SS CAMP 5: L'ENFER DES FEMMES
Titre: SS Lager 5: L'inferno delle donne
Réalisateur: Sergio Garrone
Interprètes: Paola Corazzi

 

Rita Manna
Giorgio Cerioni
Serafino Profumo
Attilio Dottesio
Patrizia Melega
Paola D'Egidio
Année: 1977
Genre: Nazi Exploitation
Pays: Italie
Editeur BL Films
Critique:

Sorti au plus fort de l’éphémère vague de Nazi-exploitation lancée dans la Péninsule suite au succès de long-métrages comme ILSA, LA LOUVE DES SS ou les plus « acceptables » SALON KITTY et autre PORTIER DE NUIT, ce SS CAMP 5 (également connu sous le titre de ROSES ROUGES POUR LE FURHR) égrène, sans imagination, tous les clichés attendus de la Nazi-exploitation.

Derrière la caméra se cache Sergio Garrone (né à Rome en 1926), un artisan modeste mais solide du western italien qui se fit connaître par une poignée de titres flirtant avec le fantastique comme LA CORDE AU COU. Au début des années ’70, suite au déclin du western, Garrone se reconvertit logiquement dans le cinéma d’exploitation (souvent « douteux ») et tâte de l’horreur (LE AMANTI DEL MOSTRO) puis de la Nazi-exploitation avec deux titres jumeaux : SS CAMP 5 et HORREUR NAZIES. Ensuite, le cinéaste poursuivit dans la voie de l’érotisme malsain mais, cette fois, en tant que scénariste, signant par exemple le script de SEVICES A LA PRISON DES FEMMES en 1984, date à laquelle il prend sa retraite.

L’intrigue de SS CAMP 5 se déroule, bien évidemment, durant la Seconde Guerre Mondiale et plus précisément dans le camp de concentration n°5. Là, un officier sadique offre les prisonnières en pâture à un médecin obligé de perpétrer d’horribles expériences dont les buts restent imprécis. Certaines demoiselles, plus chanceuses, finissent dans les bras et les draps des dignitaires du régime, bien décidés à prendre du plaisir avant la chute annoncée du Reich. L’arrivée de l’armée rouge pousse finalement quelques détenues à tenter de s’enfuir, les Nazis étant décidés à les brûler afin de ne laisser aucune preuve de leurs exactions.

Très classique, pour ne pas dire banal, SS CAMP 5 se vautre dans la routine de la Nazi-exploitation, quelque part entre le film érotique malsain, l’horreur sanglante inspirée du Grand-Guignol, le mauvais goût assumé et, pour les plus portés sur le second degré, un humour involontaire naissant du décalage entre le contenu choquant du long-métrage et sa représentation, plutôt piteuse. Porté sur l’érotisme, Sergio Garrone ne perd, pour commencer, aucune occasion de dénuder ses interprètes féminines au cours de scènes de douches aussi inévitables que les timides orgies en uniforme nazi.

Guilleret, caricatural (tout y passe, y compris une danse suggestive avec une banane), cet érotisme voulu glauque se réfère essentiellement aux bandes dessinées « pour adultes » et aux romans de gare tendances sado-maso. Hélas, comme souvent, le long-métrage promet beaucoup mais, en définitive, montre bien peu et se contente, le plus souvent, d’une nudité complaisante et de fugitives étreintes.

Assez timide, le film verse cependant dans le sadisme via une série de tortures assez réussies et gratinées, dont une très longue séquence d’interrogatoire proche des titres traitant de l’Inquisition comme le célèbre LA MARQUE DU DIABLE. Des prisonnières sont ainsi brûlées de diverses manières pour les convaincre de dénoncer leurs complices mais, devant l’échec de cette méthode, leur tortionnaire décide qu’il ne sert à rien de continuer et préfère arracher la langue d’une demoiselle avec des tenailles (« puisque tu ne veux pas parler, ta langue ne te sert à rien » ricane t’il joyeusement). Malheureusement ces passages divertissants ne sont pas suffisamment nombreux pour maintenir l’attention du spectateur, lequel se lasse rapidement de la mollesse généralisée et du manque de conviction des interprètes.

L’inclusion d’images d’archives authentiques des camps de concentration confère toutefois une certaine force évocatrice à SS CAMP 5 même si le cinéaste, sans doute par crainte de verser complètement dans le mauvais goût, reste relativement modéré. En guise d’images chocs, quelques jeunes filles sont néanmoins brûlées vives dans un four crématoire mais, hélas, la pauvreté des effets spéciaux atténue largement l’impact de ces séquences et l’aspect malsain du long-métrage. Si Garrone pouvait aller beaucoup plus loin dans l’abject et la cruauté, il semble s’être retenu, peut-être par peur de la censure ou des bien-pensants, SS CAMP 5 étant un des premiers Nazi-exploitation (le premier, disent certains chroniqueurs) a traité des expériences médicales nazies et des fours crématoires. Toutefois, difficile de prendre au sérieux le long-métrage tant le camp de concentration paraît peu crédible, tout comme les détenues, trop bien portantes pour convaincre, et même les tortionnaires, plus proches de méchants de serials que d’authentiques servants du Reich.

Le budget restreint (et même serré comme un café noir), empêche, pour sa part, tout panache dans la description de la décadence des dernières heures du régime nazi. Incapable de rivaliser avec le faste orgiaque de SALON KITTY, Sergio Garrone ne parvient pas, non plus, à égaler ILSA LA LOUVE DES SS dans le domaine des atrocités et des tortures sexuelles délirantes. Bref, même si le grand public se pincera le nez de dégoût à sa vision, SS CAMP 5 se montre, en définitive, bien trop timoré pour exciter les amateurs de Nazi-Exploitation ou de Women In Prison.

Témoignage d’une époque malheureusement (ou heureusement, selon les sensibilités) disparues du cinéma d’exploitation, SS CAMP 5 reste une curiosité historique assez incroyable, celle d’une époque ou l’on pouvait se déplacer en salles pour se délecter des tortures infligées à de pauvres demoiselles dénudées par des sadiques Nazis d’opérette. A ce titre, SS CAMP 5 pourra intéresser les cinéphiles pervers mais, comparé à des titres beaucoup plus outranciers comme LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH ou HOLOCAUSTE NAZI, le film de Sergio Garrone parait bien pâle tant le cinéaste limite le sadisme et rate le coche de l’érotisme déviant, rendant, au final, les tortures peu stimulantes.

Bref, un exemple médiocre de Nazi-exploitation, ni le meilleur ni le pire du sous-genre mais, surtout, routinier et sans beaucoup d’intérêt, excepté pour les voyeurs pervers.

(A noter que le dvd zone 2 édité par les courageux de BL Films est amputé de ses plans les plus croustillants mais, heureusement, une version uncut traîne sur la toile)

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2011