STRIKE COMMANDO - SECTION D'ASSAUT
Titre: Strike Commando
Réalisateur: Bruno Mattei
Interprètes: Reb Brown

 

Christopher Connelly
Louise Kamsteeg
Luciano Pigozzi
Alex Vitale
Karen Lopez
Jim Gaines
Année: 1987
Genre: Guerre / Action / Rambo Rip-of
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Sous son pseudonyme habituel de Vincent Dawn, le redoutable Bruno Mattei propose ici la copie la plus éhontée et crétine de RAMBO 2 jamais enregistrée sur pellicule, un sommet de stupidité qui renvoie le pourtant gratiné PORTE DISPARUS 3 au rang de chef d’œuvre du septième art.

Durant la guerre du Vietnam, un village est soumis à la tyrannie des Vietcongs (« qui tuent les hommes et violent les femmes ») avant que les Russes (« Les Russes ? Mais vous racontez n’importe quoi ») ne débarquent et fassent régner la terreur encore davantage, mené par un homme surnommé « l’incarnation vivante de Lucifer ». Heureusement, le Sergent Ransom « du commando d’élite » (« Où est le commando ? » demande un gradé, à quoi Ransom répond pertinemment « De là où il est le commando demande vengeance !») décide de prendre en main la situation et conduit les villageois en sécurité.

Mais le fourbe colonel américain Radek (joué par un Christopher Connely en perdition) prend mal les initiatives de Ransom et refuse de croire en l’engagement des Russes dans le conflit. Le colonel renvoie alors Ransom, véritable bête de guerre, au combat et ce sans le moindre appui (« vous n’aurez rien, ni hommes ni armes ni hélicoptères, vous ferez juste des photos et souvenez vous, je ne vous viendrais pas en aide »). Pendant ce temps, le supérieur de Ransom, le major Harriman (joué par le baroudeur du nanar Mike Monty), attend l’inévitable carnage.

Réalisé avec toute la finesse coutumière de Bruno Mattei, STRIKE COMMANDO illustre parfaitement le sens de la démesure inhérent au cinéaste, toujours prêt à aller plus loin dans la connerie à condition que le spectacle demeure divertissant. Et, tout débile qu’il soit (et il l’est incroyablement !) STRIKE COMMANDO s’avère amusant par son incroyable outrance. Effectuant une démentielle imitation de Stallone mâtiné de Chuck Norris, le balourd Reb Brown grimace, hurle, éructe comme un possédé et court vers la caméra au ralenti en mitraillant le vide. Ses dialogues, magnifiés par un doublage français indescriptible, se limitent à des beuglements bestiaux entrecoupés de tirades virulentes style « saloperie de putain de Vietcongs de merde je vous crèverais tous ».

Car STRIKE COMMANDO ne serait pas aussi jouissif sans ses atterrants dialogues, évidemment assénés avec un sérieux papal par des acteurs complètement à la ramasse venus honteusement cachetonner. L’ancien footballeur américain Reb Brown, abonné aux nanars irrécupérables (les deux téléfilms CAPTAIN AMERICA des années ’70, HURLEMENTS 2, ROBOWAR) recule ainsi les limites du supportable et cabotine de manière hallucinante.

La grande séquence d’émotion, lorsque la bête de guerre découvre le village vietnamien dévasté, se révèle par exemple un sommet de médiocrité et de comique involontaire. Hors des scènes larmoyantes, Brown crispe les mâchoires, vide des chargeurs de mitrailleuse et hurle sa haine des communistes. Un numéro délirant, à diffuser dans tous les cours d’art dramatique pour expliquer aux apprentis acteurs tout ce qu’il ne faut pas faire !

 

Car STRIKE COMMANDO ne serait pas aussi jouissif sans ses atterrants dialogues, évidemment assénés avec un sérieux papal par des acteurs complètement à la ramasse venus honteusement cachetonner. L’ancien footballeur américain Reb Brown, abonné aux nanars irrécupérables (les deux téléfilms CAPTAIN AMERICA des années ’70, HURLEMENTS 2, ROBOWAR) recule ainsi les limites du supportable et cabotine de manière hallucinante. La grande séquence d’émotion, lorsque la bête de guerre découvre le village vietnamien dévasté, se révèle par exemple un sommet de médiocrité et de comique involontaire. Hors des scènes larmoyantes, Brown crispe les mâchoires, vide des chargeurs de mitrailleuse et hurle sa haine des communistes. Un numéro délirant, à diffuser dans tous les cours d’art dramatique pour expliquer aux apprentis acteurs tout ce qu’il ne faut pas faire !

