STAR TREK (The Future Begins)
Titre: Star Trek / Star Trek XI
Réalisateur: J.J. Abrams
Interprètes: Chris Pine

Zachary Quinto
Leonard Nimoy
Simon Pegg
Karl Urban
Winona Ryder
Eric Bana
Année: 2009
Genre: Science-fiction
Pays: USA
Editeur  
l
Critique:

En reprenant la franchise STAR TREK sept ans après le décevant STAR TREK NEMESIS le fameux J.J. Abrams, créateur de la série « Lost » et réalisateur du burné MISSION : IMPOSSIBLE III tente l’impossible, à savoir intéresser un large public tout en restant fidèle à une saga comptant des millions de fans. Autant dire qu’il s’agissait d’un pari apparemment impossible à tenir et pourtant Abrams s’en sort magnifiquement et livre un métrage d’une très haute qualité, à placer aux côtés du STAR TREK THE MOTION PICTURE et de STAR TREK PREMIER CONTACT, les deux sommets d’une série avouons le fort inégale sur les grands écrans.

La première idée géniale réside dans la création d’un monde parallèle, lequel permet de réinterpréter totalement un univers connu tout en reprenant certains éléments familiers aux fans. En effet, l’intrigue va suivre Nero (Eric Bana) dans son expédition punitive envers un Spock tenu pour responsable de la destruction de Romulus. Nero remonte donc le temps à bord d’un redoutable vaisseau surarmé, provoquant la mort du père de James Tiberius Kirk alors que ce dernier vient de naitre. Bien des années plus tard, Kirk accepte de s’engager à Starfleet et y retrouve peu à peu McCoy, Uhura, Sulu, Chekov, Scotty et Spock.

Les événements se précipitent et tout ce petit monde finit par se retrouver à bord du légendaire Enterprise NCC 1701 afin de contrer la menace que Nero fait à présent peser sur la Terre. Après bien des péripéties, Kirk finit par trouver un allié inattendu en la personne de…Spock…non pas le Spock jeune qui nous a été présenté au début du film mais bien le seul et unique Spock, toujours interprété par Leonard Nimoy ! Ce Spock a remonté le temps à la suite de Nero et s’apprête à bouleverser le continuum spatio-temporel aboutissant à l’impensable : l’univers « trekkien » avec lequel les fans ont grandi va se trouver détruit et remplacer par un nouveau monde complètement repensé par Abrams, lequel s’approprie ni plus ni moins une mythologie colossale vieille de 40 ans (et riche de centaines d’épisodes télévisés) pour la plier à ses désirs.

Bienvenue dans le nouveau STAR TREK ! Les fans vont-ils suivre ou rejeter en bloc cet univers alternatif ? La question n’a probablement pas lieu d’être tant le travail effectué par le cinéaste se révèle remarquable, à la fois fidèle et novateur. Car oui, Abrams ose ! Il ose montrer un Spock éprouvant quelques sentiments et même amoureux ! Abrams n’hésite pas, non plus, à pratiquer l’autocitation en empruntant à ses propres créations, confrontant même son Capitaine Kirk à un monstre tout droit sorti de CLOVERFIELD pour une brève séquence sur une planète glacée.

Certains intégristes pourraient tiquer devant de tels audaces mais n’est-ce pas le signe qu’Abrams prend véritablement le projet à bras le corps ? Il impose sa patte personnelle au métrage là où de nombreux cinéastes se seraient contenté d’illustrer platement un script trop frileux à la manière de Stuart Baird pour NEMESIS ou Jonathan Frake pour INSURECTION, deux épisodes respectueux des conventions et finalement de peu d’intérêt ? Certes, certains tics subsistent dans la mise en scène d’Abrams, lequel n’hésite pas à user d’une « shaky cam » un peu énervante lors des séquences de combats spatiaux. Car, oui, STAR TREK retrouve sa dimension divertissante et, aidé par un budget colossal, estimé à 150 millions de dollars (près du triple de NEMESIS voici sept ans !), le cinéaste déploie un beau sens du spectacle et propose des séquences explosives et rythmées.

Bercé par une partition emphatique, Abrams s’approprie l’espace, cette « ultime frontière », ce dernier rêve de l’espèce humaine et plonge vers l’infini, « where no man has gone before ». Le rythme, pour sa part, se montre alerte, loin du pensum de certains épisodes précédents mais sans verser dans la frénésie car l’essence de STAR TREK reste les personnages et leur caractérisation, ici tout simplement parfaite. N’oublions pas non plus d’autres points essentiels comme les interrogations, le questionnement philosophique et la certitude, naïve sans doute, que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Alors que la science-fiction récente nous dépeint plus que jamais un avenir invivable, Abrams reste fidèle à l’utopie positive imaginée voici plus de 40 ans par Gene Roddenberry et offre un véritable bol d’air au spectateur, l’emmenant pour un superbe voyage à la manière des Westerns d’antan.

Servi par une multitude de clins d’œil destinés aux fans (mais qui n’empêcheront pas les néophytes d’apprécier), STAR TREK nous permet de retrouver l’équipage original dans un nouvel espace-temps, en route pour de nouvelles aventures. Au centre de cette relecture se trouve Leonard Nimoy, pour sa première apparition à l’écran depuis sa retraite dans STAR TREK TERRE INCONNUE voici près de 20 ans. En assurant la transition entre l’univers dit « classique » et ce nouvel univers alternatif l’acteur s’offre une magnifique sortie de scène : loin de se limiter à une apparition insignifiante, Leonard Nimoy permet en effet à l’entreprise (!) de tenir la route et relance la machine pour les prochaines années.

Les jeunes Chris Pine et Zachary Quinto, chargés de leur côté d’assurer la relève dans les rôles de Kirk et Spock, assurent magnifiquement la transition et développent une rivalité frôlant d’abord la haine pour ensuite se muer en respect et, bien sûr, en amitié. Le reste de l’équipage n’est pas oublié pour autant et chaque protagoniste se voit gratifier de l’une ou l’autre scène mémorable, que ce soit Karl Urban (Mc Coy), Anton Yelchin (un Chekov amusant) ou l’excellent Simon Pegg qui s’approprie le rôle de Scotty avec son ironie coutumière. Car même l’humour à le droit de citer plus que de coutume dans ce nouveau STAR TREK et de nombreuses répliques savoureuses ponctuent l’action.

Pas un chef d’œuvre, certes, (il reste bien quelques défauts finalement excusables) mais un fabuleux divertissement qui augure le meilleur pour la séquelle déjà annoncée pour 2011. STAR TREK emporte à nouveau le spectateur au cœur de la plus grande et cohérente saga de l’histoire de la science-fiction, une œuvre majeure de notre temps pour un métrage qui devrait venir à bout de toutes les critiques.

Lorsque retentissent à l’écran les célèbres mots de la série « L’espace, l’ultime frontière… » sur la musique de la série originale, Abrams boucle son métrage de la plus belle manière, file le frisson à tous les Trekkies et offre tout simplement le meilleur reboot d’une franchise fameuse depuis BATMAN BEGINS et CASINO ROYALE.

Présenté au BIFFF - Festival International du Film Fantastique de Bruxelles - en avril 2009

Fred Pizzoferrato - Mai 2009