HORREURS NAZIES - LE CAMP DES FILLES PERDUES
Titre: SS Experiments / Sadisme SS /
Lager SSadis Kastrat Kommandantur (1976)
Réalisateur: Sergio Garrone
Interprètes: Mircha Carven

 

Paola Corazzi
Giorgio Cerioni
Serafino Profumo
Attilio Dottesio
Patrizia Melega
Agnes Kalpagos
Année: 1976
Genre: Naziexploitation / Horreur / Erotique
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Né en 1926, le cinéaste romain Sergio Garrone débute sa carrière par une poignée de westerns spaghettis de bonne tenue (UNE LONGUE FILE DE CROIX et DJANGO LE BATARD) avant d’embrayer vers l’horreur avec LE AMANTI DEL MOSTRO. Au milieu des années 70, le quinquagénaire se réoriente, probablement pour des raisons mercantiles, vers l’érotisme et prend en route le train de la Nazi-exploitation. Il va tourner coup sur coup, avec sensiblement la même équipe, les mêmes acteurs et le même scénario deux productions racoleuses : SS CAMP 5 et cet HORREURS NAZIES.

Comme la plupart des Nazi-exploitation, HORREURS NAZIES débute par l’arrivée d’un troupeau de jeunes femmes dans un camp d’extermination. Les plus désirables sont sélectionnées pour remonter le moral (et pas que ça !) des troupes et, par conséquent, contraintes à la prostitution. Mais leur calvaire ne s’arrête pas là puisque le commandant du camp se révèle un véritable sadique. Jadis castré par une fille qu’il venait de violer (!), le bonhomme a perdu sa virilité, qu’il souhaite retrouver par la chirurgie. Il envisage donc de transplanter les testicules d’un de ses hommes et, pour permettre à un chirurgien juif de s’entrainer, organise des opérations chirurgicales délirantes qui s’apparentent surtout à une suite de tortures sexuelles à l’encontre des prisonnières. Bien évidemment, une détenue tombe amoureuse d’un beau soldat du Reich mais cet amour impossible finira mal…

Jadis classé « vidéo-nasty » par la censure anglaise, HORREURS NAZIES ne s’élève pourtant jamais à la hauteur de sa réputation d’ignominie sur pellicule. Bien sûr, le thème choisi, certaines séquences de sévices et une poignée de passages glauques liant la violence à la sexualité pervertie pourront, aujourd’hui encore, choquer les plus sensibles. Mais, dans le domaine outrancier de la Nazi-Exploitation, le film de Sergio Garrone s’avère timoré en comparaison des atrocités exposées dans LA DERNIERE ORGIE DU TROISIME REICH ou de la folie totale du mythique NAZI HOLOCAUSTE. Même les censeurs anglais ont fini par revenir sur leur décision et autoriser une sortie du long-métrage en dvd en 2006 comme en témoigne ce communique de la BBFC : « The content of the film is in fact very mild and poorly executed. The idea of the film may, of course, be offensive to some but that is not a good enough reason to cut or reject it. "SS Experiment Camp" is neither illegal or harmful, just tasteless."

Aujourd’hui, le temps ayant accompli son œuvre, HORREURS NAZIES ne parait plus vraiment offensant ou ignoble. A l’instar des nunsploitations ou des Women In Prison, cette oeuvrette a gagné ses galons de nanar et s’apparente surtout comme un film érotique au goût douteux, plus proche d’une bande dessinée pour adultes ou d’un roman de gare que d’un long-métrage transgressif et répréhensible. L’intrigue, elle, n’innove absolument pas et ressasse les clichés inévitables de la Naziexploitation, un constat rendu encore plus flagrant par le rabâchage éhonté de situations similaires dans le SS CAMP 5 tourné l’année suivante par le même Sergio Garrone.

