NUE POUR L'ASSASSIN
Titre: Nude per l'assassino / Strip Nude for your killer
Réalisateur: Andrea Bianchi
Interprètes: Edwige Fenech

 

Nino Castelnuovo
Femi Benussi
Solvi Stubing
Amanda (Giuliana Cecchini )
Franco Diogene
 
Année: 1975
Genre: Giallo / Erotique
Pays: Italie
Editeur Neo Publishing
Critique:

NUE POUR L’ASSASSIN constitue un exemple représentatif du giallo italien, sorti au milieu des années 70, soit à l’apogée commercial de ces thrillers érotiques et horrifiques. Lancé par Mario Bava une décennie plus tôt via LA FEMME QUI EN SAVAIT TROP et, ensuite, avec SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN, le genre connut une grande popularité via les œuvres de Dario Argento et, dans une moindre mesure, celle de Sergio Martino ou Umberto Lenzi.

L’intrigue se révèle classique : un top modèle travaillant pour une célèbre agence de mannequinat décède suite à un avortement effectué en secret. Le médecin tente alors de faire passer cette mort pour un décès naturel mais il est ensuite assassiné. De nombreuses personnes gravitant dans l’entourage de la top modèle subissent également le courroux d’un mystérieux meurtrier tout de cuir noir vêtu.

Ce giallo traditionnel doit sa relative notoriété à la présence de deux starlettes du cinéma sexy transalpin, Edwige Fenech et Femi Benussi, lesquels dévoilent leurs charmes sans se faire prier. La première a fréquenté une demi-douzaine de giallo mais également des comédies polissonnes dans lesquelles elle fut successivement l’infirmière, la prof ou la doctoresse. Femi Benussi, pour sa part, figura dans UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL mais l’essentiel de sa carrière se déroula dans le cinéma érotique italien des seventies.

Aux côtés de ces deux beautés nous retrouvons Nino Castelnuovo, lequel nous gratifie de nombreuses anecdotes savoureuses dans les bonus du DVD. L’acteur, surtout connu pour son rôle principal dans LES PARAPLUIES DE CHERBOURG, joua aussi dans des productions fameuses comme L’EMMERDEUR, LE TEMPS DU MASSACRE, ROCCO ET SES FRERES ou encore, plus récemment, LE PATIENT ANGLAIS. Citons enfin Franco Diogene que l’on revit (dans des petits rôles) dans MIDNIGHT EXPRESS ou le très bis TENTACULES. Il incarne ici un personnage grotesque et impuissant, incapable de faire l’amour à un de ses top modèles et obligé de se consoler à l’aide d’une poupée gonflable. On retrouve là les excès typiques du cinéma bis italien, toujours partant pour une scène mémorable, fut elle ridicule et assez peu intégrée à une intrigue déjà relâchée. Nous nageons en plein dans les eaux de l’exploitation et cette plongée s’avère finalement plutôt plaisante.

Le titre n’est d’ailleurs point mensonger puisque notre ami Andréa Bianchi joue tout autant (si ce n’est davantage !) la carte de l’érotisme que celle de l’horreur. Certes l’érotisme constitue un élément indispensable à tous giallo qui se respecte mais le cinéaste va ici très loin dans le sexy et parsème son intrigue de nombreux intermèdes bien chauds. Mais Bianchi verse souvent dans le vulgaire et donne la « cochonnerie rigolote » finalement plus proche des comédies paillardes que des soft porn chic en vogue au milieu des années 70.

Les blagues ne sont pas toujours très fines et les répliques parfois carrément dignes d’un porno de la même époque, donnant à l’ensemble un cachet sans doute pas vraiment reluisant mais, en tout cas, suffisamment affirmé pour trancher avec les nombreux autres gialli routiniers sorti durant la grande vague de ce genre. Au niveau de l’enquête, les suspects ne manquent pas et le spectateur se demandera durant 80 minutes qui peut bien se dissimuler derrière cette très photogénique combinaison de cuir noir et ce menaçant casque de moto. Un déguisement que reprendra le modeste slasher LES YEUX DE LA TERREUR en 1981.

Bianchi connaît cependant les recettes du giallo et livre une série de meurtres pas franchement graphiques mais souvent efficaces, s’attardant complaisamment sur les cadavres tailladés au couteau des victimes. Le côté gore n’est donc pas occulté même si il n’est pas prédominant et ce mélange de sexe, de sang et d’humour s’avère finalement assez déstabilisant. Même si les trois éléments semblent mélanger un peu n’importe comment leur présence au sein d’un même film parvient à générer un petit malaise, à l’image des catégories III de Hong Kong qui n’hésitent jamais à s’enfoncer dans un mauvais goût réjouissant.

Bref, NUE POUR L’ASSASSIN ne peut prétendre être un grand film (il n’en a sans doute jamais eu l’ambition) mais il constitue un sympathique exemple de giallo à la fois gentiment érotique, grassement vulgaire, raisonnablement sanglant et souvent franchement amusant. Autant dire que l’on passe une bonne soirée pour peu que l’on sache à quoi s’attendre.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2009