STORM WARNING
Titre: Storm Warning
Réalisateur: Jamie Blanks
Interprètes: Nadia Farès

 

Robert Taylor
David Lyons
Mathew Wilkinson
John Brumpton
 
 
Année: 2007
Genre: Horreur / Survival / Rape and Revenge
Pays: Australie
Editeur  
Critique:

Réalisateur du plutôt réussi URBAN LEGEND puis du beaucoup moins intéressant MORTELLE WAINT VALENTIN en 2001, Jamie Blanks revient après une absence relativement longue (6 ans) avec ce troisième long-métrage, toujours dans le domaine de l’horreur bien évidemment. Si ses deux premières œuvres se situaient dans l’esprit du slasher, ce STORM WARNING, pour sa part, doit davantage au survival, mâtiné d’un côté torture porn assez prononcé et d'une pincée de "rape and revenge" . Bref, le cinéaste suit les modes plutôt que de creuser son propre sillon mais offre toutefois un film plutôt plaisant dans la limite de ses (modestes) ambitions.

L’originalité de STORM WARNING ne saute évidemment pas aux yeux du spectateur et beaucoup n’y verront qu’un succédané peu inspiré de toute une vague récente de petits budgets dont l’unique intérêt réside dans un étalage de cruautés des plus complaisants. Toutefois, Jamie Blanks tire son épingle du jeu en proposant l’une ou l’autre idée bien extrêmes que n’auraient pas reniés les pires (ou les meilleurs, selon les sensibilités) films d’exploitation italien des années 70 ou 80.

L’intrigue, très conventionnelle, nous invite à suivre un couple de jeunes gens fortunés et beaux, composé d’une artiste révoltée et d’un avocat, lequel vient de libérer un violeur faute de preuves suffisantes. Partis se balader en bateau, les deux trentenaires s’égarent à la suite d’une tempête et trouvent refuge dans une maison isolée en apparence déserte. Mais les habitants reviennent et développent rapidement une attitude de plus en plus menaçante, passant des quolibets à la menace puis à l’humiliation et enfin à l’agression. Très vite nos deux infortunés comprennent que s’ils ne veulent pas finir violés, torturés et assassinés, ils vont devoir rendre coup pour coup.

STORM WARNING propose, on le voit, un scénario sans grande surprise qui a néanmoins le mérite de ne pas perdre trop de temps à se mettre en place, un défaut fréquent dans le cinéma horrifique actuel. Jamie Blanks choisit, pour sa part, de ramasser son film sur une durée restreinte (à peine plus de 75 minutes) qui l’oblige à aller droit à l’essentiel. Après une présentation succincte de nos héros, le cinéaste les plonge directement dans la gueule du loup et lève rapidement le doute quant aux intentions des affreux bouseux. A partir de là, la course à la survie se déclenche et les réflexes les plus primitifs remontent à la surface, la seule solution pour notre couple en apparence policé et civilisé étant de prendre les méchants à leur propre piège en se montrant plus vicieux encore.

Nadia Farès (vue dans L’EX FEMME DE MA VIE ou LES RIVIERES POURPRES) incarne donc une Française énergique bien décidée à ne pas se laisser violer sans réagir. D’où une séquence assez extrême, inspirée par le rape and revenge (et déjà vue jadis dans un Women In Prison de Bruno Mattei), au cours de laquelle la belle introduit dans son vagin un tuyau métallique garni d’échardes pointant vers l’intérieur. Une surprise particulièrement brutale que va expérimenter douloureusement un des affreux lors de l’inévitable scène de viol. Un passage gore à souhait qui se prolonge par l’extraction des bouts de métal plantés dans la virilité déchiqueté du pervers avant que son chien, rendu fou par l’odeur du sang, ne vienne lui dévorer l’entre jambe. La grande classe et une scène définitivement marquante qui épice avec bonheur un plat déjà relevé au niveau de la violence.

Dans le rôle du mari, Robert Taylor, plus habitué aux séries télé, adopte pour sa part un rôle en retrait et parait abattu une bonne partie du temps de projection même si sa femme réussit finalement à le convaincre que leur seule chance réside dans la lutte. D’où un final rentre dedans assez réjouissant et gratiné.

Jamie Blanks déroule un métrage sans grande surprise inspiré de nombreux titres antérieurs (en particulier MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, LA COLLINE A DES YEUX, DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE ou encore LES CHIENS DE PAILLE et DELIVRANCE et même les plus récents HOSTEL et WOLF CREEK) mais sauvé par une poignée de séquences rageuses. Les meurtres, rares vu le nombre restreint de protagonistes, sont cependant particulièrement soignés et inventifs, permettant à Blanks de démontrer son savoir faire visuel. La photographie, elle, est plutôt jolie et le début du film confère à la nature un sentiment menaçant qui joue adroitement sur l’isolement des deux protagonistes principaux, perdus dans des contrées reculées et sauvages.

Le reproche principal que l’on pourrait adresser à STORM WARNING concerne donc sa prévisibilité et son manque total d’originalité ou d’innovation. Surprenant de la part du scénariste vétéran Everett de Roche, lequel signa jadis une poignée de classiques du cinéma fantastique comme PATRICK, LONG WEEK END, HARLEQUIN, LINK ou RAZORBACK. Ici, le bonhomme louche visiblement sur la copie de ses glorieux prédécesseurs et assure simplement le service minimum, dans l’intention manifeste de surfer sur la vague du survival / torture porn.

En dépit de son classicisme, STORM WARNING se laisse toutefois regarder sans déplaisir et se situe même un peu au-dessus de la moyenne des (trop) nombreux films récents ayant exploités des idées similaires. Avec ses meurtres barbares et son rythme soutenu, STORM WARNING surmonte en partie les maladresses de son script et son manque manifeste d’originalité pour aboutir à un divertissement sanglant relativement agréable.

Vite oubliable mais tout à fait regardable pour les amateurs d’auto-justice expéditive.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2010