STOIC
Titre: Stoic
Réalisateur: Uwe Boll
Interprètes: Edward Furlong

 

Sam Levinson
Steffen Mennekes
Shaun Sipos
 
 
 
Année: 2009
Genre: Thriller / Horreur / Drame / Tortures
Pays: Canada
Editeur  
Critique:

Uwe Boll, né en 1965 en Allemagne, aurait pu rester un cinéaste de série B parmi tant d’autres dont les métrages n’auraient pas suscités davantage de passion que ceux de, par exemple, David DeCoteau, Albert Pyun ou Fred Olen Ray. Le bonhomme a d’abord commencé sa carrière par quelques films allemands et s’est fait ensuite remarqué avec le drame HEART OF AMERICA.

Début des années 2000, Boll commence à ressembler des castings hétéroclites, constitué (déjà !) de has-been hollywoodiens pour de petites productions comme SANCTIMONY ou BLACKWOODS. A cette époque, Boll est toujours inconnu de l’humanité qui se fiche complètement de ses films, lesquels échouent directement sur les étagères de vidéoclubs où ils prennent gentiment la poussière.

Mais, au début des années 2000, le cinéaste scelle son destin en se lançant, de manière purement commerciale et opportuniste (de son propre aveu, sans doute teinté de provocation) dans l’adaptation de jeux vidéo. HOUSE OF THE DEAD, ALONE IN THE DARK et BLOODRAYNE sortiront dans un court intervalle en utilisant une formule identique : des « stars » sur le déclin, un scénario simpliste, des idées débiles à foison et une bonne dose de gore. Objectivement, les trois métrages sont simplement de petites séries Z à voir au second degré mais les fans des franchises vidéo-ludiques, suivis par de nombreux Trolls du Net, vont hurler leur rage à l’encontre de l’homme responsable, selon eux, de la ruine de leurs rêves de « gamers » adolescents.

Dès le milieu des années 2000, une authentique cabale est lancée à l’encontre de Boll : ses films sont systématiquement descendus avant leur sorties et des hordes de Trolls hystériques s’amusent à diminuer leur note sur l’Internet Movie Database afin de les inclure dans le « bottom 100 ». Les abrutis présidant aux Razzie Awards (les mêmes qui ont nominé Kubrick, Verhoeven ou DePalma dans la catégorie « pire réalisateur » !) se trouvent une nouvelle tête de turc et couronnent finalement Boll « pire réalisateur de tous les temps ».

Une pétition circule même sur Internet pour l’inviter à arrêter le cinéma : elle recueille 300 000 signatures, à quoi Boll répond qu’il stoppera la mise en scène à un million. Dans un souci de provocation le trublion défié sur le ring ses plus ardents critiques, lesquels ignorant l’ancienne carrière de boxeur du cinéaste allemand, prennent une sacré raclée. « je leur ferais aimer mes films à coups de poings dans la gueule » annonce le cinéaste toujours prompt au bon moment provocateur. Bref, un phénomène ayant largement dépassé le simple cadre des amateurs du cinéma de série B. Certes, la filmographie de Boll n’insiste pas à défendre le réalisateur à tout crin, d’autant qu’il a parfois tendu le bâton pour se faire battre via le lamentable IN THE NAME OF THE KING ou le très Z (quoique fun dans le genre plaisir coupable) BLOODRAYNE 2.

Mais, ses dernières années, Boll a voulu changer de registre et a accouché d’une comédie d’une rare méchanceté et d’une vulgarité assumée (POSTAL) avant de plonger dans le gore poisseux via SEED. Quoiqu’il soit incontestablement sur le bon chemin, Boll continue pourtant d’être haï par la majorité de la population cinéphilique, lesquels descendront sans doute STOIC sans même se donner la peine d’aller le voir. Regrettable tant ce petit film quasiment dénué de budget se révèle une expérience surprenante et viscérale.

L’intrigue, inspirée d’un fait divers authentique, est d’une grande simplicité : dans une cellule de prison quatre personnes jouent au poker. L’un d’eux suggère que le perdant de la prochaine partie mange un tube de dentifrice en guise de gage. Malheureusement il perd et, ensuite, refuse de s’exécuter. Cet événement insignifiant va déclencher une véritable escalade de violences allant jusqu’au viol, à la torture et au meurtre. Tourné en quelques jours dans un décor unique (une pièce dénudée!) avec quatre acteurs, STOIC alterne les séquences dans la prison et les réflexions à postériori des trois survivants, filmés en plans fixes et racontant aux spectateurs leur version des faits. STOIC n’a d’ailleurs pas de vrai scénario : Boll a donné à ses interprètes un synopsis, basé sur des événements survenus en 2006 dans une prison allemande, sur lequel ils ont brodé et improvisé. Etonnamment, Boll garde pourtant la maîtrise de son sujet et se montre compétent et professionnel, loin du je m’en foutisme satisfait de HOUSE OF THE DEAD ou IN THE NAME OF THE KING.

Le résultat ? Une suite non stop d’humiliations, de vomissements, de sadisme, de tortures sexuelles, de viols et de barbaries ! Difficile en apparence de maintenir l’intérêt avec une trame aussi mince, d’autant que la construction en flashbacks brise le suspense mais, incroyablement, Boll relève le défi. Il livre ainsi un métrage choquant et barbare, servi par l’interprétation très brute et naturelle de ses acteurs. Edward Furlong retrouve enfin un rôle à la mesure de son talent après des années d’égarement et les trois autres, inconnus, sont tout aussi convaincants. Ceux-ci mènent complètement le film en passant de la fureur à l’ahurissement devant la spirale de violences déclenchées. Le cinéaste quitte pourtant régulièrement la cellule pour filmer les entretiens des trois bourreaux, brisant l’atmosphère claustrophobe et poisseuse tout en accentuant la portée dramatique de son récit. Les séquences de confessions à posteriori, quoique répétitives (et grandement improvisées !) sonnent donc authentiques et effrayantes, les trois détenus allant du déni à l’acceptation de leurs actes jusqu’à déclarer finalement, en substance, que leur victime l’avait de toutes manières bien cherché.

Le générique final nous apprend la véritable raison de la présence en cellule des quatre détenus, lesquels sont loin d’être les grands criminels sadiques auxquels on s’attendait mais de simples petites frappes transformées en monstres barbares par les circonstances et la pression du groupe.

Pesant, glauque, souvent à la limite du soutenable, extrêmement intense, STOIC s’impose comme un gros coup de poing qui atteint le spectateur aussi fort que les directs de son ancien boxeur de réalisateur ! Une expérience extrême tellement déplaisante qu’on est certain de ne pas l’oublier…mais qu’on ne voudra sans doute pas revivre de sitôt !

Présenté au BIFFF - Festival International du Film Fantastique de Bruxelles - en avril 2009

Fred Pizzoferrato - Mai 2009