SPOOKIES
Titre: Sppokies (ex Twisted Souls)
Réalisateur: Thomas Doran & Brendan Faulkner
Genie Joseph (scènes additionnelles)
Interprètes: Felix Ward

 

Maria Pechukas
Dan Scott
Alec Nemser
A.J. Lowenthal
Pat Wesley Bryan
Peter Dain
Année: 1986
Genre: Horreur / Fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Petite production ayant fait les beaux soirs des vidéoclubs durant les années ’80, SPOOKIES s’est, au fil du temps, gagné une petite réputation culte assez inexplicable même si le métrage reste un très distrayant nanar.

Débuté en 1983 sous le titre « Twisted Souls » sous la direction de deux cinéastes, Thomas Doran et Brendan Faulkner, l’intrigue traite de la traditionnelle bande de copains souhaitant faire la fête avant d’échouer dans une maison maudite. « Twisted Souls », malheureusement, n’est jamais terminé et finit dans une armoire pour y moisir jusqu’en 1985, année où une troisième cinéaste, Genie Joseph, est mandatée pour parachever le film en tournant des scènes additionnelles.

SPOOKIES (le titre choisit pour cette version remodelée) sort finalement en janvier 1988 et s’attire rapidement des commentaires contrastés, les fans appréciant son inventivité tandis que la majorité des spectateurs juge le résultat incompréhensible et brouillon. Il faut avouer que suivre l’intrigue se révèle, en effet, impossible car les nouvelles séquences, réalisées par Genie Joseph, sont intercalées dans le métrage existant au petit bonheur la chance. Le but parait, simplement, d’atteindre une (courte) durée réglementaire (environ une heure et vingt minutes hors générique) et le film provoque une curieuse impression schizophrène, alternant des moments sérieux et d’autres beaucoup plus orientés vers le second degré.

Genie (admettons!) Joseph tente également de très risqués effets de montage et passe de scènes tirées de « Twisted Souls » à d’autres qui simulent maladroitement les réactions des personnages à des passages tournés trois ans plus tôt. D’où une complète confusion, d’ailleurs parfois louée, et cette impression de cauchemar délirant qu’atteint SPOOKIES dans ses meilleurs moments.

Pour résumer, en quelques lignes, l’intrigue principale (oublions les digressions inutiles et dénués de la moindre logique), SPOOKIES présente une dizaine de jeunes gens d’une vingtaine d’années coincés dans une maison hantée. Après avoir découvert un Oui-Ja, une des demoiselles interroge les morts, lesquels lui apprennent qu’ils ne sortiront pas vivants de la demeure. Au cours de la nuit, ils seront possédés à tour de tour et soumis aux exactions d’une sorte de sorcier démoniaque, Kreon, vivant dans la cave et jouant aux échecs en attendant de ressusciter son grand amour défunt.

Servi par une musique efficace rappelant vaguement les films d’horreur européens de la fin des seventies, SPOOKIES accumule les effets spéciaux enthousiastes, passant d’une scène gore à de la mauvaise stop motion en ne lésinant pas sur les maquillages gluants et déjantés. Si certains effets sont ratés, la plupart possèdent un réel charme nostalgique et se révèlent, avec une certaine indulgence, bien fichus. Le métrage se paie surtout le luxe d’une véritable collection de monstres improbables incluant un gobelin, une bestiole reptilienne, une femme araignée, des humanoïdes boueux lâchant des gaz, un croquemitaine aux yeux rouges fluorescents armé d’une faux, un loup-garou, des zombies,…

A ce micmac hérité de « Twisted Souls », Genie Joseph ajoute un personnage maléfique, Kreon, amoureux d’une demoiselle en robe blanche fuyant sans but durant la majeure partie du métrage afin de lui échapper. Au cours d’un final rigoureusement incompréhensible, la tombe de Mr Kreon, jusque là fermée par des chaines, est brisée et notre zombie bleuté se redresse pour éclater d’un rire sardonique à la consternation générale. Fin.

SPOOKIES joue la carte de l’outrance et de l’excès, ne fait nullement sens mais multiplie les surprises pour maintenir l’attention du spectateur, ne reculant jamais devant une idée, aussi folle soit elle. D’où d’innombrables passages incongrus, l’essentiel du temps de projection étant occupé par les déambulations de personnages stéréotypés qui errent dans les couloirs d’une vaste maison avant de tomber sous les griffes ou les crocs de créatures infernales.

L’influence principale des cinéastes est, sans conteste, EVIL DEAD et ils se permettent de recréer, quasiment à l’identique, certains passages clés du chef d’œuvre de Sam Raimi. LE COULOIR DE LA MORT, PHANTASM et LA NUIT DES MORTS VIVANTS ont, également, droits de citer.

Au niveau du casting, les acteurs se révèlent uniformément mauvais (mention spéciale au « bad boy », terrassant de médiocrité), peu aidé par des situations absurdes et des dialogues d’une nullité abyssale (« il va se passer quelque chose » déclare très sérieusement une future victime des forces du mal). Le groupe d’amis parait, en outre, complètement folklorique et comprend, par exemple, un type apparemment âgé d’une quarantaine d’années, l’inévitable chaudasse et son copain, un pseudo punk en cuir à côté de la plaque.

Sorte d’équivalent horrifique du kung fu inachevé LE JEU DE LA MORT avec Bruce Lee, SPOOKIES demeure étonnamment divertissant en dépit de ses faiblesses criantes. Catalogue d’absurdités empilées avec une bonne santé réjouissante, le film ressemble, en définitive, à une incroyable boursouflure non dénué de charmes mais à réserver aux amateurs de nanar bis.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011