STAR TREK INTO DARKNESS
Titre: Star Trek Into Darkness
Réalisateur: J.J. Abrams
Interprètes: Chris Pine

 

Zachary Quinto
Benedict Cumberbatch
Zoe Saldana
Karl Urban
Simon Pegg
John Cho
Année: 2013
Genre: Science-fiction
Pays: USA
Editeur  
Critique:

N’en déplaise aux esprits chagrins et aux puristes, la réappropriation de l’univers « Trek » par J.J. Abrams avait donné, voici quatre ans, un des reboots les plus enthousiasmants de l’histoire de la science-fiction. Créant, fait inédit, une nouvelle continuité temporelle qui permettait de garder les bases tout en explorant des voies inédites (idée ensuite reprise par les comics DC pour leur « Renaissance »), STAR TREK remettait les compteurs à zéro (ou presque puisque Leonard Nimoy y demeurait le Spock d’un futur désormais alternatif) et permettait à la saga de connaitre un regain de popularité salutaire après l’annulation de la cinquième série télévisée dérivée, « Enterprise ».

STAR TREK INTO DARKNESS poursuit la révision du gigantesque monde « Trek » en simplifiant l’intrigue pour jouer ouvertement la carte de l’action et du pur divertissement haletant qui multiplie les scènes explosives. Lors d’une mission sur Nibiru, le capitaine Kirk sauve la vie de Spock mais, ce faisant, viole la Directive Première qui interdit aux agents de Starfleet d’interférer avec des peuplades primitives. En punition, Kirk se voit rétrogradé et réassigné sur l’Enterprise en tant que second sous le commandement de Christopher Pike. Quelques temps plus tard, le quartier général de la Fédération est menacé et un attentat dévastateur est commis à Londres, au siège des archives. Une réunion d’urgence, convoquée par les hautes instances terriennes, aboutit à un véritable massacre lorsque le terroriste John Harrison attaque la réunion et tue de nombreuses personnalités de Starfleet, y compris Pike. Le meurtrier fuit ensuite jusque Kronos, capitale de l’Empire Klingon où il espère trouver refuge loin de la juridiction terrienne. Mais un petit commando mené par Kirk décide de l’en déloger…

STAR TREK INTO DARKNESS délaisse le scénario complexe du précédent (dont les divers lignes temporelles avaient largués certains spectateur) pour privilégier une course poursuite linéaire digne d’un space opéra de l’âge d’or. Le long-métrage s’avère, par conséquent, prévisible et la plupart de ses péripéties sont attendues (d’autant qu’il constitue un « remake » modernisé d’un épisode cinématographique antérieur) mais qu’importe : le plaisir est bien là ! L’évolution récente de la science-fiction et les blockbusters de plus en plus spectaculaires proposés par Roland Emmerych ou Michael Bay devait, fatalement, déteindre sur une des sagas les plus légendaires du genre.

Beaucoup (hors du cercle d’initiés) reprochait en effet à STAR TREK de proposer des films verbeux, manquant d’action et trop préoccupés par des discussions pseudo-philosophiques de quinquagénaires pour offrir de véritables épopées et des combats spatiaux dignes de ce nom. L’approche d’Abrams, si elle irrite les Trekkies inconditionnels, semblera donc logique dans le contexte actuel : transformer une franchise jugée poussiéreuse par le grand public (les résultats commerciaux décevant de NEMESIS et INSURRECTION en attestent) en un space opéra nerveux susceptible de plaire à un public plus jeune. Bref, rendre accessible et moderne un univers considéré (à tort) comme ennuyeux afin de rivaliser avec la popularité « grand public » d’un STAR WARS. D’où, d’ailleurs, un rajeunissement drastique de l’équipage qui permet, enfin, de retrouver le Kirk bondissant et dragueur invétéré que les spectateurs américains ont pu découvrir voici un demi-siècle.

