STAR TREK : LE FILM
Titre: Star Trek : The Motion Picture
Réalisateur: Leonard Nimoy
Interprètes: William Shatner

 

Leonard Nimoy
DeForest Kelley
James Doohan
George Takei
Walter Koenig
Nichelle Nichols
Année: 1986
Genre: Science-fiction / Comédie
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Lancé en 1979, STAR TREK LE FILM se devait de concurrencer les grands succès récents de la science-fiction, les producteurs désirant en effet un blockbuster capable de rivaliser avec LA GUERRE DES ETOILES et RENCONTRE DU TROISIEME TYPE. Cependant, ce long-métrage faillit ne jamais voir le jour tant les efforts se concentraient, à l’époque, sur une nouvelle série télévisée titrée « Star Trek Phase II ».

Voulu par Gene Roddenberry dès la fin des années 60 mais dans les limbes du « developement hell » depuis plus de dix ans, un STAR TREK destiné au cinéma n’est donc pas envisagé en 1977. Au contraire, la série télévisée « Phase II » se prépare et des décors sont déjà construits. En dernière minute, la production change de cap au vu des recettes engrangées par le cinéma de science-fiction. Paramount avorte alors la série au profit d’une grosse machine destinée aux salles obscures, reconstruit de nouveaux décors – plus détaillés et majestueux – mais poursuit une campagne d’intoxication médiatique affirmant que l’équipe travaille toujours sur une série télévisée. En mars 1978, la décision des producteurs est finalement rendue publique et le vétéran expérimenté Robert Wise (LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA, LE MYSTERE ANDROMEDE) est sollicité pour diriger le film, d’ailleurs l'avant-dernier de sa prolifique carrière.

Pour l’intrigue, une idée de Roddenberry nommée « Robot’s Return », prévue pour la série « Genesis II », (laquelle ne vit, elle non plus, jamais le jour) est remaniée par Alan Dean Foster et devient « In Thy Image ». Ce traitement, destiné à l’origine au double épisode pilote de "Phase II", se base elle-même sur un épisode de la série classique « Star Trek » intitulée « The Changeling ». Pressés par les temps, les scénaristes réarrangent le traitement envisagé pour la petite lucarne et le transforme en un long métrage cinéma de plus de deux heures. STAR TREK souffre donc, dès l’origine, d’une certaine précipitation et, surtout, de volontés contradictoires: si la Paramount souhaite un succès populaire à la STAR WARS, Roddenberry et Wise, désirent, eux, un long-métrage moins axé sur l’action mais, au contraire, plus profond et philosophique.

Celui-ci débute par la découverte d’un phénomène inexplicable d’origine extra-terrestre, une sorte de nuage d’énergie de taille gigantesque qui anéantit absolument tout ce qui l’approche. Le seul vaisseau capable d’intercepter cette force destructrice est le fameux USS Enterprise, sous les ordres du capitaine Decker. Mais, alors que la menace pèse de plus en plus sur la Terre, le légendaire James T. Kirk, à présent amiral, prend les commandes du vaisseau et recrée son plus fameux équipage, composé, entre autre, de « Bones » McCoy, de Scotty, de Sulu et de Mr. Spock, afin d’intercepter le nuage d’énergie. Très vite il apparaît que ce-dernier abrite une entité douée de conscience, V’Ger, laquelle s’empare d’un membre de l’Enterprise.

Projet colossal pour l’époque, STAR TREK n’est pas sans défaut, bien sûr, mais se laisse regarder avec un véritable plaisir à condition d’accepter l’orientation philosophique et interrogative du script. Le long-métrage s’interroge ainsi sur les grandes questions philosophiques que se posent les Hommes depuis l’origine des temps et développe une réflexion adulte et intéressante sur les mystères de l’existence. Ces bonnes intentions entraînent toutefois d'évidents problèmes de rythme, STAR TREK utilisant l’action avec parcimonie au point d’avoir souvent été catalogué comme pesant et même barbant. Si certains passages se révèlent effectivement un peu ennuyeux ou tirés en longueur (la redécouverte de l'Enterprise prend une plombe!), le film, dans son ensemble, reste intéressant et d’une belle richesse thématique.

Après une superbe introduction voyant V’Ger décimer les Klingons, le rythme retombe hélas lourdement alors que les membres de l’équipage retournent vers l’Entreprise. Ces réunions de vieux copains ont beau être sympathiques, l’Enterprise parait éprouver (au propre comme au figuré) de grandes difficultés à décoller. Il faut attendre près de trois quarts d’heure pour voir enfin l’intrigue avancer de manière plus efficace et le STAR TREK se montre, dès ce moment, beaucoup plus convaincant. Les relations entre les différents personnages sont efficacement brossées, en particulier les remises en question des deux principaux protagonistes. Mr Spock comprend ainsi qu’il ne peut se fier uniquement à la raison pure pour résoudre une situation donnée mais verse une larmes devant la parfaite logique de son adversaire V’Ger (« Each of us... at some time in our lives, turns to someone - a father, a brother, a God... and asks...”Why am I here ? What was I meant to be ?" »). L’amiral Kirk, pour sa part, évolue également et délaisse son arrogance exaspérante pour plus de retenue: au final, il devra même admettre la nécessité de chercher conseils auprès de ses subordonnés au lieu d'agir selon sa seule certitude.

Le dernier tiers du film, lui, développe une vision métaphysique inspirée, y compris visuellement, de 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE et repose davantage sur l’alchimie entre les personnages que sur l’action. Malheureusement, en dépit d’une mise en scène ample et d’une grande beauté, Robert Wise éprouve quelques difficultés à concilier une longueur conséquente (plus de deux heures) et un vrai rythme. En dépit de sa splendeur visuelle et de plans dont la beauté invite à la contemplation, le film manque de souffle épique pour s'élever au rang d'une complète réussite.

Des défauts qui s’effacent cependant devant l’ambition du cinéaste film désireux d’élever la science-fiction bien au-delà d’un simple « western spatial » où les problèmes se résolvent à coup de pisto-lasers. Dommage que toutes les grandes questions philosophiques et religieuses (au sens large) soient rapidement expédiées via un ultime tour de passe-passe pas vraiment probant.

Heureusement, les très iconiques dernières images rachètent largement cette faiblesse et déploient une majesté rarement égalées dans la science-fiction cinématographique. Au final, le spectateur a envie, lui aussi, de se diriger droit devant, vers cette mystérieuse lueur venant du fond de l’espace, vers le dernier mystère et la dernière frontière, "là où l'Homme n'a jamais été précédemment".

Tiraillé entre diverses volontés contradictoires (le projet grand public des producteurs, le recyclage d'une intrigue originellement prévue pour le petit écran et le souhait de Robert Wise d’offrir une œuvre métaphysique), STAR TREK LE FILM ne parvient pas à convaincre pleinement mais la qualité des effets spéciaux, l’ampleur de la vision, la portée philosophique du scénario et le plaisir de retrouver des personnages familiers dont la camaraderie fonctionne à la perfection suffit à emporter l’adhésion et à transformer ce projet casse-gueule en une belle réussite.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2014