STUCK
Titre: Stuck
Réalisateur: Stuart Gordon
Interprètes: Mena Suvari

 

Stephen Rea
Wayne Robson
Bunthivy Nou
Carolyn Purdy Gordon
Rukiya Bernard
 
Année: 2007
Genre: Thriller
Pays: Canada / USA / Grande Bretah,
Editeur  
Critique:

Autrefois grand spécialiste du gore ironique (RE-ANIMATOR, DOLLS, FROM BEYOND), Stuart Gordon a marqué le pas durant les années 90 en dépit d'une poignée de films sympathiques comme CASTLE FREAK ou FORTRESS, lesquels ne sont pas parvenu à contrebalancer les échecs commerciaux de SPACE TRUCKERS et ROBOJOX.

Début des années 2000, le cinéaste est pourtant revenu sur le devant de la scène avec DAGON, une excellente adaptation de Lovecraft (une de plus pour Gordon!), avant d'être intronisé "master of horror" via deux épisodes pour la fameuse série d'épouvante. Au cinéma il a signé coup sur coup EDMOND, KING OF THE ANTS et, à présent, ce STUCK des plus caustique.

Gordon s'inspire ici d'un fait divers tellement incroyable qu'il ne pouvait qu'être authentique: une jeune femme de 27 ans (une certaine Chante Mallard dans la réalité, ici prénommée Mandy), infirmière de son état, fête une promotion en prenant trop de drogues et d'alcool. Rentrant chez elle après une soirée, Mandy percute un pauvre type exclu par le système et devenu SDF depuis peu. Encastré dans le pare-brise, l'homme appelle désespérément à l'aide mais l'infirmière, plutôt que lui porter secours, cache la voiture dans son garage et assiste, sans rien faire, à l'agonie de sa victime. Par la suite, le métrage prendra quelques libertés avec la réalité mais le but de Gordon n'est manifestement pas de reconstituer fidèlement les faits, plutôt de livrer un constat des plus alarmant sur la société américaine.

Au fil du métrage plusieurs personnes auront la possibilité d'aider le SDF mais nul ne va intervenir: peur de la police en raison d'une situation irrégulière ou simplement aucune envie de se mêler des problèmes d'autrui, chacun à une bonne raison pour adopter l'attitude des trois singes: ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre! Bref, notre pauvre gars (très bien interprété par Stephen Rea) va être entièrement livré à lui-même, aux mains de la belle mais impitoyable Mena Suvari (vue dans AMERICAN BEAUTY, AMERICAN PIE ou la série télé "Six Feet Under"), cette infirmière qui plutôt que le soigner décide de le laisser mourir.et même de l'y aider si besoin est.

Un troisième personnage fera ensuite son apparition, un Black (Russell Hornsby) qui se prend pour un vrai dur alors qu'il n'est qu'un petit gangster minable, un dealer seulement soucieux d'épater la galerie et ses nombreuses conquêtes féminines, dont Mandy. Lui n'ont plus n'en veux pas spécialement à notre SDF mais les circonstances le feront également basculer dans la violence la plus sordide. STUCK est l'exemple même du métrage terriblement efficace en utilisant des moyens restreints.

Trois acteurs principaux, un décor quasiment unique et une idée de base aussi folle que bien développée (car à première vue le scénario ne pouvait nourrir qu'un court-métrage) suffisent à la réussite de cette ouvre inclassable, à mi-chemin entre le drame, la critique sociale, le thriller en huis-clos et l'horreur. Mais STUCK utilise également à bon escient un humour mordant, très noir et désespéré, transformant ce fait divers horrible en une comédie macabre. Même si Gordon ne détourne jamais pudiquement le regard, ni la caméra, lorsqu'il détaille l'agonie de son protagoniste.

Renvoyant le spectateur / voyeur à ses travers, le cinéaste lui dit clairement "vous aimez regarder les accidents de la route, en voilà un" en détaillant des scènes sanglantes réalistes et atroces propres à secouer les amateurs de gore. Avec STUCK, Stuart Gordon illustre en parallèle la solidarité des miséreux (seul un clochard aidera comme il le peut notre héros) et l'égoïsme d'une société ultra-individualiste dans laquelle il suffit de quelques événements malheureux pour basculer définitivement du côté des exclus, de ceux qui "ne sont pas dans l'ordinateur", bref qui ne sont rien.

L'infirmière n'a d'ailleurs même pas l'impression qu'elle a pu commettre un acte répréhensible puisqu'elle n'a pas écrasé un être humain mais. un sans-abri. Et ça "tout le monde s'en fout" affirme le dealer. Un constat qui s'avère véridique et Gordon va le démontrer en tirant à boulet rouge sur les dysfonctionnements du système, sur la crise du logement, l'exploitation de l'homme par l'homme, les pressions subies au boulot, la peur de l'autre, la politique d'immigration, etc.

Même son personnage d'infirmière, aussi monstrueux qu'il soit, ne tombe pas dans la caricature et le cinéaste nous dépeint longuement son milieu de vie, insistant en quelque sorte sur cette appartenance sociale qui en a fait ce qu'elle est, à savoir le produit d'un monde ayant perdu tous repères, toutes valeurs morales et dont le seul crédo réside dans une réussite matérielle immédiate obtenue à n'importe quel prix. Gordon ne jette pas la pierre à son infirmière, ne porte pas un jugement sans appel mais affirme clairement et posément que chacun peut devenir un monstre si les circonstances (dé)favorables se présentent. Bref, STUCK est une ouvre importante et maîtrisée et ce fut assurément un des grands moments du Festival du Film Fantastique de Bruxelles 2008.

A voir toutes affaires cessantes!

Fred Pizzoferrato - Novembre 2008