Les protagonistes apparaissent par conséquents plus impulsifs, plus émotifs, moins engoncés dans leurs certitudes et liés par leur devoir. Ils sont aussi plus sexy et plus terre-à-terre si on ose l’expression : Kirk se retrouve au lit avec deux félines humanoïdes, Spock est amoureux, pleure ou tabasse un ennemi, Bones s’enivre dans un bar,…Chacun perd de sa réserve pour se conformer davantage aux attentes du public actuel.

La réalisation, au diapason, est bien plus nerveuse et le montage se fait rapide, l’important étant de ne jamais laisser au spectateur le temps de s’ennuyer. Les morceaux de bravoure s’enchainent ainsi avec bonheur, servis par des effets spéciaux décoiffants : poursuite sur une planète hostile, sauvetage au cœur d’un volcan, attentat terroriste, attaque de Starfleet, assaut contre les Klingons, poursuite en hyper-espace, bond dans le vide…Ca bouge, ça file, ça explose sans laisser le temps de souffler ! Dès l’entame et jusqu’au climax, Abrams donne dans l’action et, visuellement, assure au film une belle réussite même si les allergiques aux lens-flares chers aux cinéastes risqueront, une fois de plus, l’indigestion de halos lumineux au bout de dix minutes. De leur côté, les comédiens, plus à l’aise que dans l’épisode précédent, réinvestissent leur rôle, quitte à provoquer, une fois encore, l’ire des intégristes qui s’étonneront sans doute des réactions très émotives de Spock…

Pour apprécier STAR TREK INTO DARKNESS il faut donc, en préambule indispensable, admettre qu’il s’agit de la vision d’Abrams sur l’univers « Trek ». Avec plus ou moins de bonheur. Benedict Cumberbatch, par exemple, ressuscite un personnage emblématique de la franchise en lui apportant davantage de nuances : il brouille adroitement les frontières entre le Bien et le Mal et devient un être « gris » aux intéressantes ambiguïtés morales. Dommage que tous les protagonistes secondaires ne puissent bénéficier de semblables développements mais cette option permet, en tout cas, de garder un rythme prenant qui alterne, de manière certes mécanique mais surtout efficace, scène d’action et passages dialogués non dénués d’une touche humoristique.

Bien sûr, STAR TREK INTO DARKNESS n’est pas sans défaut : son scénario, par exemple, est – si on y réfléchit plus de cinq secondes – truffé d’invraisemblances énormes, de coïncidences incroyables et de deux ex machinas sortis de nulle part pour colmater les brèches du récit. Mais est-ce tellement important devant le plaisir ressenti à ce grand space opéra qui retourne pratiquement aux sources du genre (les sagas à la Edmond Hamilton par exemple) où une poignée de héros sûrs de leur courage sauvaient le monde avec un tournevis et un pisto-laser ? Nous sommes, après tout, dans le merveilleux et le « sense of wonder » et il importe surtout de se laisser emporter par le souffle épique d’un long-métrage enthousiasmant. Quelques clins d’œil aux fans de la première heure devraient d’ailleurs satisfaire ceux-ci, de l’apparition surprise d’un personnage bien connu à la musique originelle qui résonne durant le générique de fin, après le discours bien connu de Kirk (« these are the voyages… ») et une réplique référentielle. Seule la réplique à l’identique (mais inversée !) de la scène finale de STAR TREK 2 parait quelque peu appuyée et forcée, tout comme la solution miracle (attendue) utilisée pour sauver un des héros. Mais ce ne sont, encore une fois, que des broutilles, de menus bémols qui ne pèseront pas lourds devant la profusion de réussites.

Visuellement grandiose, généreux, bourré d’action, STAR TREK INTO DARKNESS constitue le divertissement science-fictionnel idéal et, à moins d’être complètement réfractaire à ce genre de films, il est impossible de s’y ennuyer tant Abram maintient un rythme constant et accumule les séquences explosives pétaradantes.

Du pur spectacle pop-corn pour petits et grands et la perspective de rendre (enfin !) la saga accessible au plus grand nombre et réellement populaire! Vivement la suit puisque l’Enterprise est prêt pour sa mémorable mission de cinq ans, là où nul n’a été auparavant. « Où allons-nous, capitaine ? ». « Droit devant » !

Fred Pizzoferrato - Juin 2013