SPASMO
Titre: Spasmo
Réalisateur: Umberto Lenzi
Interprètes: Robert Hoffmann

 

Suzy Kendall
Ivan Rassimov
Adolfo Lastretti
Monica Monet
Guido Alberti
Mario Erpichini
Année: 1974
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur Néo Publishing
Critique:

Quoique méprisé par une large part de l’intelligentsia, le cinéma « de genre » permet souvent à des auteurs réputés de proposer des films personnels tout en jonglant avec les attentes du public. On vit ainsi, par exemple, Godard se frotter à Lemmy Caution avec ALPHAVILLE ou Truffaut s’attaquer à un classique de l’anticipation via FARENHEIT 451.

De la même manière, la popularité du giallo dans l’Italie des années ’70 explique quelques tentatives étranges effectuées par des cinéastes pourtant peu familiers du thriller horrifique. Afin de rassurer les investisseurs, certains metteurs en scène réputés reprirent, en effet, les codes du giallo, souvent détournés, dans des long-métrages intellectualisés tels LE CŒUR AUX LEVRES de Tinto Brass ou LA MAISON AUX FENETRES QUI RIENT de Pupi Avati en passant par les déstabilisants LA MORT A PONDU UN ŒUF, LE ORME, ANIMA PERSE, NE VOUS RETOURNEZ PAS ou le plus récent et expérimental AMER.

Imaginés comme le réceptacle idéal aux innovations visuelles et narratives de réalisateurs qui ne gardaient du « filone » italien que quelques éléments épars, ces péloches fascinent ou irritent selon les sensibilités de chacun ou, plus simplement, l’état d’esprit dans lequel on les aborde. Il est possible, en effet, de se sentir floué devant ces essais n’ayant souvent de giallo que le nom. Mais, au contraire, on peut aussi se passionner devant ces tentatives plus ou moins abouties de concasser les ingrédients habituels du genre pour en extraire une pulpe novatrice et enthousiasmante.

En dépit de la présence derrière la caméra d’un des plus solides artisans du cinéma bis italien, SPASMO appartient, d’une certaine manière, à ce courant même si l’implication de Lenzi lui apporte, justement, un véritable ancrage au sein du giallo « orthodoxe ».

Christian et sa copine découvrent sur une plage une jeune femme inanimée qu’ils pensent tout d’abord décédée. Toutefois, il n’en est rien et la demoiselle en question, prénommée Barbara, est simplement évanouie…mais également amnésique. Profitant d’un instant d’inattention, Barbara fausse compagnie au couple. Peu après, Christian la rencontre à nouveau lors d’une soirée et parvient rapidement à la séduire avant de l’emmener dans un motel. Barbara, docile, exige cependant de Christian qu’il rase sa barbe avant de lui faire l’amour. Pas contrariant, ce-dernier s’exécute dans la salle de bain avant que surgisse un inconnu armé d’un révolver, peut-être envoyé par l’ex amant de Barbara. En se défendant, Christian tue accidentellement son assaillant et décide, paniqué, de prendre la fuite en compagnie de sa conquête, persuadé que les autorités ne croiront pas sa version des événements.

Les fugitifs se réfugient finalement dans une maison isolée où viennent de s’installer un homme d’un certain âge et sa compagne, beaucoup plus jeune, la séduisante Clorinda. Cette dernière se rapproche de Christian tandis que Barbara disparaît à nouveau mystérieusement…Peu après, l’assassin, supposé tué par Christian, resurgit bien vivant…

Difficile d’aborder SPASMO sans dévoiler son twist, lequel intervient, grosso modo, aux deux tiers de la projection. Durant sa première heure, en effet, le film ne parait guider par aucune logique et fait même fi de la plus élémentaire cohérence. Lenzi aligne ainsi les séquences disparates et bizarres au cours desquelles chaque protagoniste s’évertue à réagir de manière totalement aberrante ou absurde au point de tester la patience du spectateur. Sidéré par les rebondissements improbables, celui-ci assiste, par exemple, à la fuite, en compagnie d’une conquête de passage allergique aux poils de barbe, d’un homme persuadé d’avoir assassiné un agresseur mystérieux dans une chambre de motel.

Selon ses propres dires, Lenzi s’intéressa à cette intrigue (à l’origine destinée à Lucio Fulci) pour son habileté à s’éloigner du carcan coutumier du giallo : peu de meurtre ou d’érotisme, pas de gore, un déroulement au soleil plutôt que durant la nuit, etc. Le but du cinéaste avec ce film, comme avec sa « trilogie » antérieure consacrée au « psycho giallo sexy » (ORGASMO, SI DOUCES SI PERVERSES et PARANOIA) était de dépeindre une société « malade », basée sur la richesse et le paraître, condamnée à engendrer des monstres sociopathes qui méprisent la vie humaine. Cette position sociale, résolument radicale, anticipe les œuvres d’écrivain comme Brett Easton Ellis, notamment adapté au cinéma via le dérangeant AMERICAN PSYCHO.

Toutefois, durant une bonne heure, SPASMO déroute et déconcerte. Le long-métrage constitue, en effet, un véritable puzzle dont les pièces s’emboitent réellement durant le dernier acte, une fois le « twist » dévoilé. Plusieurs lignes narratives s’expliquent alors et les actions de divers protagonistes, en apparence stupides, prennent enfin sens devant la révélation, pas vraiment originale mais néanmoins effective, proposée par le cinéaste.

Pas pleinement convaincant ou réussi, SPASMO n’en demeure pas moins une honnête tentative d’éloigner le thriller italien de ses conventions pour accoucher d’une oeuvrette déstabilisante et plaisante à suivre.

Un giallo sympathique et suffisamment original pour mériter une vision de la part des afficionados.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2012