STAR TREK VI: TERRE INCONNUE
Titre: Star Trek VI: The Undiscovered Country
Réalisateur: Nicholas Meyer
Interprètes: William Shatner

 

Leonard Nimoy
DeForest Kelley
James Doohan
George Takei
Walter Koenig
Nichelle Nichols
Année: 1991
Genre: Science-fiction
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Après le fiasco du cinquième volet, la franchise cinématographique « Star Trek » semblait en difficulté, d’autant que les principaux protagonistes accusaient franchement le poids des ans. Décidés à laisser la « nouvelle génération » aux commandes de l’Enterprise, les producteurs proposent néanmoins aux acteurs originaux un ultime tour de piste spatial.

Nicholas Meyer, responsable du meilleur épisode de la série (STAR TREK 2 : LA COLERE DE KHAN) rempile dans le fauteuil de metteur en scène et réussit l’exploit de faire oublier les deux précédents volets pour retrouver le ton juste dont il avait témoigné sur l’épisode 2, à savoir un excellent mélange de spectaculaire et d’intimisme qui ne néglige ni l’innovation ni la nostalgie.

L’Empire Klingon est au bord de l’implosion après avoir dilapidé un énorme budget dans leur vaine stratégie de domination militaire de la galaxie. La seule solution pour les Klingons, menacés d’extinction, consiste à rejoindre la Fédération. Une mission de paix s’organise, menée par le Capitaine Kirk et son équipage, à quelques mois à peine de la retraite. Cependant, si la première rencontre entre Kirk et l’ambassadeur Gorkon est délicate, les pourparlers semblent en bonne voie. Malheureusement, le vaisseau Klingon est abattu par une torpille, apparemment lancée depuis l’Enterprise. Gorkon décède dans l’attaque qui s’en suit, en dépit des efforts désespérés de Kirk et McCoy pour le sauver. Les deux hommes sont emmenés par les Klingons et condamnés, après un procès peu équitable, aux travaux forcés sur la planète glaciale Rua Penthe…Persuadé qu’un traitre a commis le crime, Spock enquête pendant ce temps à bord de l’Enterprise, dont il a pris les commandes, et met le cap vers la conférence de la paix à laquelle doit participer la représentante Klingon.

Poursuivant l’option débutée par STAR TREK 2: LA COLERE DE KHAN mais ensuite volontairement mise de côté par Leonard Nimoy et William Shatner (qui dirigèrent les trois épisodes suivants), STAR TREK VI : TERRE INCONNUE accepte à présent l’inévitable vieillissement de l’équipage de l’Enterprise. Si les personnages se trouvaient, à l’époque du deuxième film, dans une sorte de « midlife crisis », ils se situent, à présent, dix ans plus tard, à trois mois de leur retraite effective.

Ayant en réalité entre 60 et 70 ans, les comédiens s’embarquent pour un ultime voyage placé, bien sûr, sous le signe de la nostalgie (comme en témoigne le générique final où chacun a le droit de poser sa signature) mais cependant énergique et plaisant. Après le message écologique lourdement asséné de STAR TREK IV, ce sixième volet aborde par la bande, et de manière plus subtile, la problématique de la dilapidation d’énormes sommes d’argent pour les seuls budgets militaires. Bien sûr, l’angle politique sous-jacent parait évident tant l’Empire Klingon apparait comme un substitut science-fictionnel et imaginaire d’une URSS alors en plein démantèlement. Toutefois, le long-métrage reste relativement « léger » et ne sombre pas dans l’allégorie sociopolitique même si le message demeure « oublions le passé et nos différences pour construire ensemble un avenir meilleur ».

L’intrigue, pour sa part, s’avère intéressante et menée sur un rythme alerte en dépit de l’âge canonique des principaux protagonistes. L’idée d’un « crime impossible » commis par les membres de l’Enterprise à l’égard des Klingons transforme STAR TREK VI : TERRE INCONNUE en un récit quasiment policier qui s’apparente à un « whodunit » à l’ancienne. L’humour et le suspense fonctionnent dès lors avec une belle efficacité même si le cinéaste n’en oublie pas pour autant quelques passages plus spectaculaires dont une évasion menée par une étrange métamorphe.

Les nombreuses citations de Shakespeare (« il est meilleur dans la version klingon » souligne un des invités de Kirk) confèrent au long-métrage une portée littéraire qui le rapproche, par conséquent, d’une science-fiction plus littéraire et réfléchie, loin du comique lourdingue de STAR TREK IV ou de la pseudo métaphysique de STAR TREK V. L’humour reste néanmoins présent mais se voit utilisé avec davantage de parcimonie et d’efficacité que dans les deux films précités. Un bon équilibre.

Avec STAR TREK VI : TERRE INCONNUE les acteurs originaux quittent une saga qui leur a apporté la gloire depuis près d’un quart de siècle. Un départ en fanfare pour un film de haute volée, pratiquement du niveau de l’excellent STAR TREK 2 : LA COLERE DE KHAN, et un adieu respectueux et émouvant à tous ces personnages qui firent rêver les amateurs de science-fiction depuis les sixties.

Toutefois, la saga continua encore et encore à explorer cette ultime frontière, l’espace infini où brillent les étoiles et où nul homme n’a encore été…Pour le plus grand plaisir des fans.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2014