Dans le rôle du supérieur du héros, l’acteur Christopher Connelly parait bien plus terne et presque sobre. Vu dans de nombreuses séries télévisées, Connelly, reconverti durant les années ’80 dans le bis italien (LES PREDATEURS DU FUTUR, LES GUERRIERS DU BRONX), terminait de bien triste manière sa carrière, l’acteur étant décédé peu après des suites d’un cancer à seulement 47 ans. Il faudrait citer toutes les répliques de STRIKE COMMANDO pour rendre justice à la verve lyrique des dialoguistes et l’enthousiasme des doubleurs en roue libre. Nous nous contenterons d’une poignée d’exemples marquant pour ne pas déflorer le plaisir des futurs spectateurs de ce monument du septième art.

« Le Père François m’a parlé d’un endroit où vivent Mickey et Donald Duck » « C’est vrai… c’est Disneyland, un endroit où les friandises poussent sur les arbres ».

« Ici il y a un Vietcong sous chaque feuille d’arbres ».

« Vous venez d’Amérique et tous ceux qui viennent de là bas représentent la liberté.

« C’est votre ennemi mais il est prisonnier, pourquoi voulez vous que je tue un homme désarmé ? » « Parce que la chienlit doit être détruite »

« Comment on dit au revoir en russe ? Auf wiedersehen? »

« Oh mon Dieu, ils sont tous crevés » « Ce sont les risques du métier, on n’oubliera pas ces hommes, c’était des héros»


Soutenu par une musique type « mélodie préprogrammé sur Casio et boite à rythme style lapin Duracell », le denier tiers de STRIKE COMMANDO donne dans l’action non stop avec mitraillage de méchants communistes et destructions massives, sans oublier l’inévitable twist prévisible depuis une heure.

Incapable de terminer son film ou emporté par son enthousiasme, Mattei prolonge d’ailleurs le plaisir au-delà de la fin du conflit et envoie son héros supprimer le grand méchant réfugié aux Philippines. « Ca n’est pas fini », déclare d’ailleurs Ransom, « il reste une ordure à éliminer et ensuite je pourrais viiiiiivreeeee ».

Lors du climax, le baroudeur implacable enfonce une grenade dans la bouche du méchant Russe, lequel ne parvient pas à la retirer (!) et explose joyeusement dans de grandes éclaboussures écarlates.

 

Reb Brown s’éloigne alors vers le couchant, comme un cow boy ayant perdu son cheval, et déclame un incompréhensible discours dans lequel il affirme que « toute ressemblance serait fortuite et pourtant ça me rappelle quelqu’un ». Facétie des doubleurs, tentative de second degré (en référence, bien sûr, à RAMBO 2) ou pur n’importe quoi, la question reste posée mais ne diminue en rien la grandeur de ce chef d’oeuvre du Z assumé.

Hélas, tout n’est pas parfait dans STRIKE COMMANDO et au niveau de la figuration, par exemple, c’est la misère. Les Vietnamiens, le visage passé au blanc de clown (!) se la jouent APOCALYPSE NOW mais ressemblent davantage à des échappés d’un bis cannibale italien des années 70. L’action, elle, reste soutenue avec de nombreuses explosions, des mannequins en mousse et de la violence gratuite dont de longues séquences de tortures bien sûr piquées à RAMBO 2.

D’une nullité difficilement concevable, STRIKE COMMANDO, à l’image de l’ensemble de la filmographie de Bruno Mattei, n’est pourtant jamais antipathique. Son action frénétique, son bellicisme virulent, son anticommunisme primaire et sa profonde stupidité le rende, au final, très plaisant à suivre et jamais ennuyeux.

Un incontournable classique pour tout amateur de nanar qui se respecte.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2011