STAR TREK V: L'ULTIME FRONTIERE
Titre: Star Trek V: The Final Frontier
Réalisateur: William Shatner
Interprètes: William Shatner

 

Leonard Nimoy
DeForest Kelley
James Doohan
George Takei
Walter Koenig
Nichelle Nichols
Année: 1989
Genre: Science-fiction
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Après les pitreries écologico-humoristiques de l’épisode précédent, ce cinquième volet revient à un ton plus sérieux. Réalisé par William « Kirk » Shatner, STAR TREK 5 marque également un retour à l’esprit plus cérébral du premier long-métrage et délaisse, en partie, l’aspect aventure des suivants. Les questionnements philosophiques et les interrogations métaphysiques sur la place de l’Homme au sein d’un vaste univers sont donc replacés au premier plan au détriment des combats spatiaux. Une bonne initiative, du moins sur le papier car le résultat, à l’écran, s’avère une terrible déception.

Alors que l’Enterprise reconstruit est toujours en rodage, un appel de Starfleet lui demande de partir vers Nimbus III, dans la zone neutre. Kirk, Spock et Bones interrompent leurs vacances pour rassembler un équipage réduit et se rendre sur Nimbus III. Un Vulcain fanatique, Sybok, et sa « secte » ont, en effet, enlevé des membres de la Fédération, et des ambassadeurs Klingon et Romulien. Sur place, l’équipage de l’entreprise est fait prisonnier par Sybok, qui se révèle le demi-frère de Spock. Le Vulcain désire, en réalité, s’emparer d’un vaisseau pour se rendre sur la mythique planète Sha Ka Ree, berceau théologique de la galaxie, supposée se trouver derrière la Grande Barrière, l’ultime frontière d’où nul n’est jamais revenu. Sybok qui a localisé la planète décide pourtant de s’y rendre afin d’y rencontre…Dieu.

STAR TREK RETOUR SUR TERRE marquait la conclusion d’un long arc narratif débuté avec STAR TREK 2 : LA COLERE DE KHAN qui voyait l’univers familier de « Star Trek » être détruit puis reconstruit. Après la mort et la résurrection de Spock, le retour de Kirk au poste de capitaine et le lancement d’un nouvel Enterprise, la saga retournait à ses fondamentaux et, loin de la série télévisée innovante des sixties, devenait un simple prétexte à des retrouvailles nostalgiques entre « bons camarades », chacun des protagonistes ayant droit à « sa » scène ou « sa » réplique destinée aux fans.

Si la décision de privilégier une intrigue plus cérébrale paraissait prometteuse, STAR TREK 5 n’a, hélas, pas concrétisé les espoirs et s’impose malheureusement comme le pire avatar cinématographique de la saga.

A cette époque, William Shatner tente pourtant de diversifier ses activités puisqu’il s’essaie à la chanson (sans le moindre succès), écrit de peu renommé romans cyberpunk (la saga « Tekwar »), publie ses « Memoirs » et tente de développer sa carrière de comédien en dehors des produits estampillés « Star Trek ». Il s’essaie aussi à la mise en scène (après s’être rodé avec quelques épisodes de la série télé « Hooker »). Confortablement assis dans le fauteuil de réalisateur, Shatner veut retrouver l’esprit de sympathie développé par son collègue Leonard Nimoy dans les deux précédents épisodes mais n’y parvient jamais réellement. La très longue séquence de camping au cours de laquelle il entonne joyeusement « Row row your boat » en compagnie de Nimoy et DeForest Kelley s’avère, par exemple, embarrassante tant l’acteur / cinéaste surligne à gros traits le moindre effet et la moindre réplique voulue humoristique.

Mais d’autres moments sont encore plus critiquables, en particulier la danse, supposée sensuelle, d’une Nichelle Nichols dénudée et quasiment sexagénaire censée distraire une horde de bandits. A peine plus acceptable est la relégation de Scotty à un rôle de clown guère éloigné du Watson incarné par Nigel Bruce dans les « Sherlock Holmes » des années ’40. Le pauvre James Doohan, âgé de 69 ans, y joue les papys débrouillards et débonnaires et s’exclame « je connais le moindre recoin de ce vaisseau » avant de se cogner la tête contre une poutre et de s’assommer. Gag.

Toutefois, quelques passages réussis subsistent et le film s’ouvre par exemple sur une efficace scène située en plein désert dans laquelle on remarque Michael Berryman. Les grandes lignes du scénario sont, elles aussi, intéressantes, avec quelques considérations philosophiques appréciables. Malheureusement, le développement ne suit pas : Lawrence Luckinbill ne parvient jamais à se montrer crédible dans son rôle de leader charismatique, pour ne pas dire messianique, et ses relations avec son demi-frère, Spock, sont insuffisamment creusées pour retenir l’attention.

STAR TREK 5 garde néanmoins un niveau correct jusque son dernier tiers, terriblement décevant, qui amène l’Enterprise à la rencontre de Dieu. Bien sûr, il s’agit simplement d’une créature extraterrestre mais celle-ci ne démontre jamais l’étendue de sa puissance ou de son omniscience. Pire, comparé à une précédente entité de ce type, le fameux V’Ger du premier film, ce « piètre Dieu » (comme aurait dit Hulk dans THE AVENGERS) dénué de nom ou de personnalité n’a aucune épaisseur et se voit défait avec une facilité déconcertante par l’héroïque capitaine Kirk. Les effets spéciaux peu convaincants n’aident pas, eux non plus, à la crédibilité de ce climax raté. La fragile construction, patiemment élaborée, s’écroule donc durant cette dernière demi-heure plus ridicule que passionnante, terminant STAR TREK 5 sur une note largement négative.

Un film très moyen à destination des seuls trekkies fanatiques…qui risquent, par ailleurs, d’en ressortir déçus et dépités. Dommage.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2014