SS GIRLS - LES PERVERSIONS DU TROISIEME REICH
Titre: Casa privata per le SS /
Hotel du plaisir pour SS / La maison privée des SS /
Private House of the SS / SS Girls
Réalisateur: Bruno Mattei
Interprètes: Gabriele Carrara

 

Marina Daunia
Macha Magall
Vassili Karis
Tamara Triffez
Luce Gregory
Walter Brandi
Année: 1977
Genre: Naziexploitation
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Surnommé par ses détracteurs (ou ses fans ?) le « Ed Wood italien », Bruno Mattei (1931 – 2007) a touché à tous les genres du cinéma populaire au cours de son aberrante carrière. Durant la seconde moitié des années ’70, il participe, comme bien d’autres, à la décadence du bis européen et se lance dans ses déclinaisons les plus nauséabonds : mondo raccoleur (LE NOTTI PORNO NEL MONDO), « porno péplum » (CALIGULA ET MESSALINE), nunsploitation (L’AUTRE ENFER), Women In Prison (PENITENCIER DE FEMMES) et, bien évidemment, nazi exploitation. Dans ce dernier sous-genre, un temps commercialement porteur, Mattei livre consécutivement deux titres quasi interchangeables, KZ9 CAMP D’EXTERMINATION et ce SS GIRLS (connu sous de nombreux autres titres comme HOTEL DU PLAISIR POUR SS, LA MAISON PRIVEE DES SS ou encore PERVERSIONS DU TROISIEME REICH).

Comme la plupart des Nazi exploitations, SS GIRLS trouve sa principale source d’inspiration dans SALON KITTY, superproduction luxueuse réalisée l’année précédente par Tinto Brass. L’intrigue se contente, par conséquent, d’en reprendre les grandes lignes, quasiment à l’identique, et enferme une bande de hauts gradés de l’armée allemande dans une villa où sont « dressées » des prostituées destinés à assouvir tous leurs fantasmes, « naturels et contre nature ». Mais le responsable, Hans Schellenberg, poursuit pour sa part un projet secret qui consiste, via ses « filles », à recueillir les confidences sur l’oreiller de Nazis voulant renverser Hitler.

Limité à une suite de saynètes affligeantes de médiocrité, SS GIRLS sa vautre dans la bêtise au point qu’on finit par soupçonner Mattei de velléités parodiques. Impossible, en effet, de prendre au sérieux ou même d’être choqué par cette succession de mises en scène pataudes, empreinte d’un « érotisme » pataud ou, plus rarement, d’un sadisme béta carrément ridicule. L’aspect torture se révèle d’ailleurs étonnamment léger et limité à quelques plans sanglants brefs et peu convaincants.

Davantage présent, le sexe, pour sa part, verse dans une outrance consternante et propose des séquences typiques du nazi-exploitation (accouplement – mal simulé – d’une prostituée et d’un chien, « dressage » en règle des jeunes femmes et galerie de personnages monstrueux avec lesquels les demoiselles sont forcées de copuler) mais tellement mal ficelées que le spectateur ne peut qu’en rire. Seule la séquence du dignitaire nazi aimant agrémenter son cognac d’une lampée de sang frais relève un minimum le niveau et possède un côté vaguement malsain intéressant.

Dans le rôle principal, Gabriele Carrara accomplit une performance sidérante de cabotinage éhonté et se lance régulièrement dans de délirantes tirades irrésistibles au second degré. Ce jeu démentiel et empreint d’une folie totale rend la vision de SS GIRLS non pas plaisante mais, au moins, supportable. Son indescriptible costume de « prêtre nazi » de retour d’une soirée disco gay s’avère, lui-aussi, un grand moment d’humour involontaire. Dans le même ordre d’idée, un officier SS influencé par les Ninja porte un bandeau décoré de swastikas et une épée de samouraï. Des détails anachroniques et incongrus, auxquels s’ajoutent des coupes de cheveux fort peu réglementaires, pour lesquels on hésite entre la volonté de décalage manifeste et le simple « je m’en foutisme ». Connaissant le cinéaste la seconde option reste, toutefois, la plus probable.

Malheureusement, le côté délirant reste insuffisamment développé pour rendre l’ensemble mémorable et drôle. Néanmoins, SS GIRLS ressemble, dans ses « meilleurs » moments, à une parodie involontaire déjantée, un peu comme si les Monty Pythons avaient voulu se moquer de la nazi exploitation. Condensé sur quinze minutes, le film aurait pu donner, également, un bon sketch pour le HAMBURGER FILM SANDWICH de John Landis.

Les familières de l’érotisme Marina Daunia, défigurée par une cicatrice renforçant son côté cruel, et Macha Magall, offrent, pour leur part, des interprétations beaucoup moins outrées mais exposent généreusement leur agréable anatomie, Bruno Mattei n’étant guère avare en scènes dénudés. Exploitation oblige, les demoiselles se retrouvent bien sûr dans le même lit (décoré de croix gammées !) pour un inévitable moment de plaisir saphique.

La conclusion du métrage approchant à grand pas, Mattei se permet, dans le dernier tiers, de très molles scènes d’action impliquant un char d’assaut russe et, surtout, un paquet de (probables) stock-shots poussiéreux. Nihiliste, SS GIRLS se termine sur une ultime orgie avant le suicide collectif de tous les participants, terrassé par la prochaine défaite de l’armée hitlérienne. Bruno Mattei tente même, dans les ultimes séquences, de quitter la pure exploitation pour offrir un regard désabusé sur la guerre et l’absurdité des conflits armés. Bien sûr, après quatre vingt minutes d’excès, inutile de dire que ce revirement « philosophique » de dernière minute ne fonctionne guère, encore alourdit par un final vaguement larmoyant tentant d’humaniser un minimum les officiers SS. Beaucoup moins offensant que la plupart des Nazi exploitations de la même époque (comme NAZI HOLOCAUSTE par exemple), le métrage de Bruno Mattei joue essentiellement la carte de l’érotisme déviant au détriment des tortures sadiques et complaisantes.

En dépit de son humour involontaire et d’un côté nanar particulièrement présent, SS GIRLS demeure un piètre film, peut-être même un des pires de cette mode cinématographique éphémère (les productions Eurociné étant hors concours). Sa vision ne peut donc se conseiller qu’aux indécrottables « complétistes » du genre ou aux inconditionnels de Bruno Mattei, ici en petite forme.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2011