SPIDER LABYRINTH
Titre: Il nido del ragno
Réalisateur: Gianfranco Giagni
Interprètes: Roland Wybenga

 

Paola Rinaldi
Stéphane Audran
William Berger
Claudia Muzi
Margareta von Krauss
 
Année: 1988
Genre: Giallo / Fantastique
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

En 1988, le cinéma de genre italien est, malheureusement, à l’agonie. Excepté Dario Argento et Michele Soavi, les ténors du fantastique ont désertés les grands écrans pour se consacrer à la plus lucrative petite lucarne. Quelques nostalgiques tentent, pourtant, de maintenir en vie le giallo via des oeuvrettes abâtardies et américanisées comme le FOU A LIER de Umberto Lenzi ou le BODY COUNT de Ruggero Deodato, lesquels tiennent, en réalité, essentiellement du slasher.

Pourtant, un débutant, Gianfranco Giagni, dont ce sera d’ailleurs l’unique long-métrage pour le cinéma, va ramener sur le devant de la scène ce sous-genre typiquement italien. SPIDER LABYRINTH s’inscrit, en effet, dans la lignée des œuvres de Dario Argento et Mario Bava (on pense surtout à OPERATION PEUR), tout en reprenant le principe déstabilisant des thrillers horrifiques des seventies comme LA MAISON AUX FENETRES QUI RIENT, JE SUIS VIVANT ! ou THE PERFUME OF THE LADY IN BLACK.

Si le résultat, très influencé par les écrits d’Howard Philip Lovecraft et sa mythologie des « Anciens dieux », n’est pas exempt de défauts, il se révèle une plaisante surprise conduite à un rythme trépidant.

Un spécialiste des langues anciennes, Alan Whitmore, se rend à Budapest pour rencontrer le professeur Roth, lequel travaille à la traduction d’une tablette religieuse millénaire. Dès son arrivée, Whitmore se sent menacé par de mystérieux individus tandis que Roth est découvert pendu. Une étrange secte vouant un culte à un antique dieu-araignée pourrait être responsable de cette mort et, peu à peu, Whitmore se perd dans cette toile macabre en compagnie d’une trop belle et mystérieuse demoiselle.

Sur un scénario devant beaucoup à INFERNO et à la trilogie (alors inachevée) des Trois Mères, Gianfranco Giagni construit une œuvre intéressante qui élabore une intrigue labyrinthique et cauchemardesque, sans jamais renier ses divers emprunts. Outre Dario Argento et Mario Bava, le climat putride de décrépitudes rappelle les poèmes morbides de Lucio Fulci et rend le long-métrage angoissant lors de scènes d’horreur organiques et sexualisées.

Filmé à Budapest avec un budget correct et un casting hétéroclite qui comprend, entre autre, Stéphane Audran et le vétéran William Berger, SPIDER LABYRINTH se présente donc comme un habile melting-pot d’influences dans lequel le style se révèle supérieur à la substance. Difficile, en effet, de réellement comprendre toutes les implications d’un scénario volontairement nébuleux dans lequel se débat un « étranger en terre étrangère » aux prises avec un culte maléfique vieux de cinquante siècles.

Par conséquent, l’atmosphère prédomine dans cette quête entreprise par le héros pour découvrir une sombre vérité (dans l’esprit de THE WICKER MAN) tandis que, dans la tradition du giallo, divers protagonistes meurent assassinés à l’arme blanche. Des mises en scènes sadiques et inventives même si Gianfranco Giagni se contente souvent de reprendre les idées visuelles développées par ses maitres à penser. Une touche discrète d’érotisme ponctue, bien naturellement, cette péloche à la violence stylisée.

Les révélations successives du climax paraissent d’ailleurs quelque peu précipitées et le long-métrage se conclut de façon abrupte même si le cinéaste propose une séquence finale impressionnante, confectionnée par le maquilleur Sergio Stivaletti. Si les effets spéciaux trahissent leur âge et ne sont pas pleinement convaincant, l’imagerie macabre développée par le cinéaste se montre, pour sa part, effective et réussie, rappelant, toutes proportions gardées, les incroyables mutations de THE THING.

A la croisée de l’horreur gothique, du giallo de conspiration et du fantastique mythologique de Lovecraft, SPIDER LABYRINTH constitue une réalisation imparfaite mais surprenante et agréable à visionner. Son pouvoir de fascination garder l’attention du spectateur en éveil jusqu’à la répugnante scène finale qui devrait donner des cauchemars aux arachnophobes.

Dans la masse des sous-produits italiens des années ’80, SPIDER LABYRINTH s’élève largement au-dessus de la moyenne et mérite d’être redécouvert par les amateurs!

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2013