérables à mettre hors d’état de nuire de manière définitive et sans se poser de question, dans la grande tradition du cinéma réactionnaire et expéditif des seventies. Notre héroïne, la brave Filiz Akin, ne va d’ailleurs pas s’en priver : elle passe, en quelques jours, de pauvre oie blanche coiffée de couettes à justicière impitoyable vêtue de cuir, véritable clone de la tueuse vengeresse de CRIME A FROID.

Devenue experte dans le maniement du révolver et imbattable en arts martiaux, la jolie justicière n’a certes pas (heureusement) la virile moustache du grand Charles mais neutralise autant de voyous que son glorieux ainé. Si Akin semble moins piètre comédienne que le reste de la distribution, essentiellement lors des scènes d’action, ses aptitudes martiales inexistantes obligent le cinéaste à recourir à une très visible doublure lors des combats à mains nues. Ceux-ci sont, hélas, dignes d’une représentation de patronage et à cent coudées en dessous des chorégraphies prisées à Hong Kong à la même époque. Bref, il faut beaucoup d’indulgence pour croire dans la croisade purificatrice de la demoiselle.

Néanmoins, le cinéaste assure l’essentiel et livre une mise en scène pataude et globalement mal fichue mais, également, rythmée et efficace dans sa volonté de divertissement. Le spectateur n’a, en effet, nullement le temps de s’ennuyer tant SOUS L’EMPIRE DE LA HAINE accumule les passages musclés et les rebondissements.

Exemple plutôt plaisant de cinéma populaire rentre dedans et plaisant, SOUS L’EMPIRE DE LA HAINE se révèle donc généreux et efficace à condition d’en accepter les maladresses frisant parfois l’amateurisme et les aspects les plus « kitsch ». Un bon petit nanar à déguster au second degré.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012