Dans les deux long-métrages nous trouvons ainsi un chirurgien juif réduit, par chantage, à travailler pour les Nazis et à commettre diverses atrocités. Les expériences médicales barbares et les scènes érotiques paraissent, d’ailleurs, interchangeables d’un film à l’autre, au point que le cinéaste réutilisa les images, volontiers choquantes mais pauvrement truquées, de cadavres brûlant dans les chambres à gaz pour SS CAMP 5. N’ayant aucune prétention historique ou réaliste, HORREURS NAZIES verse joyeusement dans la sexploitation crapuleuse. Au lieu de filmer des détenues rachitiques apeurées, Sergio Garrone dénude des comédiennes au physique avantageux qui se savonnent sous la douche en gloussant comme des gamines en classe de neige. Rien de bien malsain dans cet étalage de chair appétissante mais le cinéaste n’oublie pas, non plus, d’offrir au spectateur son content de brutalité.

Outre une poignée de viols, souvent consommés dans une sorte de réservoir d’eau transparent, HORREURS NAZIES déroule les habituelles tortures à base d’électricité ou d’air comprimé injecté dans un crane. Le film ne perd alors aucun détail scabreux et s’appesantit joyeusement sur les hurlements des victimes qui, parfois, urinent sous la douleur. Une scène plus inventive voit une jeune femme plongée dans un bain rendu alternativement brulant puis glacial par un sadique sergent. Finalement, la pauvrette succombe, statufiée sous une couche de givre et le Nazi déclare en riant « you’re not only frigid, now you’re frozen too ». Un grand moment de démesure. Parmi les autres séquences marquantes, citons celle où une prisonnière pendue bras en croix et la tête en bas, se vide de son sang contre des fils de fers barbelés. Repris comme visuel sur certaines affiches, cette image, à elle-seule, entraîna l’interdiction du film dans certains pays, dont la Grande-Bretagne.

Si HORREURS NAZIES délivre son quota de sadisme, il faut attendre les vingt dernières minutes pour recevoir, en prime, sa dose de gore chirurgical et répugnant, via l’attendue transplantation de testicules. L’opération médicale ne lésine pas sur les éclaboussures écarlates et les gros plans vomitifs tandis que la révolte finale des prisonnières entraine un joli carnage commis à l’aide d’armes blanches ou de mitraillettes. Malheureusement, comme dans pratiquement tous les films de ce style, ces passages trash divertissants se trouvent incorporés dans un récit routinier et d’une complète platitude.

D’interminables scènes d’exposition, des dialogues risibles et une sous-intrigue pénible et convenue (l’inévitable romance d’un officier SS et d’une détenue) rendent le film particulièrement ennuyeux, voire soporifique. L’interprétation calamiteuse, cabotine ou indifférente des acteurs, qui semblent se demander ce qu’ils font là en lorgnant sur leur chèque, rend finalement l’ensemble anodin, sans que jamais la cruauté étalée ne fonctionne réellement. Ce sont toutefois uniquement les scènes de sexe ou de sadisme qui parviennent à sortir le spectateur de sa torpeur cotonneuse et lui permettent de rester éveiller jusqu’au climax, complètement déjanté et digne d’un gore de série Z. Le pauvre soldat, victime involontaire d’une ablations des testicules, constate son impuissance en plein coït, tue sa partenaire et se lance à la poursuite du commandant du camp en hurlant avec le plus grand sérieux « qu’est ce que tu as fait de mes couilles ?».

Bref, ce portnawak réjouissant distingue, au final et de justesse, HORREURS NAZIES de la multitude de produits similaires sortis durant les années ’70 et le rend plus divertissant que révoltant. Petite série Z d’exploitation noyée dans la masse, HORREURS NAZIES constitue une oeuvrette certes dérangeante mais surtout déjantée et, souvent, involontairement drôle. Le mélange d’érotisme déviant, de sadisme et de gore permet néanmoins de passer un relatif bon moment à condition d’excuser le rythme déficient et, surtout, d’apprécier le cinéma bis outrancier qui se vautre dans un complet mauvais goût.

A réserver aux inconditionnels de la Nazi-exploitation.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012