STORY OF JOANNA
Titre: Story Of Joanna
Réalisateur: Gerard Damiano
Interprètes: Jamie Gillis

 

Terri Hall
Zebedy Colt
Juliet Graham
 
 
 
Année: 1975
Genre: Erotique / Porno / Culte
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Jason, un riche aristocrate décadent se meurt d'un cancer incurable. Il conclut un pacte avec Joanna, une jeune femme qu'il a séduite. Durant quatre jours elle lui appartiendra complètement et se soumettra à ses moindres désirs. Ensuite…

STORY OF JOANNA est considéré comme le plus beau des pornos. Encore une fois il faudrait davantage parler ici d'érotisme explicite tant le résultat s'éloigne radicalement de la médiocrité dans laquelle se complait le genre depuis la suprématie des tournages vidéo. Gérard Damiano est sans doute un des rares véritables auteurs et cinéastes du hard et chacun de ses films constitue une belle réussite. Mais celui-ci est souvent présenté comme son chef d'œuvre absolu.

La qualité de l'interprétation y est pour beaucoup: Jamie Gillis y est impeccable et totalement convaincant, de même que Terri Hall, jeune femme innocente à la recherche d'un amour éternel ("Ne peut on espérer l'amour?" demande t'elle. "Non. Si tu attends de moi que je t'aime en retour tu me fais perdre mon temps" répond Jason) Le cinéaste adapte en fait le classique Histoire d'O attribué à Pauline Reague sans en payer les droits mais en s'inspirant de la trame générale et, surtout, en capturant la substance de l'œuvre littéraire. Une manière intellectuelle de travailler pas si étonnante de la part d'un type qui a quand même transformé un essai de Sartre en classique du X avec L'ENFER POUR MISS JONES.

L'histoire se déroule au début du vingtième siècle, dans des décors luxueux et décadents et l'ensemble ressemble à un ce qu'un porno devrait être: un film, un vrai. Avec des mouvements de caméra étudié, une science consommée du montage, des dialogues qui n'hésitent pas à verser dans la philosophie sans sombrer dans le ridicule ("dommage qu'elle doive mourir au sommet de sa beauté" déclare un Jason que l'on ignore encore condamné en froissant une rose), une véritable intrigue et une progression terminée par une révélation cruelle et ironique avant une fin abrupte et inoubliable. Damiano, en somme, réalise ici une superbe histoire d'amour fou, un vrai mélodrame flamboyant et baroque ponctué de scènes splendides. Et de passages pornographiques. Lesquels sont d'ailleurs peu portés sur les gros plan et autres détails "gynécologiques" et crus, actuellement en vogue, pour favoriser l'érotisme d'une caméra fluide caressant amoureusement les corps enlacés.

Un critique a jadis écrit, très justement, "ce film est tellement riche qu'il aurait pu se passer de tout éléments coquins". C'est vrai. Mais il a aussi ajouté "STORY OF JOANNA est à ce point érotique que Damiano aurait put se passer de tout scénario". Ce qui est tout aussi vrai. Entre mélo, drame érotique et film X pur et dure, le cinéaste a choisi la voie la plus casse-gueule: réussir un grand classique érotique et émouvant qui n'a pas à rougir devant bien des films dits "conventionnels".

Bercées par une musique classique et une nouvelle partition qui s'inspire d'œuvres connues, les scènes sexy vont de la tendresse à la brutalité. Mais ne sombrent jamais dans la vulgarité. Belles, perverses, variées (flagellations, fellation homosexuelle - incroyable dans un X non gay - duo lesbien, etc.), elles sont érotiques à souhaits. Mais le grand exploit du cinéaste est de garder l'attention du spectateur autant, sinon plus, lors des passages purement dramatiques. Ou lors de moments étranges et envoûtants comme la danse acrobatique, les envolées majestueuses de l'Adagio d'Albinoni ou les rêveries érotiques bizarrement sensuelle de la belle et plus si innocente Joanna.

STORY OF JOANNA témoigne d'une époque révolue (même REVES DE CUIR de Francis Leroi, bel exemple de cinéma érotique hard, ne se hisse pas à un tel niveau d'excellence) que le X ne pourra sans doute jamais retrouvé, noyé dans la médiocrité des produits vidéos expédiés en une après-midi. Heureusement, il nous reste ce métrage (et une petite poignée d'autres porno chic) pour prouver que qualités, sensualité, langage cinématographique travaillé, drame, érotisme et pornographie explicite ont, un jour lointain, cohabités harmonieusement.

Fred Pizzoferrato - Mars 2007